Billet hebdomadaire

 

“La France aux Français, c’est la France aux juifs” Aveu ou lapsus de Gilbert Collard ?


Le 9 février 2017 sur France Inter, Gilbert Collard, commentant sa rencontre (en compagnie de Louis Aliot) avec la Confédération des juifs de France et des amis d’Israël, déclara « On ne peut pas défendre la France si on ne défend pas les juifs. Et je considère que quand Marine dit « La France aux Français », c’est la France aux juifs ! »1

Voilà une déclaration qui paraîtrait bien curieuse si elle était isolée… En effet, l’ancien ministre de l’intérieur Manuel Valls déclara en mars 2014, lors d’un rassemblement organisé par le CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France) que « les juifs de France sont des Français à l’avant-garde de la République et de nos valeurs » ; deux années auparavant, en mai 2012, lors d’un dîner régional du CRIF, le même Manuel Valls affirma que « le judaïsme français est en symbiose avec la République »2.

Dans la même série, l’on peut citer le journaliste et polémiste Eric Zemmour qui a fait, lors d’une émission sur Radio Courtoisie en 2011, un parallèle élogieux entre Israël (et son armée) et les armées révolutionnaires françaises de 17923.

D’aucuns pourraient penser, dans les cas de Gilbert Collard et de Manuel Valls, qu’il s’agit là de simples paroles sans fondement, brossant les juifs dans le sens du poil ; puisque l’on s’imagine généralement que la République est neutre, qu’elle ne reconnaît aucune communauté et que par conséquent, il n’existe, dans le régime issu de la Révolution de 1789, pas de hiérarchie communautaire.

Mais Gilbert Collard et Manuel Valls ont au contraire parfaitement compris — ou plutôt appris dans les Loges ? — l’essence de la République et son lien organique avec le judaïsme.


LA RÉVOLUTION DE 1789 ET LE JUDAÏSME


Lorsque l’on se penche sérieusement sur la Révolution de 1789 et que l’on s’aventure dans les zones obscures de son histoire, l’on découvre la marque discrète du judaïsme, une marque qui a échappé à l’attention de l’écrasante majorité des historiens.

C’est ce qu’a perçu le grand reporter du journal The Times, Douglas Reed (1895-1976), qui écrivit à ce propos : « Ce qui est certain, c’est que la Révolution française, alors qu’elle était en train de se tramer, était supposée mettre en avant “les droits de l’homme” (ce qui, on le suppose, signifiait tous les hommes, de manière égale), mais quand elle commença, “la question juive” se manifesta immédiatement, comme par magie. L’un des premiers actes de la Révolution (1791) fut l’émancipation totale des juifs (tout comme la loi contre “l’antisémitisme” fut l’un des premiers actes de la Révolution russe). »4

Le penseur et révolutionnaire Anacharsis Cloots (1755-1794), député de l’Oise à la Convention — d’origine prussienne mais qui fut proclamé citoyen français par l’Assemblée nationale législative le 26 août 1792 — écrivit dans son fameux ouvrage La République universelle (1792) que « Nous (les Révolutionnaires) trouverons encore de puissants auxiliaires, de fervents apôtres dans les tribus judaïques, qui regardent la France comme une seconde Palestine. Nos concitoyens circoncis nous bénissent dans toutes les synagogues de la captivité. Le juif, avili dans le reste du monde, est devenu citoyen français, citoyen du monde, par nos décrets philosophiques. Cette fraternisation alarme beaucoup les princes allemands ; d’autant plus que la guerre ne saurait ni commencer ni durer en Allemagne, sans l’activité, l’intelligence, l’économie et le numéraire des juifs. Les magasins, les munitions de toute espèce sont fournis par les capitalistes hébreux, et tous les agents subalternes de l’approvisionnement militaire sont de la même nation. Il ne faudra que s’entendre avec nos frères les rabbins, pour produire des effets étonnants, miraculeux. J’ai reçu à cet égard des réponses infiniment satisfaisantes de mes commettants du Nord. La cause des tyrans est tellement désespérée, que les aliments les plus sains se changent pour eux en poison subtil. On accusa les juifs, dans les siècles de ténèbres, d’empoisonner les sources ou les puits ; et voici que dans notre siècle lumineux, les juifs, en fournissant viandes pures, aideront l’humanité à exterminer la tyrannie. »5

Parmi les juifs qui participeront à l’exportation en Europe de la Révolution, il y a le commandant de l’artillerie hollandaise dans l’armée de Napoléon, le lieutenant-général Georges Alexandre Matuszewitz (1755-1819), qui était le fils d’un lettré de Kopyczynce, un des piliers de la secte frankiste et confident de Jacob Frank6.

Le témoignage édifiant d’Anacharsis Cloots sur l’apport matériel des juifs à l’expansion de la Révolution complète les travaux récents sur l’influence idéologique, religieuse même, qu’a exercé le judaïsme, via sa kabbale, sur la République française7.

En effet, le spécialiste de l’histoire religieuse de la République, Vincent Peillon (lui-même de confession juive), explique que, « avec la Révolution, la Providence a fait sa part de l’œuvre, et c’est du côté humain qu’elle n’est pas encore accomplie. » Et il affirme que « ce thème du concours de l’homme à la création de Dieu fait jonction entre la kabbale juive, l’illuminisme et les philosophies de l’histoire républicaine… »8, et il ajoute « dès lors que, fondamentalement, l’admirable hérésie protestante conduit, comme la kabbale ou l’illuminisme, à considérer que l’action de Dieu exige d’être continuée par l’action de l’homme, que la créature est elle-même créatrice, que la révélation est devant nous, nous nous trouvons face à une anthropologie républicaine qui repose sur une disposition onto-théologico-politique spécifique. »9

Il faut revenir aux débuts de la Révolution de 1789 pour saisir l’influence juive kabbaliste sur la République. Tandis que, comme l’explique Cloots, des juifs soutiennent l’effort de guerre révolutionnaire, d’autres juifs travailleront à influencer idéologiquement la Révolution. Le plus important et le plus influent d’entre eux est sans aucun doute le petit-cousin de Jacob Frank. Il s’agit de Moses Dobruschka, alias Franz Thomas von Schönfeld, alias Junius Frey10 (1753-1794). Lorsqu’éclata la Révolution française, il se rendit à Strasbourg (en 1792) et devint un membre activiste influent au sein du club directeur de la Révolution, le Club des Jacobins. Et ce, en demeurant toujours en relation avec son groupe frankiste, le bruit ayant d’ailleurs couru qu’il devait prendre la direction de la secte après la mort de Frank. La principale contribution de Junius Frey à la Révolution française fut littéraire et philosophique. Bien installé dans les milieux révolutionnaires français, occupant une place importante au Club des Jacobins, Junius Frey rédige un livre dans lequel il théorise les fondements théologiques (en fait kabbalistiques) de la démocratie et de la République. L’ouvrage a pour titre Philosophie sociale dédiée au peuple français (1793). Commentant ce livre, le grand historien du judaïsme et spécialiste de la kabbale, Gershom Scholem, explique que « cet ouvrage est animé, dans les passages relatifs à la religion, par un radicalisme éclairé qui, aux yeux des frankistes, ne contredit nullement la mystique ésotérique, mais au contraire la complète »11.

Les révolutionnaires et les républicains ont, dès le lendemain de la Révolution, eu pour ambition d’établir une religion pour sous-tendre et faire vivre leur régime ; et c’est ce qu’on lit dès l’introduction du livre de Junius Frey ; il écrit : « Chaque gouvernement est une espèce de religion, qui a sa théologie, le système de la démocratie ou de la liberté a la sienne… »12.

Junius Frey présente ensuite les bases de cette religion de la République, d’essence kabbalistique, que l’on retrouvera chez les théoriciens républicains du XIXe siècle13.

Cette pénétration de la kabbale dans la Révolution et la République est clairement affirmée par Gershom Scholem lorsqu’il écrit que : « cette tentative d’union des idées de la Révolution française et des idées messianiques a eu un succès extraordinaire. Nous avons perdu de vue en général l’attrait qu’elle a exercé sur les esprits et aussi ce qu’avait d’insolite à l’origine ce projet visant à identifier ces deux courants d’idées et à interpréter le messianisme des livres prophétiques et de la tradition juive d’après l’idéal de la philosophie nouvelle du XVIIIe siècle… Nous serons stupéfaits de constater que les racines de cette idée doivent être cherchées précisément dans la Kabbale ».14

La République est donc bien organiquement liée au judaïsme et par suite aux juifs ainsi qu’à leurs aspirations messianiques. Le lobby judéo-sioniste ne perdra par conséquent son emprise sur la France que lorsque le régime républicain s’effondrera.


Jean TERRIEN.

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1. Voir : <http://www.egaliteetreconciliation.fr/Gilbert-Collard-Quand-Marine-dit-La-France-aux-Francais-c-est-la-France-aux-juifs-44107.html>.

2. Voir : <http://www.panamza.com/190314-valls-ldj/>

3. Radio Courtoisie, le 27/11/2011.

4. Douglas Reed, La controverse de Sion, Durban, 1978, Kontre Kulture, 2012, p. 158.

5. Anacharsis Cloots, La République universelle, ou Adresse aux tyrannicides, 1792, pp. 186-187.

6. Gershom Scholem, Aux origines religieuses du judaïsme laïque, de la mystique aux Lumières, Calmann-Levy, 1999, p. 214.

7. Voir : Youssef Hindi, La mystique de la laïcité. Généalogie de la religion républicaine, de Junius Frey à Vincent Peillon, Editions Sigest, 2017.

8. Vincent Peillon, Une religion pour la République, Seuil, 2010, pp. 63-64.

9. Vincent Peillon, op. cit., pp. 259-261.

10. Sur l’histoire de Junius Frey, son parcours, et l’influence idéologique qu’il exerça sur la République, voir : Youssef Hindi, op. cit.

11. Gershom Scholem, Du frankisme au jacobinisme, Gallimard-Seuil, 1982, p. 73.

12. Junius Frey, Philosophie sociale dédiée au peuple français, 1793, p. 7.

13. Voir : Youssef Hindi, op. cit.

14. Gershom Scholem, Le messianisme juif, Calmann-Lévy, 1992, pp. 14, 33.