Courrier du n°3609 du 10 avril 2024

De Françoise BAUDIER :
ET SI NOUS TENTIONS LE COUP ?

Suite à la dernière chronique de Robert Spieler (RIV. du 3 avril 2024), je me permets de m’étonner de ce besoin, à chaque élection, de nous faire part des sondages et de leur évolution. Nous savons tous très bien qu’ils sont truqués. Philippe de Villiers en a d’ailleurs très clairement expliqué le fonctionnement. Ce sont juste des outils du système pour nous faire aller là où il le souhaite. Alors aujourd’hui que le RN a renoncé à tout, a tout trahi, bizarrement il arrive en tête des sondages… Bardella n’étant plus qu’un misérable clone d’Attal, il arrivera enfin au pouvoir et pourra ainsi endosser l’effondrement qui pointe irrésistiblement tout en s’affichant encore plus favorable à l’Ukraine que Macron. La seule question dont le système ne veut pas entendre parler, et qui pourtant, dans le cadre d’élections européennes, devrait être centrale, est celle-ci : pourquoi doit-on continuer encore et encore à rester dans le “machin” putride, corrompu jusqu’à la moelle, dont l’objet de plus en plus évident est la destruction des peuples et des nations ? L’idée de Frexit est totalement bannie et donc, bien sûr, les deux listes qui s’en font les promoteurs sont créditées comme d’habitude d’un score ridicule de 0,5 %. Son porte-parole le plus construit et le plus sérieux, François Asselineau, est totalement (zéro heure, zéro minute, tous grands médias confondus) banni des médias (ce qui n’est pas le cas de Florian Philippot dont on n’oublie pas par ailleurs le rôle délétère qu’il a joué pour détruire le FN de l’intérieur). Alors Asselineau a sûrement plein de défauts, à commencer par un gaullisme et un républicanisme viscéraux mais dans ce bazar où tous les “grands” partis du RN à LFI sont d’accord sur l’essentiel, lui a au moins le mérite de défendre depuis près de 20 ans la même idée salutaire. Et il faut lui reconnaître une grande connaissance des dossiers et une culture certaine, ce qui nous change… J’avais été convaincue par les arguments de Jérôme Bourbon (grand respect à lui pour son courage et son abnégation) sur l’inutilité d’aller “urner” comme il dit. Mais aujourd’hui je me dis : et si nous tentions le coup ? Qu’avons-nous à perdre sachant que le système s’accommode fort bien de l’abstention, nous en avons la preuve avec Macron “élu” avec à peine 18 % des inscrits. Et si les Français, ou au moins ceux qui sont conscients des enjeux, décidaient de voter Frexit ? Juste pour donner un coup de pied salutaire dans ce système vérolé et vermoulu ? Imaginons 10 % pour le Frexit, ça nous ferait au moins une réjouissante soirée électorale qui nous rappellerait sans doute les mines défaites des larbins du système un certain soir d’avril 2002… « Les Français nous ont envoyé un signal très fort… » etc. Après tout, nous n’avons pas tant d’occasions de nous réjouir un peu…

De Francis GOUMAIN :
RIVAROL FAIT UN COUP AVEC DELAWARDE

L’interview du général Delawarde dans RIVAROL du 27 mars 2024 comporte, selon moi, quatre gros points faibles.
1. Comme tout le monde, Delawarde croyait en une victoire rapide de la Russie au début de la guerre, il adapte maintenant son raisonnement à la durée de la guerre, ce n’est pas très crédible, il nous dit maintenant que l’Occident et l’OTAN ont désarmé pendant trente ans tandis que la Russie acquérait une supériorité technologique militaire dans de nombreux domaines, c’était justement soi-disant déjà vrai au début de la guerre — il y a plus de deux ans.
2. Ce qui rend l’analyse du rapport de forces OTAN/Russie douteux, c’est que le général ne parvient pas à expliquer comment il est à la fois possible pour l’OTAN de désarmer tout en s’étendant agressivement vers l’Est. La réponse tient en deux points :
A. En progressant vers l’Est, l’OTAN récupère des positions et des forces armées : la Pologne, la Roumanie et, bien évidemment, l’Ukraine. La Russie a déjà perdu 150 000 hommes (tués), l’OTAN aucun, et la confrontation directe n’a pas démarré, le matériel OTAN détruit était déjà déclassé dans la plupart des cas.
B. Il ne sert à rien de produire des quantités d’armes vite obsolètes, il faut avoir un plan pour accélérer la production au moment opportun ou en temps de crise, c’est ce que la France montre qu’elle sait faire avec le canon Caesar (et c’est aussi le cas de la Russie, je ne dis pas le contraire).
Dans les deux points ci-dessous, ce qui compte, c’est la maîtrise de la dynamique de la situation, et non la photo à un instant T, mon analyse, c’est qu’en dynamique, la situation est préoccupante pour la Russie, travaillée de l’intérieur par des tendances pro-occidentales (tout comme l’Iran et la Chine — cf. le nom du lieu de l’attentat « City Hall », tout un programme, à se demander si le lieu n’a pas été choisi pour son nom) et menacée par une OTAN qui non seulement n’a pas décroché, mais enchaîne calmement les étapes du plan.
3. Dominique Delawarde parle du temps que s’accorde la Russie, mais quid du temps que s’accorde l’OTAN ? Il est évident que si l’objectif final de l’OTAN est de mettre la Russie en miettes, aucun stratège de Bruxelles ne pouvait imaginer l’emporter en quelques semaines, et pour l’instant, je suis épaté par leurs prévisions “indirectes” : même pas six mois après le début de la guerre, il était prévu d’envoyer des F16 ou des Mirages 2000, or, on savait que l’entraînement des pilotes et des techniciens ne rendrait pas la chose possible avant début 2024, donc, l’OTAN savait que la guerre durerait jusque-là.
4. Enfin, un dernier point sur l’aspect économique, dédollarisation ou BRICS : il ne faut pas confondre PIB, ce qui est produit à l’intérieur des frontières d’un pays, et PNB, la richesse qui revient à une nation, exemple bien connu, Apple ne produit rien aux Etats-Unis, mais par le jeu des royalties ou simplement des prix de transferts, elle récupère l’essentiel de la mise au profit des Etats-Unis (et le rapatriement des fonds se fait en dollars). Quant à la dédollarisation et au déclin de l’Empire américain, j’en entends parler depuis la fin de la guerre du Vietnam, no comment.
En résumé, la Russie joue dans ses 22, qui plus est, contre d’autres Russes qu’on appelle des Ukrainiens. Elle commence seulement à se sortir du piège préparé par l’OTAN, elle aurait dû réagir bien plus tôt, mais encore en 2014 elle n’était pas prête à la guerre, c’est la seule raison pour laquelle elle n’était pas intervenue à l’époque, et non pas parce qu’elle aurait cru à des promesses.

De Bernard BRENET :
DÉFENSE DE L’ARMÉE FRANÇAISE

Je lis avec effarement dans la chronique de Robert Spieler du 3 avril 2024, en tant que fils d’ancien combattant de la campagne de France de mai-juin  1940 — décoré de la Croix de guerre avec étoile — que l’armée française aurait été une armée de débraillés et de poivrots. Oui, il y a eu les pétochards planqués derrière les ponts de la Loire et qui les ont fait sauter avant que nos troupes en repli aient eu le temps de les franchir et de se mettre à couvert, mais il y a eu surtout une résistance acharnée dont rendent compte, parmi d’autres, le livre de D. Lorminier La Bataille de France jour après jour, et le classique de Claude Quétel, L’Impardonnable défaite. Nous avons eu près de 60 000 tués en six semaines de combat. On ne décompte jamais les blessés, mais pour eux, des bras en moins, des pattes en moins, etc., peut-être 200 000 ?  Engagé sur la Somme en mai 1940, mon père a vu son bataillon anéanti — mais non sans combattre — par la puissance de feu adverse. Son lieutenant a eu les jambes cisaillées par une rafale d’arme automatique et est décédé en quelques minutes, saigné à blanc. D’autres camarades ont été pulvérisés par les tirs d’artillerie… bout de capote retrouvés dans les arbres. Glaçants. Après ce fut durant des semaines le reflux jusqu’à la Loire. Combats d’arrière-garde, escarmouches, sous les bombardements incessants de l’aviation allemande. Et puis, sur la Loire, puisque les ponts avaient sauté et que la IIIe République rad-soc n’avait pas appris à sa jeunesse à nager — le IIIe Reich, si ! —, l’arrivée des poursuivants  et la captivité pour 5 ans. Les Anciens de 14-18  en voulaient à nos combattants qu’ils accusaient de s’être couchés devant l’ennemi, cela a été relayé par les vainqueurs de 44/45 arrivés dans les fourgons des Américains et les associations d’Anciens prisonniers furent longtemps regardées de très haut  par les pouvoirs publics. Ce n’est pas glorieux d’avoir été fait prisonnier. Donc, une tâche insurmontable assignée à cette génération — vaincre — alors qu’en face, ils étaient trop forts côté commandement et équipements, et ensuite le mépris à n’en plus finir. Et qui perdure ! Hélas. Et même dans vos colonnes, d’ordinaire si objectives !
Abreuvé par la propagande,  mon père m’a toujours dit : « on y croyait » et comme beaucoup il a fait son devoir et a eu la chance d’en réchapper à la différence de tant d’autres. La guerre, c’est terrible, c’est ce que j’ai retenu des six semaines en enfer qu’il a vécues, lui et des dizaines de milliers d’autres. Et l’on voit qu’aujourd’hui tout pourrait recommencer en Ukraine. On pourrait par exemple « envoyer des mecs à Odessa », c’est au bon plaisir du Prince comme sous Louis XV. Parce qu’à la guerre on meurt s’interroge-t-on en haut lieu tout en dégustant des petits fours ? C’est une idée, ça. Envoyer 20 000 hommes, l’élite de notre armée de terre, dans cette fournaise, comme ne l’exclut pas l’état-major — celui de l’armée de terre insiste lourdement — est une folie. En Ukraine, c’est la vraie guerre modèle 39-45, or nos brillants chefs militaires n’ont connu que les opex. Ce n’est pas le même niveau d’intensité ni de nature de combats. Combien parmi  nos combattants reviendraient ? En 1954, nous avons eu Dien-Bien-Phu  faute à un commandant en chef — Navarre — qui ne connaissait pas assez le contexte tonkinois et ses pièges. C’était une prise de risque insensée de positionner 15 000 combattants dans une cuvette encerclée par la jungle à 300 km de nos forces de secours basées à Hanoï. Et ce qui devait arriver arriva, des grains de sable se sont mis dans la belle mécanique imaginée par l’état-major. En Ukraine, la crainte, ce serait aussi que l’armée russe concentre ses feux sur nos soldats. Ne serait-ce que pour nous rappeler de nous mêler de nos affaires et donner une bonne leçon à nos excellences. On ne va pas bien loin avec 20 000 hommes…