Courrier du n°3529 du 27 juillet au 30 août 2022

De Maximilian von STEIN (Turin) :
BRAVO À JEAN-LUC LEOPOLDI


Bravo à Jean-Luc Leopoldi pour sa pertinente réponse (RIVAROL n°3528) à l’extravagante tribune libre, dans laquelle celui qui signe Fabien Saint-Omer nous offre une collection des ragots les plus insensés et des calomnies les plus bêtes à propos de Vladimir Poutine, jusqu’à l’absurde reproche de « ne jamais sourire » (c’est faux, on n’a qu’à regarder ses allocutions, surtout lorsqu’il s’adresse aux travailleurs ou aux jeunes, bien qu’il sache se montrer sérieux lorsqu’il s’agit d’être sérieux, ce que ses homologues occidentaux n’ont pas si bien appris) et au pitoyable bobard concernant le prétendu “château” sur la mer Noire, une fabrication de l’agent étranger Navalny, tellement bâclée qu’elle a disparu de la scène quand on a montré que les armes à l’aigle bicéphale, qui, dans le film, étaient censées surmonter orgueilleusement la porte cochère, reproduisaient en réalité celles du Monténégro !
La conclusion est celle même de M. Leopoldi : si l’on peut évidemment favoriser la pluralité des points de vue, cela n’est nullement une raison de se faire — fût-ce pour un moment — le véhicule de la propagande russophobe primaire diffusée par ceux qui ne sont pas les ennemis de la seule Russie, mais également de toute l’Europe.

De Ludwik MOGUILA :
PITIÉ POUR L’UKRAINE !


Les réactions aux articles et critiques de la Russie, de son président, ou de Xavier Moreau, pleines de passion et d’emphase, me semble révélatrices d’une psychopathologie bien française, où toute la frustration liée à la situation de notre pays, conduit par un mécanisme curieux à voir dans un sympathique leader étranger un sauveur. Aimant le peuple ukrainien et le peuple russe, parlant le russe et comprenant l’ukrainien, ayant vécu en Ukraine, je voudrais répondre à certaines questions et considérations du précédent courrier des lecteurs de RIVAROL.
— Sur Xavier Moreau : Que X. Moreau soit sympathique avec un discours correspondant aux valeurs de la droite nationale, c’est certain. Qu’il soit engagé est également certain, et ce n’est pas dérangeant, néanmoins je prétends qu’il connaît mal l’Ukraine, il ne parle pas sa langue, ne connaît pas ses élites nationalistes ou religieuses. Enfin, ses erreurs d’analyses sont nombreuses, il suffit de relire ses tweets depuis janvier 2022 et de les confronter aux événements. Erreurs dues à cette méconnaissance de l’Ukraine.
— Sur l’Ukraine, fantôme de l’Europe : pourquoi lire le livre de Benoist-Méchin sur l’Ukraine maintenant ? Parce que son analyse géopolitique est remarquable et est toujours valable (l’auteur de de cette question a-t-il lu cet ouvrage ? En tout cas, sa référence gaulliste en dit long sur son état intellectuel et moral). Les premières et dernières pages de l’ouvrage n’ont particulièrement rien perdu de leur pertinence et de leur actualité. Il serait bon que RIVAROL les publie à titre de document et afin d’apaiser certaines passions.
— Un point de vue français : nous, Français, pourrions, peut-être, avoir un point de vue plus nuancé sur ce conflit. Que l’on déteste le rôle néfaste joué par les Etats-Unis, que l’on souhaite voir la puissance atlantiste, sinon brisée, du moins bridée, est bien compréhensible. Faut-il pour autant gober la propagande russe sur l’Ukraine ? Même le colonel Igor Girkin — ex-ministre de la Défense de la République populaire de Donetsk (DNR) — se désole d’une « propagande néo-soviétique de gauche malhabile » (je le cite). Non, nous, nationalistes français, ne crachons pas sur un peuple enraciné, sur nos frères nationalistes qui se battent pour leur terre. Il serait absurde de leur demander de sacrifier leur terre à des intérêts géopolitiques dits supérieurs. Mais pour cela il faut connaître l’Ukraine, parler sa langue (ou écouter des gens qui connaissent cette fière nation), et accepter de nuancer sa grille de lecture du monde. La vision en noir et blanc est toujours stupide, il ne faut caricaturer ni la Russie, ni l’Ukraine.
— Sur Azov. Pourquoi parler des « bêtes sauvages d’Azov », l’auteur de ces propos a-t-il jamais rencontré les combattants d’Azov ? A-t-il jamais discuté avec eux ? Moi, si. Leur sacrifice est admirable. Et cracher sur des combattants n’est pas digne d’une âme droite et fière. X. Moreau parle de bataillons de représailles, ce qui est gratuit, Girkin que l’on ne peut soupçonner de “philo-ukrainisme”, considère, lui, que ce sont de bons combattants et qu’ils ont rempli leur mission.
— Sur les élites politiques des républiques séparatistes. Il est aussi possible de se renseigner sur les leaders séparatistes (Pouchiline par exemple, Président de la DNR), et vous verrez qu’ils sont de la même eau (trouble) que les élites ukrainiennes tant décriées. Taper, dans n’importe quel moteur de recherche (en russe bien sûr) “Pouchiline MMM” (nom d’une banque et d’un scandale financier majeur du début des années 2010), par exemple.
— L’Ukraine, nation piégée par l’histoire. Comprenons que l’Ukrainien qui se bat, combat pour sa terre, pas pour son président ou pour l’union européenne. Pour le peuple ukrainien, cette guerre est existentielle. au sens propre. Et l’Ukraine est un peuple de combattants, loin des clichés véhiculés par les médias. Loin du LGBTisme, loin de ses élites politiques corrompues directement issues de la nomenklatura soviétique ou de ses réseaux.
Il faut rappeler la cruelle guerre civile polono-ukrainienne de 1919-1920 en Galicie-Volhynie Mais aussi la Seconde Guerre mondiale où les nationalistes ukrainiens, emprisonnés par les nationaux-socialistes jusqu’en 1944, formeront des maquis qui survivront jusqu’en 1956 (3 ans après la mort de Staline !) sans aucune aide extérieure.
— Ukraine, nation chrétienne. L’Ukraine est un pays de dégénérés prétend un lecteur. A-t-il jamais visité ce pays ? La renaissance du christianisme y a été (proportionnellement) encore plus vigoureuse qu’en Russie. 40 % du clergé du patriarcat de Moscou se trouve en Ukraine (dans l’Eglise Orthodoxe ukrainienne), 3 des laures (les plus grands monastères) du Patriarcat de Moscou sur 5 sont en Ukraine. Deux de ces grands monastères existaient avant même que Moscou ne fût fondé.Nombre de nationalistes ukrainiens sont issus de ces rangs (notamment dans la région de Kharkov). L’Ukraine compte également la plus grand Eglise Byzantine catholique, dite gréco-catholique. Eglise très traditionaliste, riches en vocations et en figures admirables.
Pour expliquer la rivalité et l’inimitié entre l’Eglise gréco-catholique et l’orthodoxie russe, il faut tout de même rappeler qu’en URSS, la seule Eglise légale était celle du patriarcat de Moscou. L’Eglise gréco-catholique a été liquidée, après avoir été réuni au Patriarcat de Moscou, lors du concile de Lvov (organisé par Staline), concile toujours considéré comme canonique par le patriarcat de Moscou.
— Une tragédie européenne. Je conclurai, en disant, un peu ironiquement, que la plus grande erreur de Poutine a été de ne pas avoir lu Benoist-Méchin, c’est-à-dire de s’être auto-intoxiqué avec la vison russe et soviétique de l’Ukraine : penser que l’Ukraine n’existe pas, que l’Ukrainien n’est qu’une variété de Russe, un “Petit-Russien”. Xavier Moreau parlait de 10 000 nazis tout au plus à réduire…
Après cinq mois de guerre, de destructions terribles, et des dizaines de milliers de morts, de blessés et de mutilés, deux nations blanches, européennes et chrétiennes continuent de s’entre-massacrer. Tout le monde devrait pleurer. Cette guerre est une tragédie pour l’Europe, une guerre où notre race, notre spiritualité et notre civilisation ont tout à perdre et rien à gagner, quelle qu’en soit l’issue.