Rivarol n°3473 du 26/5/2021
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Rivarol n°3473 du 26/5/2021 (Papier)

Editorial

La Palestine et l’Union européenne sont, chacune à leur manière, des camps de concentration

C’est désormais officiel : le premier juillet, l’Union européenne devient un immense camp de concentration, comme le note à juste titre le site Réseau international. Le passeport sanitaire devrait en effet être officiellement mis en place au début du second semestre 2021 pour circuler à nouveau entre les différents pays de l’Union. L’accord devra être approuvé par le Parlement européen à la prochaine session plénière du 7 au 10 juin à Strasbourg. « Ce qui permettra une entrée en vigueur le 1er juillet » a confirmé l’eurodéputé espagnol Juan Fernando Lopez Aguilar, négociateur du Parlement, lors d’une conférence de presse. Il ne fait guère de doute que tous les kapos de cette désormais Union de l’Enfermement voteront tous le bras levé à l’unanimité pour valider cet ausweis avec enthousiasme. Il en est de même d’ailleurs du Parlement national. Nul doute, pensent-ils, que tous les Européens vont accepter d’arrêter de vivre pour éviter de mourir. 

Notons une nouvelle fois que c’est une Assemblée européenne et non un Parlement ayant pouvoir de légiférer qui s’apprête à transformer une Union européenne déjà fortement liberticide en véritable prison des peuples. Ne serait-il pas temps, comme nous l’indique judicieusement un correspondant, pour tous les résistants au nouvel ordre mondial d’enfiler, au moins mentalement, un gilet jaune, symbole de résistance populaire ?

Après Gaza bombardée, humiliée, martyrisée, endeuillée, dans l’indifférence quasi-générale des chancelleries occidentales, l’entité sioniste bénéficiant d’une totale impunité grâce à son passeport shoahtique, comme nous l’avons expliqué dans notre précédent éditorial, voici que l’Europe dite occidentale est à son tour transformée en camp de concentration. Certes ce qui se passe ici est moins violent qu’à Gaza, c’est évident, mais cela participe de la même logique destructrice, liberticide et mortifère. Un accord vient donc d’être trouvé entre eurodéputés et États membres sur le fameux pass sanitaire qui permettra à l’aide d’un QR code d’indiquer que son titulaire a bien été vacciné, qu’il a passé un test négatif, ou encore qu’il est immunisé après avoir été infecté par le Covid-19. 

Il ne faut pas s’y tromper : cet “ausweis” n’est rien d’autre qu’une permission de sortie de la prison européenne à ciel ouvert pour pouvoir à nouveau circuler entre les différents pays européens. Il entérine ainsi la création d’Alpha+ et de bêta-, autrement dit, une gigantesque discrimination européenne, permise celle-là, selon qu’on aura été vacciné ou non. Ce dispositif vient compléter et aggraver tout un arsenal répressif et liberticide comme le traçage, le pistage, la géolocalisation, le flicage tous azimuts, les confinements divers et variés, le port de la muselière, les couvre-feux, les limitations de déplacement dans le temps et dans l’espace, la propagande des grands médias et la censure de plus en plus implacables des réseaux sociaux (suppression de comptes YouTube, Twitter, Facebook, Instagram, VK, etc.).

Qui ne voit que cette monstrueuse Union européenne est en guerre contre ses peuples pour asseoir définitivement sa tyrannie avant un éventuel effondrement économique, prélude au Grand Reset théorisé à de Davos et peut-être à l’instauration de la monnaie numérique, après la monnaie unique qu’est l’euro, et le revenu universel, afin de conduire à la soumission et à la sujétion de toute la classe moyenne européenne, à commencer par la classe entrepreneuriale, celle qui était jusque-là créatrice de richesses. Ce scénario cauchemardesque n’empêche pas, bien au contraire, l’Euro-Kommissar Didier Reynders de comparer cet accord à la triomphale élection d’un pape en tweetant, enthousiaste : « Fumée blanche : nous avons un accord sur la proposition de la Commission de certificat européen Covid ». « Nous avons abouti sur ce nouvel instrument en un temps record pour sauvegarder la libre circulation pour tous les citoyens », s’est-il félicité avec outrecuidance. Comment peut-on davantage se moquer du monde puisque la liberté de circulation sera désormais soumise à un passeport sanitaire ? De sorte qu’on en arrive à cette situation ubuesque : les immigrés extra-européens continuent à entrer en masse sur le Vieux Continent, le Grand Remplacement se poursuit et s’accélère, et les Européens, eux, pour pouvoir se déplacer d’un pays à un autre de l’Union européenne, devront passer sous les fourches caudines de la tyrannie sanitaire. Comme ils doivent déjà se plier à la tyrannie de la Mémoire s’ils veulent faire carrière, gravir les échelons et ne pas être socialement marginalisé et éliminé. Et pénalement sanctionné. Jusqu’à la prison ou l’exil.

On le voit, plus le temps passe, plus les choses s’accélèrent, plus il devient évident, à qui veut voir la vérité en face, que nous sommes sans le savoir des Palestiniens en Europe occupée.

Jérôme BOURBON, RIVAROL.

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Billet hebdomadaire

Les 80 ans de la mort d’Herman Wijns, le petit prêtre de Merksem

Ce 26 mai 2021, cela fait très exactement quatre-vingts ans qu’est mort en odeur de sainteté le petit Herman Wijns, un enfant flamand de dix ans d’une piété exceptionnelle, un apôtre de la Sainte Messe et du Sacerdoce. A une époque où triomphent l’erreur, le vice et toutes les laideurs, où l’apostasie est universelle, il est réconfortant de connaître — ou de se remémorer — la magnifique et brève vie du « petit prêtre de Merksem ». Car cette histoire ne date pas de plusieurs siècles mais se passe au XXe, pendant l’entre-deux-guerres et au début du deuxième conflit mondial. Herman aurait aujourd’hui quatre-vingt-dix ans, ce qui est un âge avancé mais possible, le Bon Dieu a préféré le conduire dès 1941 dans son Royaume où il intercède pour tous ceux qui lui demandent des grâces, des faveurs, des bienfaits. Et ceux-là ne manquent pas, à en juger par le nombre des ex-voto —1400 ! — sur sa tombe au cimetière de Merksem.

Herman Wijns naît le 15 mars 1931. C’est l’enfant unique de Josef Wijns et Johanna Dens, un couple flamand jeune et dynamique de familles profondément chrétiennes marié depuis cinq ans et qui, malgré son ardent désir, n’a pu avoir d’enfants plus tôt. Après la naissance d’Herman, à la suite d’une intervention chirurgicale de Mme Wijns, le médecin prévient que le couple n’aura plus jamais d’enfant. Herman restera donc leur fils unique. Sur l’avenue Breda à Merksem, un quartier d’Anvers, les Wijns sont propriétaires d’une grande boucherie et emploient sept commis. Las, en 1937, le malheur frappe la famille. Généreux, Josef Wijns s’est porté garant pour une connaissance qui voulait ouvrir un grand commerce. A cause de la crise, ce commerce fait faillite. Par désespoir et faiblesse humaine, l’homme se suicide. Ainsi, les difficultés retombent sur les épaules de M. Wijns. Il est rendu financièrement responsable. Puisqu’il n’a pas assez d’argent, il est obligé de vendre en catastrophe sa boucherie pour payer les dettes. Et c’est ainsi que le père Wijns se trouve pratiquement d’un jour à l’autre dans la rue avec son épouse et son enfant. Il est chômeur. La famille, autrefois aisée, se retrouve dans la misère. Herman ne se plaint pas. Pas même lorsqu’il est privé de pain à table et qu’il a faim. Cette épreuve familiale fait grandir sa vie spirituelle qui se développe et s’épanouit. Herman se retire chaque soir dans sa chambre pour prier longuement, intensément. Il récite trois chapelets tous les jours, se rend à la messe quotidiennement. Une fois, sa mère le découvre endormi, agenouillé devant son lit, le Rosaire dans une main, son livre de prières dans l’autre. A sa question : « Mais qu’est-ce que tu fais si longtemps devant ton lit ? », Herman répond, la main gauche sur la poitrine et la main droite levée, le petit doigt désignant le Ciel : « C’est une chose entre moi-même et là-haut, Maman. ». Sa Première communion, le 14 juin 1937, à six ans, est le plus beau jour de sa vie. Quand il entre, avec ses camarades dans la chapelle de son école catholique, l’Institut Saint Edouard, dont il est l’élève studieux, gai, serviable et courageux depuis l’âge de cinq ans, il se sent au Ciel. L’autel rayonne de lumière et est superbement décoré avec des roses et des hortensias blancs. Puis Herman deviendra Croisé eucharistique et sera heureux et fier d’en porter l’insigne.

PRÊTRE, SINON RIEN !

A son père qui lui demande ce qu’il veut faire plus tard, Herman répond nettement : « Prêtre, Papa, sinon rien ; d’abord, servant de messe, puis, prêtre ! » Lorsque Herman est enfin admis au service de la messe, il s’acquittera de cette fonction avec un sérieux et une piété remarquables, ne reculant devant aucune difficulté, aucune souffrance. Il sert la messe de six heures du matin et doit se lever tous les jours à 5 heures 30. Un jour, à cause du froid, il a des engelures qui le font atrocement souffrir. Les douleurs très vives dureront deux mois. Malgré les recommandations de ses parents qui l’encouragent à rester à la maison, il prend à pied chaque matin le chemin de l’église. Car il ne veut ni ne peut renoncer « à sa messe et à sa communion ». Alors qu’il fait encore nuit, l’hiver, une lampe dans une main, son chapelet dans l’autre, il avance péniblement dans la neige. Il tombe plusieurs fois, son pied heurtant une pierre. Il se relève, grimace de douleur mais continue son chemin jusqu’à l’église. Il sert consciencieusement la messe, le célébrant ne remarque rien. Les vraies douleurs sont muettes. Jésus Eucharistie le réconforte. Contrairement à ce que pensent souvent les non-croyants, le chrétien ne demande pas dans la sainte communion l’oubli mais la force. La force d’accomplir son devoir d’état, de faire face aux difficultés et épreuves de la vie, la force d’obéir, de faire la volonté de Dieu. De prier avec ferveur. Or, ce n’est pas facile de prier, ce l’est encore moins de bien prier. C’est une grâce qu’il convient d’implorer tant il est vrai qu’il faut demander pour recevoir, chercher pour trouver, frapper pour que le Bon Dieu nous ouvre. Un jour que le prêtre se retourne à l’Orate fratres, il voit l’enfant de chœur Herman tel un ange entouré d’un halo de lumière.

Lors des bombardements en 1940, la famille Wijns va se cacher sous l’escalier de la cave. Dans la fureur des attaques, Herman se met à genoux et commence à prier de tout son cœur le rosaire. A ce moment-là on frappe très fort à la porte et des voisins paniqués entrent. Herman reprend sa prière. Elle est tellement belle, confiante et fervente que la famille, jusque-là non pratiquante, retrouve le chemin de la foi et de l’église. Un autre soir que les bombes tombent, que le bruit est infernal et assourdissant, que la maison tremble sur ses fondements et que les fenêtres éclatent, M. Wijns crie à son fils : « Herman, vite, en bas, à la cave. Tu n’entends ou tu ne vois donc rien ! » Et l’enfant de s’éveiller, de monter sur son lit et de montrer le crucifix au-dessus de sa tête en disant calmement « Papa, et celui-ci alors ! », et il retourne sous ses draps. Herman a toute confiance en Dieu. Un jour que son père accablé par le malheur, désespéré de ne toujours pas retrouver de travail, dit à son fils pendant la prière : « Oh Herman, à quoi bon cette prière ? Plus nous prions, moins le Bon Dieu nous écoute », l’enfant, d’un bond, se met debout, empoigne de ses mains innocentes la tête de son père et, le fixant au fond des yeux, lui répond d’une voix qui tremble : « La valeur de la prière est dans la persévérance, sinon elle n’a pas de sens ». Et en effet, au dernier jour de la vingt-cinquième neuvaine de prières consécutive qu’Herman fera pour que son père retrouve un travail, M. Wijns obtient enfin un nouvel emploi au ministère.

MON ÉGLISE, MON ÉGLISE, PLUS JAMAIS JE N’Y ENTRERAI

Le samedi 24 mai 1941, Mme Wijns demande à Herman, tout juste âgé de 10 ans, de l’accompagner chez le boucher. Herman rechigne car ce boucher dit beaucoup de jurons. Mais en fils obéissant, l’enfant se soumet. Quand il entre dans la boucherie avec sa mère, les deux jeunes fils du boucher demandent à Herman s’il a envie de venir voir les poussins. Herman est content de suivre les garçons, cela lui évite d’entendre malgré lui tous ces jurons. Pendant qu’ils sont occupés à admirer les poussins, Willy, l’ami d’Herman, l’appelle. Il habite à côté de chez le boucher. Herman saute sur le poulailler pour voir Willy. « Tu sers la messe à quelle heure demain ? » lui demande Willy. « La première messe, comme toujours », répond Herman. 

Les deux garçons du boucher ont envie de s’amuser et tentent de faire tomber Herman du poulailler. Ils prennent un ballon crevé, le remplissent d’eau et le lancent à Herman. Il crie : « Faites attention, j’ai mis mes vêtements du dimanche ». Mais plus il les conjure de le laisser tranquille, plus ils s’enhardissent à lui lancer la balle gonflée d’eau. Pour protéger ses vêtements, Herman se porte à gauche, à droite, recule, oubliant les limites du petit toit du poulailler. Tout à coup c’est le drame : le pied droit se pose dans le vide, Herman tombe à la renverse, sa jambe gauche s’enfonce dans la vitre de la fenêtre de ce réduit. Et l’enfant s’abat au sol avec un grand cri. La jambe ensanglantée, Herman essaie de se relever. Un éclat de verre, entré dans le jarret, a coupé le tendon et percé l’artère. Se comprimant la jambe des deux mains, il retourne à la cuisine soutenu par ses deux camarades. Le sang sort de la plaie à grands flots. Madame Wijns, qui a perçu la voix de son fils, est déjà là, éperdue. Elle l’empoigne et l’emporte chez le Docteur, sans songer à arrêter le flux de sang. Pour sa mère, porter un enfant de dix ans si loin est très lourd, et le fait de voir son fils unique tellement souffrir rend la situation encore plus douloureuse. En chemin, la mère et l’enfant arrivent à la hauteur de l’église. Herman lève la tête et s’exclame de manière mélancolique et prophétique : « Oh ! Mon église ! Mon église ! Plus jamais je n’y entrerai ! ». Bien qu’il y ait foule dans la rue, en ce jour de Notre-Dame Auxiliatrice, une fête de la Sainte Vierge dont Herman est particulièrement dévot, comme saint Jean Bosco, personne ne songe à aider cette mère en désarroi. Toutefois, ému par la situation, un officier allemand se fraye un chemin à travers la foule pour arriver auprès de la mère Wijns. Charitable, le militaire déchire l’ourlet de son manteau pour en faire un bandage qu’il emploie pour ligaturer la jambe d’Herman. Il fait signe à un cycliste de mettre l’enfant sur sa bicyclette et de le conduire chez le médecin, ce que l’homme fait volontiers. On voit là que cet officier allemand a agi avec noblesse et charité et qu’on est là à des années-lumière des portraits de brutes épaisses que l’on dépeint complaisamment à propos de l’occupant allemand. Dans cette histoire, ce ne sont pas les compatriotes flamands d’Herman qui ont agi en bon samaritain, c’est l’officier étranger d’une armée d’occupation, cela donne à réfléchir. Le médecin est absent et les premiers soins sont prodigués par son épouse. Bouleversée par le courage et la gentillesse d’Hermanneke (le petit Herman), elle ne peut pas résister à embrasser l’enfant. Quand son mari médecin rentre, il est manifestement préoccupé par la blessure du garçon, il enlève les bandages et déclare qu’Herman doit aller à l’hôpital sur-le-champ. La petite jambe doit en effet être opérée d’urgence. 

DES FAITS SURNATURELS

Deux jours plus tard, après plusieurs opérations et après avoir offert ses souffrances et reçu l’Extrême Onction, Herman meurt, le lundi 26 mai 1941 à 19h30, d’une méningite en récitant pieusement les prières de la messe du dimanche après l’Ascension. Toutefois, bien qu’Herman soit mort, un phénomène étrange se produit. Il semble survivre. Son sang ne se coagule pas et son corps reste souple. Des tentatives répétées pour lui fermer les yeux et plier ses petites mains dans une position de prière restent peine perdue. Chaque fois les yeux se rouvrent et les mains retombent à côté de son corps. Surpris, les médecins renvoient Herman à la table d’opération pour une analyse. Ils constatent la mort clinique mais le petit corps n’en montre aucun signe, ce qui les empêche de donner l’autorisation pour l’enterrer. Sur les instances des malades, le petit corps peut encore rester deux jours dans l’infirmerie. Le troisième jour, le corps est conduit à la maison où on le met à reposer sur une table qui a été transformée en catafalque. Chaque jour le petit corps est examiné par les médecins. Après une nouvelle analyse, l’autorisation est donnée pour l’enterrement. Une profusion de fleurs et de couronnes est déposée en témoignage d’amitié et d’amour pour l’enfant, croisé eucharistique et enfant de chœur modèle. Herman avait prédit sa mort plusieurs mois avant qu’elle se produisît. Des paroles que ses parents avaient sur le moment considérées comme des enfantillages se sont révélées prophétiques. Ainsi, un jour, Madame Wijns surprend son fils en train de prendre des mesures dans sa chambre. 

« — Mais qu’est-ce que tu fais ?

— Je pense que les menuisiers devront me fabriquer un assez grand cercueil. »

Une autre fois, Herman compte toutes les chaises disponibles qu’il range autour de la table de la salle à manger. Et Herman de demander :

« — Maman, y aura-t-il beaucoup de monde à ma Communion solennelle ? 

— Cela dépendra de la nourriture que nous trouverons, tu sais que tout est rationné.

— Mamam, ajoute-t-il étonnamment, dis aux gens qui viendront de ne pas apporter de cadeaux, mais des fleurs. » Et en effet, à sa mort, il reçoit un océan de fleurs. Un autre jour, en revenant de la messe, il dit à sa mère :

« — Maman, aujourd’hui, j’ai eu une très bonne communion. Je me suis entretenu avec Notre-Seigneur comme avec mon Papa. » 

Il ouvre son missel et montre quelques prières à sa mère : 

« — Si moi je dis ces prières, toi, tu viendras avec moi à la messe ? 

— Herman, c’est très beau, mais je n’ai pas le temps.

— Maman, tu n’as pas le temps maintenant, mais quand Herman sera mort, tu auras le temps. » Etrange prémonition, mais il en est d’autres. Le matin même du 24 mai, le jour de son accident mortel, Herman entend sa mère lui dire que le soir elle ira voir un film tourné dans le quartier. A midi, il lui demande :

« — Maman, je peux te dire quelque chose ?

— Tu peux toujours tout demander à Maman.

— Tu ne vas pas te fâcher, Maman.

— Pourquoi me fâcherai-je ?

— Ma petite Maman, il ne faut pas aller voir ce film, il est mauvais.

— Oh, qu’est-ce que cela peut te faire, petit garçon ?

— Non, il ne faut pas y aller.

— Bon, c’est assez, je n’ai pas de leçon à recevoir de toi.

— Alors, si tu y vas, moi, je n’irai plus à l’église ! »

Et en effet Herman n’ira plus à l’église puisqu’il aura son accident et mourra deux jours plus tard. Ce qui empêchera sa mère d’aller voir ce mauvais film. Dans la bouche d’Herman, ce n’est pas là une menace, encore moins un chantage puisqu’après son accident, en passant devant son église, il se désole de ne plus jamais pouvoir y retourner. C’est donc une prémonition.

IL Y AURA DES SAINTS PARMI LES ENFANTS

En 1910, saint Pie X demande dans l’encyclique Quam Singularis que les enfants puissent communier à partir de 7 ans. Le Pape pose deux conditions : l’enfant doit pouvoir distinguer le pain ordinaire du pain eucharistique et croire en Dieu, à la Trinité et à l’Incarnation. Saint Pie X le dit avec force : « Non, non, aucun fidèle ne doit en être exclu pourvu que ces deux conditions seulement soit gardées : être en état de grâce et s’approcher de la Sainte Table avec une intention pieuse et droite ». Il encourage la communion des tout-petits : « Dès qu’un petit enfant sait discerner le pain Eucharistique de pain ordinaire, il a ce qu’on appelle l’âge de raison. Or, à l’âge de raison, l’enfant est obligé, comme tous les fidèles, de se confesser et de communier une fois par an. Les petits enfants peuvent communier, les petits enfants doivent communier. Jésus les aime d’un amour de prédilection. » Le 3 juin 1951, en proclamant Pie X bienheureux, Pie XII déclarait au sujet de son prédécesseur : « C’était à Pie X, lui qui avait une âme évangéliquement enfantine, qu’il revenait de donner Jésus aux enfants et les enfants à Jésus. »

En permettant aux enfants de recevoir très jeunes le pain eucharistique, saint Pie X avait prédit : « Il y aura des saints parmi les enfants ». Et en effet, dans les années qui ont suivi cette décision pontificale, de nombreux enfants recevant régulièrement la Sainte Eucharistie ont connu des progrès foudroyants vers une sainteté consommée. Les Anne de Guigné (1911-1922), les Guy de Fontgalland (1913-1925), les Herman Wijns (1931-1941) témoignent de la puissance et des merveilles de la grâce chez les enfants nourris du pain eucharistique et de l’oraison. Jésus n’avait-il pas dit à ses disciples : « Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les empêchez point, car le Royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. » (Matthieu XIX, 14) ? La pureté, l’innocence, la foi, la franchise, la simplicité, la flamme, la saine intransigeance de l’enfance, telles sont les vertus des élus. Tel est le chemin qui guide au Ciel. Là où il n’y a plus ni maladie ni fatigue ni souffrance ni incompréhension ni mal ni obscurité ni trahison. Là où il n’y a plus de temps mais une éternité bienheureuse. Là où s’achève ce qui est fugace et transitoire pour laisser place au face à face, au cœur à cœur amoureux avec le Tout-Puissant. 

Jérôme BOURBON.

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Maison d’Herman qu’on peut visiter : Van Heybeeckstraat 23, 2170 Anvers, Belgique (le cimetière où il repose est au bout de la rue à droite) https://www.hermanwijns.be.Tél. : 00-32-(0)-48-76-78-939. 

Bibliographie : Père Omer Van de Vijvere et Frère Marius-Jean, Herman Wijns, Le Petit prêtre de Merksem. Editions Jules Hovinè, 1973.

Lucienne de Maeght, Herman Wijns, un aimant de l’amour, 1993. 

Michel de Crousnilhon, Herman Wijns, l’enfant prêtre, Les Presses du Midi, 2017.