n°3462 du 10/3/2021
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Rivarol n°3462 du 10/3/2021 (Papier)

Editorial

Marine Le Pen toujours plus loin dans la normalisation

Jusqu'où ira la stratégie de normalisation de Marine Le Pen ? Même la grande presse et les media audiovisuels ont souligné le recentrage, les revirements de la présidente du Rassemblement national. Alors qu’en 2017 la benjamine de Jean-Marie Le Pen posait encore en candidate du peuple et conspuait le système, les élites, les banquiers, l’euro et l’Union européenne, elle s’affirme aujourd’hui pour le remboursement de la dette et veut défendre une stricte orthodoxie budgétaire que ne renierait pas la Macronie. Une posture étrange de la part d’une personnalité qui a fortement endetté la formation politique qu’elle dirige depuis dix ans (plusieurs dizaines de millions d’euros d’endettement et huit exercices comptables consécutifs déficitaires, de 2012 à aujourd’hui) et qui confiait encore récemment pour justifier cet endettement abyssal qu’un parti politique ne se dirigeait pas comme une entreprise ! 

Alors que pendant la dernière campagne présidentielle, sous l’influence de son conseiller Florian Philippot, elle militait encore pour la sortie de la France de l’euro et de l’Union européenne, voici qu’aujourd’hui non seulement elle veut rester, en cas d’élection à l’Elysée, dans la zone euro et dans l’UE, mais elle ne dénonce plus, contrairement au discours constant de la droite nationale depuis trente ans, les accords de Schengen sur la libre circulation des hommes, des marchandises et des capitaux au sein de l’UE, elle ne propose même pas d’en suspendre l’application mais entend simplement les “adapter”. Or le rétablissement des frontières nationales, à l’instar de tous les éléments de la souveraineté française, est indispensable si l’on veut développer une politique réellement indépendante. Comment pareillement vouloir rester dans l’UE alors même que tous les pays membres sont tenus de respecter les décisions des tribunaux européistes comme la Cour européenne des droits de l’homme et la Cour de justice des communautés européennes qui imposent l’ouverture des frontières aux migrants, une vision extensive du droit d’asile, le maintien du regroupement familial et ne permettent donc pas la mise en œuvre d’une politique de lutte contre la submersion migratoire ? Mais il est vrai que la réémigration ne figure pas au programme du RN. 

Marine Le Pen a également fait savoir, par la voix de son porte-parole Jordan Bardella, qu’elle ne remettrait pas en question le “mariage” homosexuel, contrairement là aussi à ce qu’elle affirmait dans son programme présidentiel de 2017 où elle se contentait alors d’une extension du PACS, ce qui était déjà une concession à l’air du temps et au lobby LGBT. Elle accepte aujourd’hui de pérenniser le “mariage” gay selon le principe du cliquet qui veut qu’une réforme votée par la gauche n’est jamais remise en question par la droite (ou ce qui en tient lieu). Or, comment rétablir la France sans la défense vigoureuse de la morale naturelle et de la famille traditionnelle ? Ce n’est pas en cédant à toutes les revendications, y compris les plus exorbitantes, du lobby LGBT, qu’on œuvre au bien commun. Mais il est vrai que la présidente du RN ne s’est jamais opposée à la théorie du genre, qu’elle avait refusé en 2013 de participer aux actions contre le vote de la loi Taubira sur le “mariage” inverti et qu’elle entend maintenir en tous points la législation actuelle sur l’avortement qui fait disparaître chaque année plus de deux cent mille enfants français dans le ventre de leur mère. Soit exactement le nombre d’immigrés entrant annuellement et légalement dans notre pays, chiffre auquel il faut ajouter les clandestins et les naissances étrangères sur notre sol. Là encore, comment peut-on donner un avenir à notre pays, comment peut-on prétendre à un renouveau national, à un redressement véritable et comment peut-on lutter efficacement contre le Grand Remplacement si l’on ne fait rien contre le meurtre de masse des enfants français avant même leur naissance, et si celui-ci nous est indifférent ? Le Front national proposait naguère dans son programme le salaire maternel ou parental pour permettre de relancer la natalité française. Cette disposition a également disparu des propositions du RN qui s’aligne toujours davantage sur le politiquement correct, ce qui est dramatique.

Marine s’est naguère prononcée également sur le plateau de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV pour le maintien de la loi Gayssot car elle dit n’avoir aucune indulgence pour l’antisémitisme et le négationnisme. Mais il est coupable des reprendre le vocabulaire de l’ennemi et de lui donner des gages. La persécution des révisionnistes, les atteintes graves à la liberté d’expression, d’opinion et de recherche sont scandaleuses et devraient être dénoncées publiquement par tous les amoureux de la liberté et de la justice. Le Front national canal historique le faisait hier, le Rassemblement national canal cathodique ne le fait plus hélas. De même, dans l’affaire des confinements et des couvre-feux,  Marine Le Pen n’a pas été du côté des défenseurs de la liberté de travailler, de circuler et de se rassembler. Au contraire elle en a souvent rajouté dans les demandes de mesures coercitives, appelant dès le printemps dernier à un confinement plus précoce et plus absolu, à la fermeture des écoles, ne manifestant aucune réserve devant l’idéologie du tout vacinal, s’affichant devant la statue de Jeanne d’Arc avec un grand masque sur le visage, là où son père posait naguère sur des affiches avec un bâillon pour protester contre la tyrannie en marche qui veut étouffer la libre parole.

En 2005 Jean-Marie Le Pen disait : « Un FN trop gentil n’intéresse personne ». C’est aujourd’hui la crainte de certains cadres RN : « à force de faire du normal, on va pousser nos électeurs à l’abstention », confie ainsi l’un d’entre eux. Marine Le Pen n’est pas de cet avis : « Quand on a voté RN une fois, on y reste », aurait-elle répondu en privé pour justifier son actuelle stratégie de normalisation. Une assertion bien imprudente et dont le passé électoral ne confirme pas le bien-fondé. En 2007, alors que Jean-Marie Le Pen avait fait une campagne lisse sur les conseils de sa fille Marine qui était sa directrice stratégique, Nicolas Sarkozy, en utilisant les formules et les codes de nature à séduire l’électorat frontiste, avait réussi à siphonner les suffrages lepénistes de sorte que le Menhir qui réunissait 17 % des suffrages au premier tour de la présidentielle de 2002 n’en faisait plus que 10,5 % cinq ans plu tard. Et on pourrait faire la même analyse pour les précédentes campagnes présidentielles de Marine Le Pen : un an avant la présidentielle de 2012, les sondages lui octroyaient autour de 23 % des suffrages, le soir de l’élection elle est à 17,9 %. De même, un an avant la présidentielle de 2017, les enquêtes d’opinion la créditent de 28 à 30 % des voix et la placent largement en tête de tous les candidats au premier tour. Le soir de l’élection, elle est à 21 %, trois points derrière Macron, arrivé premier, avec 24 %, et juste devant Fillon (20 %) et Mélenchon (19,5 %). Que s’est-il passé ? C’est simple. A force de se normaliser, de se banaliser, et aussi de montrer une incompétence crasse dans les différents débats, notamment sur les questions économiques et sociales, mais aussi sur d’autres sujets, institutionnels ou sociétaux, pourvu qu’on les aborde avec un peu de sérieux et de profondeur dans le cadre de formats médiatiques longs où sa gouaille ne peut plus faire illusion, elle a perdu nombre de voix potentielles. Le débat télévisuel qui l’a récemment opposée au ministre de l’Intérieur, le vibrionnant Gérald Darmanin, ne l’a sûrement pas fait gagner en crédibilité tant elle est apparue fade et lisse, au point que son contradicteur a même pointé du doigt sa mollesse, osant affirmer qu’il était plus à droite qu’elle ! Une affirmation particulièrement audacieuse de la part de l’homme qui a officiellement et scandaleusement dissous Génération identitaire le 3 mars en Conseil des ministres à cause de son idéologie dite « de discrimination, de haine et de violence » mais qui en dit long sur l’actuelle stratégie de Marine Le Pen.  

L’exemple de Gianfranco en Italie qui a disparu corps et bien, et qui a tué le Mouvement social italien (MSI) après un demi-siècle d’existence, à force de trahisons et de reptations, montre que la stratégie dite de dédiabolisation est une voie mortelle. Moralement abjecte, intellectuellement débile et politiquement insane. Si le RN n’est pas mort pour l’instant, contrairement au MSI, c’est que Marine se nomme Le Pen, un patronyme qui lui assure encore un matelas de voix et qu’elle profite du travail fait par la droite nationale et nationaliste depuis 50 ans pour éveiller les consciences et alerter sur les dangers mortels pesant sur notre pays, notre continent, notre civilisation, puisqu’elle bénéficie d’un monopole médiatique et électoral sur ce terrain. Mais que demain se lève un démagogue, un politicien ou polémiste retors et qu’il adopte un discours résolument populiste et droitier, il n’est pas sûr alors que ses rêves élyséens ne s’envolent pour de bon. 

Jérôme BOURBON, RIVAROL.

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Billet hebdomadaire

Vincent Bolloré, un ami qui vous veut du bien

Une amie de jeunesse, qui le chambrait sur les libertés pas très catholiques qu’il prenait avec la religion dans son métier de président et ailleurs, l’entend encore rire : « C’est formidable ! Tu te confesses, tu pèches, tu recommences !

Un jour, Bolloré voit, sur son écran, Rika Zaraï à l’antenne : ni une ni deux il descend, l’embrasse, repart.

Véronique Groussard, L’Obs, 25 février 2021.

Il y a un psychopathe qui est arrivé dans une pension de famille… Le psychopathe, c’est moi, la pension de famille, c’est vous. Et le psychopathe, sans savoir exactement pourquoi ou qui, tue régulièrement brutalement un certain nombre de gens.

Vincent Bolloré, sur scène, à L’Olympia, devant ses salariés, 2015.

La confusion serait risible si elle ne participait pas à la grande duperie du bon peuple français. La confusion quant à l’identité, l’extraction, la mentalité, la place dans le grand jeu, les desseins profonds, d’un homme très régulièrement exposé médiatiquement et même, actuellement, acteur de l’actualité brûlante : Vincent Bolloré. Voilà un homme qui n’a jamais été avare en matière de confidences sur ses origines, précisément sur la lignée bretonne de sa famille et sur l’activité industrielle ancestrale de cette branche-là, soit la fabrication de papiers fins divers et variés, notamment les fameuses feuilles à cigarettes OCB. Mais le cadet de Michel et de Monique Bolloré est beaucoup moins prolixe quant à ses ascendants maternels qui pourtant sont les seuls à expliquer son extraordinaire réussite pécuniaire et son ascension oligarchique. Comment ? Pourquoi ? Où le bât blesse-t-il ? On ne le sait d’une manière précise mais Vincent Bolloré vient de là, il vient du flouze. L’image du bon Breton catholique et enraciné est certainement plus efficace pour recevoir la sympathie d’une fraction des masses, néanmoins elle ne reflète pas la réalité, elle n’explique pas la trajectoire du bonhomme. Nous allons vous faire une révélation. S’il est bien le fils de son père, Bolloré est également celui de sa mère ! Sa mère Monique Yvonne Jeanne Henriette Follot était la fille de l’industriel Henri Emile Follot et de Nicole Goldschmidt (qui fit une longue carrière d’agent secret au sein du service action du SDECE, assurant notamment les échanges avec ses homologues israéliens), l’une des héritières de la dynastie Goldschmidt, immense famille banquière originaire, comme les Rothschild, de Francfort- sur-le-Main, et qui est depuis des siècles alliée à la seconde, si bien qu’une branche Goldschmidt-Rothschild fut fondée sous la bénédiction des patriarches de la famille à cinq flèches lors de l’union de Maximilian Benedict Goldschmidt avec Minna Caroline von Rothschild en 1878.

Plus qu’un symbole, la concrétisation d’un axe Goldschmidt-Rothschild, une alliance de sang. Signe de la confiance totale qu’avait le père de Minna, Wilhem Carl von Rothschild à l’égard des Goldschmidt, Maximilian bénéficia de tous les réseaux de la familia et devint la plus grande fortune de Germanie avant de devenir le dernier représentant de l’écu rouge jusqu’à sa mort à 97 ans dans le fief dynastique à Francfort. Du reste, les Goldschmidt se sont, à l’instar des Rothschild mais avant eux, dispersés à travers tout l’Occident pour prospérer et tisser leur puissant réseau financier. Ainsi, Jimmy Goldsmith, l’ancien sponsor de Philippe de Villiers, fut un descendant d’un Goldschmidt immigré en Angleterre. Bref, les Goldschmidt, pour parler comme Nicolas Sarkozy (intime de Bolloré), « c’est du sérieux ». Mais pourquoi donc Nicole Goldschmidt, la grand-mère de Vincent, se serait-elle mariée avec un Follot, nom bourguignon s’il en est ? Certes, les Follot ont de l’argent, des terres et des biens depuis plusieurs générations et sont à la tête d’une prestigieuse entreprise de papier peint épais (du genre chic), mais, bon sang, un Follot reste un Follot ! Cependant, Henri Follot est, comme son arrière-petit-fils Vincent, le petit-fils d’une femme de confession israélite, Eugénie Louise Dreyfous, fille de Mayer Dreyfous, fils de Rose Weil, petit-fille d’Eve Bloch… Simplement pour dire que le côté breton de Vincent Bolloré est quelque peu altéré ou adouci, ou encore magnifié (ça doit être ça) par ses ascendances orientales et ce sang cosmopolite préservé de siècle en siècle. Parfois, il est vrai, la généalogie n’explique rien. Ni la destinée d’un individu, ni son caractère, son esprit. En l’occurrence, le terreau familial de Vincent Bolloré, personnage sans génie, sans talent particulier, explique tout. 

TOUT LUI TOMBE

TOUT CUIT DANS LE BEC

Avant de nous arrêter sur l’actualité bolloréenne, il importe de se rappeler l’origine de son émergence dans le monde des affaires, des grandes affaires.

Dans les années 1960 et au début des années 1970, Michel et Monique Bolloré (ses parents) mènent une vie de fêtes nocturnes à Paris en compagnie notamment de Jacques Duhamel (le père d’Olivier Duhamel), ministre de la Culture et protecteur de Jack Lang, et fréquentent aussi bien Georges Pompidou que François Mitterrand. L’entreprise familiale ne les intéresse plus beaucoup et Michel cède 40 % d’OCB à une société américaine. Alors que le jeune Vincent, dépourvu de toute connaissance en sciences économiques, fait ses armes à 22 ans en tant que sous-directeur chez Edmond de Rothschild (la grosse banque), la boîte familiale est en pleine Bérézina, à tel point que l’actionnaire américain décide de quitter le rafiot, qui échappe au naufrage grâce à son rachat par… Edmond de Rothschild qui assène ses comptes, le renfloue, le retape puis le revend pour une bouchée de pain à Vincent Bolloré et à son frère Michel-Yves (qui disparaîtra plus tard des écrans radars). C’est ainsi que débute en 1980 la carrière de l’entrepreneur dynamique Vincent Bolloré. Grâce à l’argent frais de Rothschild, l’entreprise parvient à rebondir en produisant un film plastique spécial dont l’industrie est à ce moment gourmande, mais Vincent se laissera porter par la vague sans anticiper sa disparition sur la grève. Il faut alors purger l’entreprise, et diminuer le salaire des restants de 30 %. Par la suite, occupé à d’autres affaires plus excitantes, Vincent laissa vivoter OCB avant que, las, ce grand conservateur ne cède l’entreprise familiale en 2000 à A. Levin, un concurrent américain…

En effet, le petit-fils Goldschmidt, « grâce à l’allié Rothschild », comme le disent toutes ses biographies, rachète à Suez en 1986 la SCAC (Société commerciale d’affrètement et de Combustible), une acquisition qui pose les bases du développement de ses affaires en Afrique et dans le monde des activités de transports et logistique. Il reçoit pour cela en 1987 des mains de Jacques Chirac le Prix du Manager de l’année du Nouvel Economiste. On le surnomme alors le Petit Prince du Cash Flow, sobriquet qui a dû faire sourire la banque Rothschild. C’est vraiment à partir de 1986 que l’on a l’impression que, pour lui, l’argent tombe du ciel. Il achète des compagnies de transport et investit à tire-larigot souvent en pure perte, mais l’argent continue à déborder de ses poches. Suite à une vague de privatisations imposées par le chantage aux subsides et aux prêts par les institutions financières internationales, il obtient ainsi la concession d’infrastructures en Afrique parmi lesquelles en 1995 la Société internationale de transport africain par rail (Sitarail), et en 1999 la Camrail, compagnie ferroviaire du Cameroun. On allait voir ce qu’on allait voir ! L’Afrique prospère ! La planète sauvée ! La justice partout ! Il ne s’agissait que d’une grossière propagande. […]

François-Xavier ROCHETTE.