Courrier du n°3502 du 19 janvier 2022

D’Henri de SURVALE :

DÉCONSTRUCTEURS CONTRE DÉCONSTRUCTEURS


Le colloque tenu à la Sorbonne le 7 janvier 2022 « Que reconstruire après la déconstruction ? », dont les enregistrements se trouvent à cette adresse https://decolonialisme.fr/?p=6517, présente un grand intérêt pour qui veut connaître un des multiples rouages de la Révolution. Introduit par le Ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer, il est l’illustration d’une entreprise dénonçant les dérives du déconstructivisme actuel. Ce dernier serait allé trop loin et, niant le réel, représenterait aujourd’hui un danger pour les valeurs de la démocratie, de la République, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Il s’agit pour nous de distinguer ici les déconstructeurs pragmatiques des déconstructeurs fous. Ce colloque est la marque d’un « sursaut raisonnable » qui, voyant que la Révolution va trop vite, donne un coup de frein pour passer un palier ; un palier nécessaire à la digestion des dernières “avancées”.
Cette rencontre n’eut nullement pour objet de remettre en question les principes du déconstructivisme que sont les idées des Lumières et leur universalisme, celles-ci étant le résumé de l’évolutionnisme, du nominalisme, et ayant pour source ultime l’idéalisme philosophique. La Révolution, et ses succédanés que sont le progressisme et le déconstructivisme, ne peut être efficace que si elle respecte le processus naturel des évolutions sociétales. A l’instar du corps humain, ce processus demande un temps de digestion après la consommation d’une certaine quantité d’éléments et avant une nouvelle ingurgitation. Ceci, Rosbepierre ne l’avait pas compris et la Révolution s’est bien chargée de le lui faire sentir. Son fils spirituel parmi nos contemporains, Jean-Luc Mélenchon mais aussi toute sa famille de pensée, est à l’occasion de ce colloque la cible latente des déconstructeurs pragmatiques. La Révolution a ses lois cachées, celles-ci sont paradoxalement réalistes et s’imposent à tous, Robespierre comme Mélenchon. Ainsi, les participants de ce colloque vont loin puisque leurs propos pourraient s’apparenter à ceux de personnages que l’on désigne aujourd’hui sous le terme de “conservateurs”. Ils expriment leur lassitude face aux combats excessifs, irraisonnés, des néo-féministes, des antiracistes et autres négateurs du réel. Ceux-ci vont trop loin dans leur haine de la culture et de la civilisation de l’Occident et, en trois mots, manquent de mesure.
Si le constat porté par les participants de ce colloque sur la démesure des déconstructeurs fous a le mérite d’être vrai, il pèche en oubliant de relier cette démesure à sa cause et à sa fin. Mais cela ne saurait avoir lieu car tous les déconstructeurs, qu’ils soient pragmatiques ou fous, ont les mêmes cause et fin. Ce n’est qu’une question d’échelle, de degré, de curseur, dans le processus de la déconstruction. Ils ont les mêmes principes, ils sont fils de Descartes, de Nietzche, de Marx, de Derrida, de Foucault, de Bourdieu… Ils sont les enfants d’Héraclite et de Platon. Ils ont la même fin. Idéalistes, ils veulent se faire créateurs de la réalité à la place du seul Créateur. C’est le même péché d’orgueil qui se répète depuis les origines de l’Histoire. « Vous serez comme des dieux » sifflait Satan aux oreilles de nos premiers parents (Genèse III, 5). Les uns veulent détruire cette réalité hic et nunc, les autres tentent de la dissoudre petit à petit. Ils ont le même combat, la mort de la famille, de la patrie et, avant tout, de l’Eglise catholique apostolique et romaine. Les uns jouent à visage découvert et se consument lorsqu’ils permettent des avancées rapides, les autres portent un masque et obtiennent de mener la Révolution à son terme. Le pire dans tout cela, c’est que ces derniers agissent bien souvent en ce sens presque malgré eux, allant là où ils ne savent pas par manque d’acuité intellectuelle. Leur sursaut n’étant dû qu’aux vestiges d’une syndérèse, d’un bon sens, qui semble leur échapper peu à peu.



De Georges TARTARET :

LE MYTHE DE LA SPONTANÉITÉ DU PEUPLE


Dans son éditorial du 5 janvier, Jérôme Bourbon écrit : « Toutes les voies nous sont fermées, […] la voie de la rue (on l’a vu avec l’épisode des Gilets jaunes)… ». C’est toujours ce rêve qui donne à penser que la population peut, spontanément, renverser le pouvoir en place. Quelqu’un a écrit (ma mémoire me fait défaut) que le peuple est naturellement réformiste. Il ne fera donc jamais la révolution, ni la contre-révolution. Il ne provoquera que des jacqueries.
Le point faible des nationalistes est qu’ils ne veulent pas « se salir les mains » et aller se fondre dans les combats populaires. Autrement qu’en brandissant leur drapeau. Or c’est la raison pour laquelle des révoltes comme celle des Gilets jaunes ne débouchent pas sur un changement politique. Il faut une organisation nationaliste (ou royaliste) qui envoie ses militants s’infiltrer dans les combats populaires avec l’objectif sincère d’aider les masses à gagner sur leurs propres revendications (même si elles paraissent terre à terre). Restons sur l’exemple des Gilets jaunes. La première chose qui leur a manqué, c’est que, sur 50 revendications, ils n’ont pas su en éliminer 49 pour garder la bonne. Il fallait leur dire « je ne sais pas quelle est la bonne, c’est à vous de vous mettre d’accord, et vous battre jusqu’à gagner sur celle-là. »
Il est clair que, étant donné qu’ils avaient réussi à paralyser le pays et à faire très peur à Macron, ils auraient pu gagner. Cela aurait vraiment affaibli le pouvoir et renforcé la mobilisation, ce qui aurait permis d’élever le niveau des revendications pour une nouvelle bataille. Et ainsi de suite, le peuple prenant progressivement conscience de la nécessité de changer de pouvoir. C’est alors que les nationalistes sont interpellés à un autre niveau : il faut qu’ils aient formalisé un projet de société alternatif, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.