Rivarol n°3458 du 10/2/2021
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Rivarol n°3458 du 10/2/2021 (Papier)

Editorial

Hier, aujourd’hui, demain, un seul impératif : À BAS LES VOLEURS !

Le 6 février, comme chaque année, les nationalistes français ont commémoré l’action héroïque de leurs ancêtres qui s’étaient révoltés, en 1934, contre une République déjà corrompue et corruptrice et dont la manifestation géante avait été réprimée dans un bain de sang par le régime car, comme l’a enseigné une fois pour toutes Maurras, « la République gouverne mal, mais se défend bien », et également « la démocratie, c’est la mort, la démocratie, c’est le mal ». La répression policière, telle qu’on l’a connue au moment des gilets jaunes, n’est donc pas une parfaite nouveauté dans notre histoire. La République n’hésite pas à tirer sur le peuple français mécontent. Ce que ne faisaient pas nos rois, à commencer par Louis XVI désireux d’épargner à tout prix le sang français mais qui finalement dut verser le sien, sa mansuétude ne lui ayant servi à rien. Les patriotes et nationalistes le 6 février 1934 s’étaient révoltés au cri de : « à bas les voleurs ! ». C’était l’époque de l’affaire Stavisky. Une certaine ethnie faisait en effet déjà parler d’elle à l’époque, et pas spécialement en bien. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les choses ne se sont pas arrangées depuis. Ce cri de ralliement est plus que jamais d’actualité. 

Car on ne nous vole pas seulement sur le plan pécuniaire, on n’assiste pas seulement à la multiplication de scandales politico-financiers, on nous dépossède bien plus gravement de notre territoire, de notre patrie, de nos racines, de notre histoire, on cherche à nous voler notre âme. On nous assigne à résidence, on nous vole notre travail avec l’interdiction d’exercer toute une série d’activités (restauration, hôtellerie, cafés…) au nom de prétextes sanitaires, on nous confisque notre avenir avec la dette qui explose et qui reposera sur les nouvelles générations, on nous dérobe notre pays avec l’immigration de masse et la sujétion à l’Union européenne et au mondialisme, on nous vole nos enfants avec l’école obligatoire, l’interdiction quasiment absolue de l’école à la maison dès la rentrée 2021, les menaces explicites sur les écoles confessionnelles hors contrat, on cherche à nous voler notre âme avec la promotion de la théorie du genre, la pornographie, l’homosexualisme, l’étalage de tous les scandales sexuels actuels plus sordides les uns que les autres (inceste, pédocriminalité, affaire Duhamel), etc. On nous dépossède de notre terroir, de nos dictons, de nos traditions, on viole nos consciences en voulant nous imposer des nouveaux modes de vie et de pensée. Et en mentant sur notre passé, on nous interdit tout avenir.

Voler notre histoire, la falsifier, n’est pas le moindre des crimes. Et dans ce domaine le régime actuel reposant sur les mythes résistancialistes et appliquant la jurisprudence de Nuremberg, ne cesse d’endoctriner la jeunesse et de traquer les historiens, écrivains et chercheurs libres en les qualifiant de négationnistes. Ce lundi 8 février, la LICRA et PSB Paris School of business organisaient les XIes Assises nationales contre le négationnisme « en présence et sous le haut patronage de Madame le maire de Paris Anne Hidalgo ». La journée s’est terminée par l’allocution du « grand témoin », l’inénarrable Marek Halter. C’est dire le sérieux de ce colloque à prétention universitaire ! Frédéric Encel, l’un des organisateurs de ces assises, ose déclarer dans une entretien à La Revue Civique : « Les négationnistes sont d’autant plus forts que nous sommes faibles ». Faibles ? Pourtant l’arsenal répressif contre le révisionnisme historique est particulièrement sévère et les magistrats n’hésitent plus aujourd’hui à condamner à des peines de prison effectives des révisionnistes.

Même l’écrivain Hervé Ryssen qui ne s’est pourtant jamais intéressé dans ses travaux à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale a été condamné le 5 février par la XVIIe chambre du tribunal correctionnel de Paris pour contestation de crimes contre l’humanité pour avoir simplement reproduit un photomontage de personnages hilares de La Vérité si je mens 3 et du portail du camp d’Auschwitz. Il a été condamné à 2 000 euros d’amende et 5 000 euros de dommages et intérêts à verser aux parties civiles (LICRA, MRAP, UEJF, J’Accuse), le ministère public avait requis 12 000 euros sous forme de jours-amende. Dans leur délibéré, les magistrats considèrent que le délit de contestation de crimes contre l’humanité est bel et bien constitué. Voici leur argumentaire : « La juxtaposition de l’expression “La vérité si je mens”, connue pour être utilisée par les personnages roublards du film sus-cité, et en tout état de cause de la locution “je mens”, et du symbole de l’extermination des juifs par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, insinue que cette extermination n’aurait pas eu lieu, insinuation renforcée par les personnages hilares du premier plan qui sous-entendent que cette extermination, crime contre l’humanité commis par les nazis contre la communauté juive, ne serait qu’une escroquerie ou une plaisanterie. 

L’image ainsi publiée caractérise dès lors l’infraction de contestation de crime contre l’humanité, et le commentaire l’accompagnant, qui selon Hervé Lalin (Ryssen) vient souligner, en imitant le langage des personnages du film, le côté victimaire des juifs, ne suffit pas à occulter, en raison de son caractère anecdotique et sans lien apparent avec l’image et son sens, le message négationniste véhiculé par cette dernière. Hervé Lalin, qui a choisi de publier cette image et ne pouvait en méconnaître le sens et la portée, sera donc déclaré coupable de l’infraction de contestation de crime contre l’humanité. » 

Dans un deuxième dossier, qui avait également été plaidé le 2 décembre dernier (voir notre compte-rendu détaillé de ces deux procès sur cinq pleines pages dans le numéro 3450 de RIVAROL daté du 9 décembre 2020 et qui est toujours disponible à nos bureaux pour 6 euros franco), Hervé Ryssen a été condamné à 1 200 euros sous forme de jours-amende (60 jours à 20 euros) et à 5 000 euros de dommages et intérêts à verser à la LICRA, à Sos-Racisme, au MRAP, à l’UEJF et à J’Accuse, pour « diffamation publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique en récidive » et « provocation à la haine et à la violence à raison de l’origine, de l’appartenance ou de la non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion ». Quel jargon ! C’est une condamnation moindre que ce qu’avait demandé le procureur qui avait requis huit mois ferme, et le même tribunal l’avait condamné à un an de prison avant qu’Hervé Ryssen ne fasse opposition du jugement depuis Fleury-Mérogis. Cela dit, l’ensemble des deux affaires coûte au prévenu près de 15 000 euros quand même. On est soulagé parce que la prison ferme est cette fois évitée mais devoir payer quelque cent mille francs pour pouvoir s’exprimer librement sur certains sujets tabous reste exorbitant. 

Notons que le tribunal précise dans son délibéré qu’Hervé Ryssen ne peut faire état de l’exception de vérité, pour prouver par exemple l’implication d’israélites dans le trafic international d’ecstasy, ni démontrer qu’il a mené une enquête sérieuse dans son ouvrage La Mafia juive car, en matière de diffamation publique à caractère racial ou religieux, on n’a pas le droit d’apporter la preuve de ce qu’on avance. Ce qui est inouï. Mais c’est la même chose en matière de révisionnisme : si, à l’issue de recherches historiques, les conclusions auxquelles on aboutit ne correspondent pas à celles du tribunal militaire international de Nuremberg, c’est que l’on est coupable d’antisémitisme. Dans ce même dossier, Ryssen a été condamné pour avoir mis en cause la responsabilité de juifs dans le massacre de 30 millions de chrétiens entre 1917 et 1947 en Russie et en Union soviétique. Autrement dit, quand des juifs sont du côté des victimes, on ne peut contester ou minorer la réalité ou l’étendue de la persécution qu’ils ont subie. En revanche, quand ils sont ou pourraient être du côté des bourreaux, on ne peut évoquer ou rappeler leurs crimes car c’est se rendre coupable de haine antisémite. 

De la même manière, quand on est révisionniste, on n’a pas le droit d’exprimer ses positions. Car, nous répète-t-on, le révisionnisme est en fait une forme d’antisémitisme qui n’est pas une opinion mais un délit. En revanche, lorsqu’un procès se tient en Pologne, comme c’est le cas en ce moment, contre deux historiens accusant dans leur ouvrage Plus loin, c’est encore la nuit, de nombreux Polonais de « complicité dans le génocide juif pendant la Seconde Guerre mondiale », là, tout à coup, les organisations juives crient à la censure, revendiquent le droit à la libre recherche scientifique et dénoncent la volonté des autorités polonaises de cacher la vérité « sur l’Holocauste ». Yad Vashem, le Mémorial de la Shoah de Jérusalem, a ainsi vivement condamné dans un communiqué les poursuites judiciaires pour diffamation publique engagées contre les professeurs Barbara Engelking, présidente du Conseil international d’Auschwitz, et Jan Grabowski de l’Université d’Ottawa. Pour le Mémorial, « ce procès constitue une attaque grave contre une recherche libre et ouverte » (sic !), et « contre les efforts visant à obtenir une image complète et équilibrée de l’histoire de l’Holocauste ». Un avis évidemment partagé par les organisations juives des deux côtés de l’Atlantique. Rappelons qu’en 2018, la majorité de droite en Pologne avait adopté une loi prévoyant des peines de trois ans de prison pour ceux qui attribueraient « la responsabilité ou la coresponsabilité de la nation ou de l’Etat polonais pour les crimes commis par le Troisième Reich allemand ». Face au tollé international, et notamment face à l’offensive de la communauté, Varsovie a, depuis, supprimé les sanctions pénales prévues dans le texte initial. Un an plus tard, la justice polonaise avait classé sans suite son enquête sur une possible offense à la nation imputée à l’historien américain Jan Tomasz Gross, qui avait accusé les Polonais d’avoir « tué plus de Juifs que d’Allemands » pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces Polonais ne sont donc pas si méchants à l’égard du courageux petit peuple. 

Mais le procès actuel est insupportable aux gardiens de la Mémoire. Ainsi, pour Barbara Engelking, coauteur du livre à charge contre les Polonais, « l’objectif de ce genre de procès est de remettre en cause la crédibilité et la compétence des personnes accusées, de leur infliger des frais […], et de provoquer un effet dissuasif, en l’occurrence décourager d’autres chercheurs à chercher à connaître et à écrire la vérité sur l’Holocauste en Pologne ». « C’est un grand danger pour la liberté d’expression » (sic !), insiste l’historienne dans un texte publié sur le site du « Centre de recherche sur l’extermination des Juifs », dépendant de l’Académie polonaise des sciences qui a édité le livre incriminé. Voir des personnalités et organisations juives se réclamer de la liberté d’expression, d’une recherche libre et ouverte, quand elles font tout depuis des décennies pour étouffer et criminaliser tout débat, toute contribution intellectuelle, toute conclusion scientifique, historique ou physico-chimique qui ne va pas dans leur sens ne manque vraiment pas de sel.

Jérôme BOURBON, RIVAROL.

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Billet hebdomadaire

L’Administration Biden relance la politique anti-russe

Durant quatre ans, le président Donald Trump a tenté d’apaiser les tensions américano-russes malgré la constante hostilité, durant son mandat, de l’État profond états-unien, qui a poursuivi la politique de sanction à l’égard de l’ours euro-asiatique. 

À peine installé à la Maison Blanche, Joe Biden a d’ores et déjà relancé la politique anti- russe débridée des Etats-Unis qui était menée par l’Administration Obama. 

À l’occasion de la prolongation du traité de désarmement américano-russe New Start, le gouvernement états-unien a annoncé la couleur : le mandat de Biden sera en partie consacré à la géopolitique anti-russe. Ainsi, le chef de la diplomatie, Antony Blinken, a déclaré, dans le communiqué annonçant l’extension de l’accord (jusqu’au 5 février 2026) : « En même temps que nous travaillons avec la Russie pour promouvoir les intérêts américains, nous allons aussi travailler pour faire rendre des comptes à la Russie pour ses actes antagonistes et ses violations des droits humains, en étroite coordination avec nos alliés et partenaires. »

Et d’ajouter que la prolongation de New Start offrait un répit pour tenter d’encadrer « l’ensemble des armes nucléaires » avec la Russie, mais aussi pour tenter de « réduire les dangers posés par l’arsenal nucléaire moderne et grandissant de la Chine ». L’accord sur New Start n’empêche pas d’avoir « les yeux grands ouverts sur les défis que pose la Russie aux Etats-Unis et au monde » a affirmé Antony Blinken.

Agitant, comme à leur habitude, le prétexte des droits de l’homme, les Etats-Unis organisent une nouvelle propagande anti-russe avec l’affaire Alexeï Navalny (qui vient d’être condamné à une peine de prison en Russie). L’agent des Anglo-Américains se présentant comme opposant à Vladimir Poutine et prétendant avoir été empoisonné par les services secrets russes.

Outre les droits de l’homme, l’administration Biden accuse la Russie de s’être immiscée dans les élections états-uniennes et d’avoir lancé une cyber-attaque massive contre des ministères américains.

Durant l’entretien téléphonique qu’il a eu avec le président russe, Joe Bien a « réaffirmé son soutien ferme à la souveraineté de l’Ukraine face à l’agression persistante de la Russie », d’après le porte-parole de la Maison Blanche, Mme Jen Psaki.

Les histoires d’empoisonnement et la question ukrainienne font partie des deux principaux angles d’attaque constants de la géopolitique états-unienne contre la Russie. 

LA QUESTION UKRAINIENNE DANS LA GÉOPOLITIQUE ÉTATS-UNIENNE

La stratégie d’endiguement et de démantèlement de la fédération de Russie a été actualisée par Zbigniew Brzezinski (1928-2017), dans son livre Le grand échiquier : L’Amérique et le reste du monde (1997). Exposant sa vision de la géopolitique américaine en Europe et en Russie, Brzezinski écrivait : « Indépendamment l’une de l’autre, la France et l’Allemagne ne sont assez fortes ni pour construire l’Europe selon leurs vues propres, ni pour lever les ambiguïtés inhérentes à la définition des limites de l’Europe, cause de tensions avec la Russie. Cela exige une implication énergique et déterminée de l’Amérique pour aider à la définition de ces limites, en particulier avec les Allemands, et pour régler des problèmes sensibles, surtout pour la Russie, tels que le statut souhaitable dans le système européen des républiques baltes et de l’Ukraine… » 

La position agressive des dirigeants européens contre la Russie dans l’affaire ukrainienne est révélatrice de la stratégie géopolitique américaine et de l’instrumentalisation de l’Union européenne et de l’OTAN pour étendre son hégémonie ; ce que Brzezinski ne cachait pas lorsqu’il préconisait de sortir l’Ukraine de la sphère d’influence russe afin de l’affaiblir : « L’indépendance de l’Ukraine modifie la nature même de l’Etat russe. De ce seul fait, cette nouvelle case importante sur l’échiquier eurasien devient un pivot géopolitique. Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire en Eurasie. »

La stratégie géopolitique de Brzezinski est un demi-succès : pour ce qui est de la domination du cœur de l’Europe par la soumission totale de la France et de l’Allemagne, c’est chose faite (quoique l’Allemagne commence à faire montre d’une certaine velléité d’indépendance), mais quant à l’éclatement de la Russie en provinces, permettant aux Américains de contrôler toute l’Eurasie et d’en extraire les richesses, c’est un échec. Les rêves de domination états-uniens se sont brisés sur le mur poutinien. Mais la crise en Ukraine — pays auquel Brzezinski accorda une attention particulière et qu’il voulait absolument séparer de la Russie — et le discours de l’Administration Biden montrent que les Américains n’ont absolument pas abandonné leur projet. Jusqu’ici, la Russie de Poutine a tenu en échec les Américains en Syrie et a réussi à tirer avantage de la politique occidentale en Ukraine, par le retour spectaculaire de la Crimée dans la maison russe (mars 2014).

LES SERVICES SECRETS RUSSES QUI EMPOISONNENT LES OPPOSANTS À POUTINE : UN SCÉNARIO HOLLYWOODIEN

La Russie est accusée, à intervalles réguliers, d’assassinats (par empoisonnement ou par balles) de journalistes et autres opposants russes, pour diaboliser Vladimir Poutine, justifier de nouvelles sanctions et tenter d’isoler ce grand pays.

La dernière affaire en date est celle de Navalny, le héros russe de l’Occident, qui a prétendu avoir été empoisonné par les services secrets russes. D’après le récit des media occidentaux : « Les médecins berlinois qui ont soigné Alexeï Navalny ont rendu publics, mercredi 23 décembre (2020), les détails cliniques de son empoisonnement au Novitchok. L’opposant russe se félicite sur Twitter et Facebook de la publication de cette “preuve” médicale que réclamait Moscou depuis des mois. “Un empoisonnement grave avec un inhibiteur de la cholinestérase a été diagnostiqué à [l’hôpital de] la Charité”, expliquent les scientifiques dans cet article de quatre pages paru dans la revue The Lancet, qui retrace pour la première fois les symptômes déclenchés par l’agent neurotoxique du groupe Novitchok mis au point par l’URSS dans les années 1980. »

C’est la revue The Lancet qui a publié l’étude sur l’empoisonnement de Navalny. La même revue qui, quelques mois auparavant, avait été au cœur d’un scandale planétaire après avoir publié une étude (le 22 mai 2020) complètement bidon sur l’hydroxychloroquine. Une étude qui avait conduit à la suspension de l’usage de ce traitement en France. Finalement, The Lancet, a été contraint de retirer, en juin 2020, son article fallacieux contre l’hydroxychloroquine.

Navalny a alors accusé les services secrets russes d’avoir été derrière « l’empoisonnement » dans le but de l’assassiner. Des propos jugés “délirants” par Moscou, qui n’a pas eu accès à des preuves d’intoxication.

Dans la foulée, l’Union européenne a exigé des explications de Moscou et a pris, avec la Grande-Bretagne, des sanctions auxquelles la Russie a répondu par des contre-mesures.

Ce n’est pas la première histoire d’empoisonnement imputé à la Russie par les Occidentaux. Il s’agit bel et bien d’un “remake” hollywoodien.

LES PRÉCÉDENTES AFFAIRES D’EMPOISONNEMENT 

En 2018, un ancien colonel des services de renseignements militaires russes, Sergueï Skripal, et sa fille Loulia (qui a survécu) ont été empoisonnés. Ils ont été retrouvés inconscients le 4 mars 2018 aux abords d’un centre commercial de Salisbury (Angleterre). Une semaine plus tard, le Premier ministre britannique, Theresa May, a accusé, sans preuve, la Russie d’être coupable de l’empoisonnement des Skripal. 

Londres avait déjà accusé Vladimir Poutine en 2006 d’avoir fait assassiner, par empoisonnement, l’agent double Alexandre Litvinenko. Le journal Le Monde rapportait, le 21 janvier 2016 : « La justice britannique n’a pas hésité à désigner le président russe Vladimir Poutine en personne comme le “probable” commanditaire de l’assassinat par empoisonnement, à Londres en 2006, de l’opposant Alexandre Litvinenko ». 

Le juge britannique Robert Owen, dans ses conclusions de l’enquête menée de janvier à juillet 2015, rendues publiques le 21 janvier 2016, a déclaré : « L’opération du FSB (ex-KGB) destinée à tuer M. Litvinenko a probablement été approuvée par M. Patrouchev (Nikolaï Patrouchev, ex-patron du FSB, aujourd’hui secrétaire général du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie) et aussi par le président Poutine. »

Quid des preuves appuyant les conclusions publiques du juge britannique ? Il n’y en a pas. Il n’y a que des indices, restés “confidentiels”… Mais l’on a tout de même appris que la victime était employée par les services secrets britanniques, le MI6.

À l’instar d’Alexandre Litvinenko, Sergueï Skripal était un agent double, un ex-agent du FSB réfugié au Royaume-Uni qui a été recruté par les services secrets britanniques. Dans ces deux affaires, nous avons des agents doubles, travaillant pour les Britanniques, qui ont été peut-être sacrifiés par la Perfide Albion afin de servir une politique étrangère anti-russe. Ce qu’a suggéré le général du FSB, Vladimir Djabarov, qui a déclaré à l’AFP que l’empoisonnement de Skripal pouvait avoir été commis par le Royaume-Uni ou un pays tiers afin de « blâmer et noircir la Russie ».

Dans ces deux affaires d’assassinats, on nous explique que les services secrets russes sont stupides au point de tuer leurs ex-agents avec des poisons fabriqués uniquement en Russie, afin de faciliter la tâche aux enquêteurs et qu’ils puissent ainsi remonter jusqu’au Kremlin… 

Dans le cas de l’assassinat de Litvinenko, il s’agit du polonium 210, un isotope radioactif « dont la Russie est le seul pays producteur » écrivait Le Monde dans son article du 21 janvier 2016 ; et Skripal a été, quant à lui, empoisonné par un gaz innervant, le Novichok, « fabriqué uniquement en Russie » écrit le journal Libération dans un article du 30 mars 2018, sous la plume de sa correspondante à Londres. Le même Novichok utilisé pour empoisonner Navalny…

Aucune preuve ne mène à la piste russe, mais déjà Vladimir Poutine est désigné comme coupable par le gouvernement britannique. 

Concernant l’assassinat de Litvinenko, le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov, avait réagi aux conclusions du juge Owen en déclarant que l’enquête britannique s’apparente « peut-être à une blague… visiblement, on peut relier ça à l’élégant humour britannique », ironisant sur le rapport « basé sur les informations confidentielles de services secrets non identifiés ». 

Theresa May, qui était alors ministre de l’Intérieur, était déjà en pointe pour accuser Moscou de l’assassinat de Litvinenko. Elle faisait le lien entre Andreï Lougovoï et le Kremlin, car cet ex-agent du FSB, devenu député à la Douma, figurait le 9 mars 2015 sur la liste des décorations et des honneurs du président Poutine et se voyait attribuer la médaille de l’ordre du Mérite en raison de sa « grande activité visant au développement des relations législatives et parlementaires ». Pour Theresa May, le traitement qui a été réservé par Moscou à Lougovoï « dit tout ».

L’hystérie anti-Poutine de Theresa May n’était justifiée par aucune preuve de la culpabilité russe dans l’assassinat de Serguei Skripal. Dans une atmosphère de néo-maccarthysme à la sauce british, Theresa May et l’establishment britannique se sont lancés dans une véritable guerre froide contre la Russie, et en interne, contre le chef du parti travailliste Jeremy Corbyn (qui a été depuis éjecté pour antisémitisme), traité de larbin du Kremlin par les députés et les journaux britanniques, pour avoir demandé des preuves que la toxine présumée de l’époque soviétique était bien liée aux actions de l’État russe. 

Corbyn posa aussi la question suivante : les autorités britanniques fourniraient-elles les échantillons de toxines présumées aux enquêteurs russes afin qu’ils puissent procéder à leur propre évaluation indépendante — une procédure prescrite par le traité international de 1997 connu sous le nom de Convention sur les armes chimiques ? 

Le Royaume-Uni expulsa 23 diplomates russes. Les Etats-Unis, sous l’Administration Obama, expulsèrent 60 diplomates russes, la France 4, l’Allemagne 4, l’Ukraine 13… Au total, 29 pays ont expulsé des diplomates russes, dont la majorité de pays européens. En réponse, la Russie a expulsé 60 diplomates américains.

Mais un certain nombre de pays ont refusé de participer à cette attaque diplomatique coordonnée : l’Autriche, la Slovénie, la Slovaquie, le Luxembourg, Chypre, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, Malte, la Turquie, la Nouvelle-Zélande, le Portugal, la Grèce, le Monténégro, ainsi qu’Israël (déjà en mauvaise posture sur le dossier syrien et qui ne souhaitait pas s’aliéner plus encore la Russie).

Mais Theresa May ne s’est pas contentée d’expulser des diplomates russes ; elle s’est dite « prête à prendre des mesures plus importantes », rappelant dans la foulée que les troupes britanniques étaient stationnées sur une base de l’OTAN située en Estonie, pays frontalier de la Russie.  […]

Jean TERRIEN.