Rivarol n°3497 du 8/12/2021
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Rivarol n°3497 du 8/12/2021 (Papier)

Editorial

Qui va l’emporter dans le match à trois 

entre Pécresse, Zemmour et Le Pen ?

LA DÉSIGNATION de Valérie Pécresse par 60,95 % des adhérents de LR le samedi 4 décembre face à son concurrent plus droitier Eric Ciotti (39,05 %) marque-t-elle un tournant décisif dans cette campagne présidentielle ? La présidente de la région francilienne succédera-t-elle au printemps prochain à Emmanuel Macron ? La route est encore très longue pour elle, comme d’ailleurs pour tous les autres candidats à la magistrature suprême, bien des événements peuvent se passer en cinq mois de campagne (le premier tour ayant lieu le dimanche des Rameaux le 10 avril 2022 et le second le dimanche in albis, le 24 avril) et il est bien difficile de formuler des pronostics d’autant que la réalité politique est mouvante et que bien des Français se décident dans les dernières semaines, voire les ultimes jours avant le scrutin, et même parfois des électeurs hésitent encore dans l’isoloir. Mais si nous devions aujourd’hui faire un pari pour savoir qui sera le futur vainqueur de cette onzième élection présidentielle au suffrage universel direct, nous serions assez tentés de voir en cette femme de 54 ans la prochaine présidente de la République. D’ailleurs, le sondage Ifop-Fiducial pour Le Figaro et LCI réalisé après sa désignation (qui sera ou non confirmé ultérieurement par d’autres enquêtes, nous le verrons), la place pour la première fois possiblement au second tour, en lui faisant gagner d’un coup 7 points, ce qui est considérable, de 10 à 17 % des suffrages exprimés, derrière Emmanuel Macron (à 25 %) et à égalité avec Marine Le Pen qui perd 2,5 points (17 %) et devant Eric Zemmour à 13 % (mais notons que cette enquête a été réalisée pour l’essentiel avant le meeting très réussi de Villepinte, véritable démonstration de force du polémiste, et n’a donc pu prendre en compte une éventuelle remontée de Zemmour dans les intentions de vote à l’issue de cet événement). En cas de second tour avec le président sortant, Pécresse est d’ores et déjà donnée à 48 %, ce qui est là aussi une progression spectaculaire par rapport à ses résultats antérieurs nettement inférieurs (elle tournait alors autour de 40 %). Sa désignation, avec une très forte participation des adhérents des Républicains (plus de 80 % sur un corps électoral de 140 000 personnes), et après des débats certes techniques et peu passionnants mais où les cinq candidats à l’investiture LR (Bertrand, Barnier, Pécresse, Ciotti et Juvin) ont su dans l’ensemble rester calmes et courtois, lui a incontestablement donné une certaine légitimité au sein d’une partie non négligeable de l’électorat de droite qui se désespérait de ne pas avoir encore de champion et de porte-drapeau. 

C’est une grave erreur de sous-estimer ou de mépriser un adversaire. Contrairement à ce que je lis ou j’entends ici dans nos milieux qui, comme souvent, prennent leurs désirs pour des réalités (c’est certes humain !), Valérie Pécresse est, à notre sens, une candidate redoutable pour le camp dit national et populiste. Car s’il est vrai que, sur le fond, elle est une Macron en jupon, centriste (elle avait soutenu Juppé aux primaires de la droite et du centre de 2016 et avait quitté LR en 2019 car elle jugeait le parti trop à droite sous la présidence de Laurent Wauquiez !), européiste, mondialiste (elle s’est prononcée pour le confinement des non-vaccinés et pour l’extension du passe sanitaire aux réunions politiques !), qu’elle est une de ces grandes bourgeoises conservatrices qui au final ne conservent rien, sinon leur ambition, qu’elle a incarné toute sa carrière politique de manière superlative le principe du cliquet selon lequel la “droite” ne remet jamais en question une réforme sociétale mise en œuvre par la gauche (ainsi, hostile au mariage pour tous et souhaitant même démarier les “couples” homosexuels, Valérie Pécresse a depuis changé d’avis, considérant avec un rare courage qu’il n’était pas possible humainement de revenir en arrière), elle peut toutefois donner le change auprès d’une partie du peuple dit de droite. Lorsqu’on fait une analyse, il faut toujours s’efforcer d’être honnête et objectif et ne pas se laisser aveugler par des intérêts, des désirs ou des passions qui faussent le jugement et obscurcissent l’intelligence. 

VALÉRIE PÉCRESSE est une femme, et elle pourrait même être la première personne du sexe féminin à devenir chef de l’Etat depuis la création de la France, républiques et monarchies confondues, ce qui n’est pas rien sur le plan symbolique. Or aujourd’hui être une femme est un plus. C’est une mode. De même que Macron avait pu apparaître comme un homme neuf, jeune et souriant en 2017, comme le gendre idéal, ce qui lui avait beaucoup servi à une époque médiatique où l’apparence est hélas si importante et où la forme l’emporte largement sur le fond,  Valérie Pécresse est une personne du sexe, comme le disaient joliment les traités de morale autrefois. Qui plus est, disons-le honnêtement, c’est une belle femme, qui en jette, élégante, brillante (elle a fait HEC, et a fini deuxième à l’ENA, ce qui n’est pas rien, elle fut auditrice puis maîtres des requêtes au conseil d’Etat, ministre, elle a conquis en 2015 la présidence de la région francilienne face à la gauche qui l’occupait solidement avec un certain panache et une réelle efficacité, réussissant en juin 2021 à se faire réélire et surtout à obtenir au second tour des soutiens allant du socialiste Valls jusqu’au souverainiste Dupont-Aignan, signe de son savoir-faire), distinguée, très bien vêtue, portant de magnifiques tailleurs, ayant une compétence technique incontestable (ce n’est pas elle qui se tromperait entre SFR et Alstom, entre l’euro et l’écu comme Marine Le Pen en 2017, laquelle s’habille comme l’as de pique et est de surcroît d’une vulgarité de poissonnière !), très supérieure dans les débats, par son intelligence, son dynamisme et son sens de la répartie à Ségolène Royal, même si elle n’est pas une grande oratrice et qu’elle a un sourire plutôt figé et mécanique (elle est tout à fait capable de rivaliser avec Macron dans un débat de second tour et nous nous souvenons d’un débat télévisé où elle avait proprement étrillé, par sa maîtrise des dossiers et sa vivacité d’esprit, le pauvre et juvénile Jordan Bardella qui ne connaissait que ses fiches). 

Pécresse a également une expérience ministérielle (elle fut ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a conduit à son terme l’autonomie des universités malgré de sérieuses difficultés, preuve de sa ténacité et de sa détermination, puis fut ministre du Budget et porte-parole du gouvernement sous Sarkozy). Bref, elle a de quoi rassurer (et hélas leurrer) une partie non négligeable de l’électorat conservateur et peut s’avérer d’ici la fin de la campagne présidentielle redoutable tant pour Zemmour et Le Pen que pour Emmanuel Macron auquel elle peut retrancher de son électoral la bourgeoisie de droite, capitalisant sur l’usure du président sortant (depuis l’instauration du quinquennat, aucun président n’a réussi à se faire réélire, ni Sarkozy en 2012, ni en 2017 Hollande qui fut même obligé de renoncer, la mort dans l’âme, à se représenter, tellement les intentions de vote en sa faveur étaient faméliques) après un premier mandat particulièrement sombre avec la crise des gilets jaunes puis l’interminable épisode du covid 19. Il est tout à fait possible que, gardant un mauvais souvenir de ce quinquennat, si noir, si déprimant, les Français aient envie d’essayer quelque chose de nouveau. N’oublions pas que Churchill avait été battu aux législatives britanniques après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Anglais en ayant assez de la longue période de sueur et de larmes qu’ils avaient subie. De la même manière, à un niveau certes moins tragique, Macron pourrait souffrir en 2022 de cette crise covidesque qui s’éternise et qui joue considérablement sur le moral de la population. Or les gens se souviennent que quasiment toutes les fois où Macron est apparu derrière le petit écran ces dernières années, c’était pour leur annoncer de mauvaises nouvelles : des confinements, des couvre-feux, des passes sanitaires, des limitations considérables et sans précédent de la liberté de circulation, de réunion voire de culte. Tout cela à un moment donné pourrait se payer cash. Et qui mieux que Valérie Pécresse pourrait apparaître alors comme une alternative auprès d’un public qui, pour une bonne part, souhaite au fond que tout change pour que rien ne change ? 

IL NE FAUT PAS non plus négliger le fameux vote utile qui peut jouer un rôle dévastateur à droite, et même à droite de la droite. Nous connaissons ainsi des personnes sincèrement de droite nationale, conscientes du positionnement centriste, européiste et modéré de Pécresse, sans grande illusion sur sa personne et son programme, mais qui détestent tellement Macron, qui font de sa défaite en 2022 la priorité des priorités, qu’elles se disent prêtes à voter pour Pécresse dès le premier tour  du scrutin car, argumentent-elles, seule la candidate des Républicains peut l’emporter face à Macron au second tour, ce qui est impossible, disent-elles, tant pour Marine Le Pen que pour Eric Zemmour du fait de leur diabolisation, du fait qu’ils sont considérés à l’extrême droite sur l’échiquier politique, ce qui effraie et tétanise une majorité des électeurs.  C’est par exemple le raisonnement que fait, si je ne m’abuse, Henry de Lesquen, peu suspect pourtant de centrisme mou. Considérant que la priorité absolue est de battre Macron en 2022, il en tire comme conséquence que seule la candidate LR peut y parvenir au second tour. 

Du point de vue strictement arithmétique, le raisonnement se tient. A moins d’une énorme surprise que rien n’indique jusque-là, on voit mal en effet comment Zemmour ou Le Pen pourrait atteindre voire dépasser les 50 % des suffrages exprimés le 24 avril 2022 face à Macron, et plus encore d’ailleurs face à Pécresse. On objecte toujours le cas de Donald Trump en 2016 mais comparaison n’est pas raison. D’abord Trump avait pris d’assaut le grand et très puissant et influent Parti républicain dont il avait réussi à obtenir le total contrôle, ce qui n’est pas rien. Ce n’est le cas ni de Zemmour qui vient de lancer son parti, Reconquête, ni de Marine Le Pen dont le RN n’est pas un parti de masse, compte peu d’élus et n’a aucune véritable influence dans la société. De plus, Trump était multi-milliardaire, ce qui est là aussi est un précieux avantage. Certes ni Marine Le Pen ni Eric Zemmour ne sont des smicards mais ils ne disposent pas de la fortune colossale de l’homme d’affaires américain. Et de plus les lois sur le financement politique sont beaucoup plus restrictives et coercitives en France qu’outre-Atlantique. Enfin et surtout, le mode de scrutin n’est pas du tout le même. En novembre 2016, Trump l’a emporté sur Hillary Clinton grâce aux Etats ruraux car le mode de scrutin aux Etats-Unis d’Amérique tient compte des 50 Etats dont le poids est prépondérant. En revanche, au suffrage populaire, il avait été largement battu. Clinton avait obtenu environ deux millions de voix de plus que lui, ce qui n’est pas négligeable.  En France, rien de tel, chaque voix compte de la même manière, la ruralité et la province ne sont pas avantagées, le poids des grandes villes est davantage prégnant. Il faut obtenir sur la France entière plus de 50 % des suffrages exprimés, ce qui est une gageure pour un candidat populiste ne bénéficiant pas d’un soutien d’un grand parti de gouvernement et ayant une image extrémiste, cette image fût-elle totalement fausse, mais en politique c’est souvent l’apparence qui tient lieu de réalité. 

Enfin, le système électoral présidentiel américain est à un tour. Chez nous il est à deux tours, ce qui change tout. Cela donne le temps aux différentes oppositions, et singulièrement à la gauche et à l’extrême gauche, ainsi qu’aux grands media audiovisuels, de diaboliser, d’extrémiser le candidat populiste parvenu en finale. On l’avait vu en 2002 contre Jean-Marie Le Pen lors de la quinzaine de la haine. 

LE RAISONNEMENT du vote utile, s’il a incontestablement une consistance sur un plan strictement mathématique (en effet, sauf énorme surprise, seule Pécresse peut battre Macron le 24 avril prochain, cela nous semble évident compte tenu de la sociologie électorale du pays, et que cela plaise ou non ne change rien à l’affaire), a en revanche l’inconvénient majeur de sacrifier les convictions, les idées à l’efficacité électorale. A quoi sert-il en effet que Pécresse succède à Macron si c’est au final pour qu’elle conduise la même politique ? Or il est évident que sur l’essentiel elle fera la même chose que l’actuel président. Hormis quelques mesurettes en matière d’immigration, qui agiront comme un cataplasme sur une jambe de bois (elle est contre le retour au droit du sang, contre la préférence nationale, contre l’immigration zéro et contre la réémigration), elle ne changera rien. Ce sera encore cinq ans de perdu pour la France. 

On mesure là l’étendue du piège démocratique. Les candidats ayant un profil droitier ou présentés comme tel car, lorsqu’on regarde les propositions d’Eric Zemmour et de Marine Le Pen (dont la double candidature augmente mécaniquement les chances de Pécresse d’accéder en finale de la présidentielle d’autant qu’ils semblent jusque-là se partager les voix du camp populiste de manière presque égale), il n’y a rien de bien radical, c’est le moins qu’on puisse dire, surtout si on compare leur projet à celui du FN des années 1990, autrement plus radical et plus complet, ils ne parlent pas de réémigration et ils ne prononcent même pas le mot de famille ni ceux de tyrannie sanitaire, alors même que, sans politique familiale et nataliste audacieuse, il ne peut y avoir de survie et de pérennité de notre nation, de notre peuple et de notre civilisation et ils n’ont rien dit sur l’allongement de 12 à 14 semaines de l’avortement voté par l’Assemblée nationale, preuve qu’ils se moquent complètement de la nécessité, pourtant fondamentale, de défendre la vie de la conception à la mort naturelle, n’ont a priori aucune chance de décrocher la timbale au second tour et celle qui pourrait l’emporter, c’est pour être le clone de Macron. On le voit une nouvelle fois, l’électoralisme est la tare et la sauvegarde du régime républicain. […]

RIVAROL, <jeromebourbon@yahoo.fr>. 

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Billet hebdomadaire

La Tour de Londres est presque tombée

Lorsque le doigt de Dieu montre la monarchie britannique en train de finir, l’étourdi voit Joséphine entrer au Panthéon. Donc, voilà. Sandra Mason, 72 ans aux chanterelles, ci-devant gouverneur de la Barbade par la grâce de Sa Majesté Élisabeth II d’Angleterre, a pris la présidence de l’île, comme le lui commandait un vote du parlement local survenu en 2020. Cette accorte noire (moins jolie que la Baker mais également symbolique) porte des chapeaux aussi roses que ceux du chef d’État qu’elle remplace.

Élisabeth II règne aujourd’hui sur plus d’États indépendants qu’à son couronnement en 1953. Ils étaient alors sept, l’Afrique du Sud, l’Australie, le Canada, Ceylan (qui depuis a pris aussi son indépendance linguistique, Sri Lanka), la Nouvelle- Zélande, le Pakistan, le Royaume-Uni. Ils sont aujourd’hui quinze : outre l’Australie, le Canada, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande figurent Antigua et Barbuda, les Bahamas, Saint-Christophe et Niévès, Saint-Vincent et les Grenadines, Sainte-Lucie, les îles Salomon et Tuvalu. C’est donc un souverain insulaire, caribéen, américain et pacifique. Et surtout un souverain fragile.

Après la cérémonie, le prince Charles a célébré la « remarquable nation » qu’est la Barbade, le « nouveau départ » qu’elle a pris, et la “continuité” des liens immarcescibles tissés entre elle et le Royaume-Uni, qui « chérissent les mêmes valeurs » et poursuivent des « buts communs », sans oublier l’amitié ni les intérêts éternels. Le prince de Galles n’a perdu ce jour-là qu’une petite partie de son héritage, 430 kilomètres carrés et moins de trois cent mille habitants, mais la tendance est à l’effritement. Les pays de l’Empire britannique, en accédant graduellement à l’Indépendance, ont souvent gardé d’abord Élisabeth pour souveraine avant de se choisir un roi ou de proclamer la république : à la fin de 1969, elle était ainsi reine de 27 Etats indépendants, elle ne l’est plus que de quinze. Le premier pays à se débarrasser d’elle fut le Pakistan en 1956, suivi de l’Afrique du Sud en 1961, et les derniers furent les Fidji en 1987 et Maurice en 1992. Mais le plus inquiétant est l’accélération du mouvement. La Jamaïque est prête à suivre. Plus grave, l’Australie et le Canada y pensent. Si 55 % des Australiens ont choisi en 1999 par voie de référendum de garder leur monarque, ils ne seraient plus aujourd’hui que 38 %. Un autre sondage, publié par Research Co en mars, estime que 45 % des Canadiens préféreraient déjà un président local à une reine ultramarine, et les républicains clament déjà que « la question n’est pas de savoir si cela arrivera, mais quand ».

Le danger imminent qui pèse sur Buckingham vient de deux facteurs principaux. Le premier est le motif invoqué par les partisans de la république barbadienne (à ne pas confondre avec le bronze presque homonyme). Il est fondamental. Quand les Fidji ont fait défection en 1987 sous l’effet d’un coup d’État, la reine gardait de nombreux partisans, bien que le rugby local souhaitât la défaite du XV d’Angleterre en coupe du monde (comme tout le monde) et que le gouvernement ait soutenu la politique chinoise au Tibet (business is business). On peut toujours s’arranger avec cela. A la Barbade en revanche, selon nos confrères de la presse démocratique, « le joug monarchique, aussi symbolique fût-il, était devenu intolérable. Les îliens n’ont jamais oublié les souffrances infligées à leurs aïeux dans les champs de canne à sucre, après l’arrivée des colons britanniques ». Bigre ! La grande Histoire est là ! L’esclavage ! Le racisme ! L’intersectionnalité ! Woke ! La veille du grand soir de la république, des manifestants réclamaient dans la rue des « excuses et réparations » au prince Charles. Il les a présentées à la tribune, sinon dans la forme, du moins sur le fond : « Depuis les jours les plus sombres de notre pays et depuis les atrocités de l’esclavage, qui restera pour toujours notre histoire, les gens de cette île ont dépassé leur passé avec une force extraordinaire. » Courage, fuyons, le fardeau de l’homme blanc était un privilège et un crime.

Une deuxième catastrophe menace la monarchie britannique : ses sujets ne sont plus attachés à un principe mais à une personne. Au Canada, l’un des chefs républicains, Tom Freda, affirme : « Le prince Charles n’a pas le même prestige que la reine. Certains Canadiens remettront en question leur attachement à la monarchie quand elle disparaîtra. » Idem en Grande-Bretagne. C’est paradoxal. Objet d’un film adulateur, The Queen, et d’une série louangeuse, The Crown, Élisabeth II paraît à beaucoup le dernier rempart de la dynastie, alors qu’elle laisse celle-ci et son image en ruine. Expliquer cela éclairera la fonction actuelle de cette monarchie et la signification politique de ses tribulations.

Élisabeth II est née le 21 avril 1926 à Londres. L’histoire et la question allemande l’ont marquée dès avant sa naissance. Jusqu’à la mort de la reine Victoria en 1901, la famille régnante britannique gardait le nom qu’avait apporté avec lui George Ier en venant du continent en 1714 : c’était la maison de Hanovre. Le fils de Victoria, Edouard VII, prit le nom de son père, Saxe-Cobourg Gotha. Tout cela était trop allemand, et, en 1917, pendant la Grande Guerre, le roi George V choisit le nom de Windsor — pour la même raison, en Russie, Saint-Pétersbourg avait été rebaptisé Petrograd dès 1914. Puis Élisabeth évolua au fil des époques.[…]

HANNIBAL.