Rivarol n°3508 du 2/3/2022
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Rivarol n°3508 du 2/3/2022 (Papier)

Editorial

Macron peut dire merci à Poutine : le président français est sûr désormais d’être réélu !

EMMANUEL MACRON peut remercier Vladimir Poutine. Grâce à l’invasion russe de l’Ukraine le jeudi 24 février, un conflit très préoccupant que nos différents rédacteurs décryptent et analysent longuement dans ce numéro spécial, le président français est désormais certain d’être réélu deux mois plus tard jour pour jour, le dimanche 24 avril. Le chef de l’Etat était certes déjà le favori de l’élection présidentielle de ce printemps avant ces événements mais, jusque-là, un de ses concurrents pouvait espérer l’emporter en se glissant habilement dans un minuscule trou de souris. Tout cela est désormais derrière nous. Osons le dire, même si ce n’est pas de gaieté de cœur mais il faut toujours voir la vérité en face, aussi cruelle soit-elle : le match est plié. La partie est jouée avant même d’avoir commencé. Oui, nous en prenons aujourd’hui les paris : Macron sera hélas confortablement réélu. Peut-être même triomphalement.
En effet les graves crises et les guerres ont invariablement pour conséquences immédiates, au moment où elles se déroulent (après, cela peut certes être différent), d’augmenter fortement la cote de popularité et de confiance de l’Exécutif. Les peuples, en cas de danger, réel ou ressenti comme tel, ont tendance naturellement à se regrouper, à se resserrer autour du pouvoir en place. Par loyalisme, par peur et refus de l’aventure, par esprit grégaire, par conservatisme, par pleutrerie “nationale”, par volonté à tout prix d’être protégé, de ne toucher à rien, de ne rien changer qui puisse aggraver en quoi que ce soit la situation. Cela s’observe et se vérifie toujours et partout. Pour ne parler que de l’histoire récente (mais on pourrait remonter bien plus loin), rappelons que le président François Mitterrand et son Premier ministre Michel Rocard n’ont jamais été aussi populaires que pendant la Première Guerre du Golfe arabo-persique en 1991 à laquelle hélas notre pays a participé militairement. Douze ans plus tard, le président Jacques Chirac et son Premier ministre Jean-Pierre Raffarin ont atteint, à leur tour, en 2003, des sommets de popularité lors de la Seconde Guerre du Golfe à laquelle cette fois, fort heureusement, la France ne participait pas.

NON SEULEMENT Macron sera réélu pour un second mandat de cinq ans, mais il aura d’autant plus les mains libres qu’il ne pourra pas briguer un troisième quinquennat et donc qu’il n’aura pas aucun souci pour adopter des mesures impopulaires, répressives, coercitives et liberticides. Jusque-là, beaucoup d’observateurs de la vie politique pensaient que, s’il était réélu, il aurait néanmoins le plus grand mal à disposer d’une majorité parlementaire à l’issue des élections législatives des 12 et 19 juin. Là encore, il s’agit désormais d’une histoire ancienne car, comme l’a annoncé, presque avec gourmandise, le président lors de l’inauguration du Salon de l’agriculture le 26 février, la guerre va durer et elle aura des conséquences lourdes et durables sur notre vie quotidienne, sur le prix des énergies, des denrées alimentaires, sur l’équilibre et la stabilité de l’Europe et du monde, etc.
Et en effet plus la guerre dure, plus le conflit s’enlise, s’envenime voire s’intensifie, plus c’est bon pour Macron qui apparaît alors, aux yeux de beaucoup de naïfs et de pusillanimes, comme le sauveur de la nation, comme le taulier, comme le chef, le guide auquel il faut dans la tempête accorder sa confiance. Le chef de l’Etat, fort habilement, a déjà renoncé au premier et grand meeting qu’il devait tenir le samedi 5 mars à Marseille. Il a également retardé l’officialisation de sa candidature présidentielle qui devrait intervenir au tout dernier moment, à la fin de la collecte des signatures d’ici quelques jours. Le président sortant n’aura pas besoin de faire campagne, de défendre son bilan et même de développer un projet construit, élaboré. Il n’a même pas besoin d’avoir du talent, c’est l’actualité qui désormais en est pourvu en permanence.

TOUT en effet est écrasé par la guerre en Ukraine qui occupe et sature l’espace médiatique dans la presse écrite, à la radio, à la télévision et singulièrement sur les chaînes d’information continue. Les concurrents et adversaires de Macron sont désormais tous inaudibles. Ils n’existent plus. Ils sont là juridiquement, mais ils ont disparu politiquement. Leur existence est légale mais leur candidature est létale. Ils parlent mais personne ne les écoute. Ils promettent mais leurs paroles s’évaporent. Elles n’impriment pas. Ils se débattent dans les flots médiatiques mais en vain. Ils sont noyés, submergés, écrasés, ventilés. Ils sont déjà morts et ils ne le savent pas encore. Ils croient encore être là mais ils ont disparu des radars. Pour reprendre les mots de saint Paul dans son Epître aux Corinthiens, ils ne sont qu’airain qui résonne, que cymbale qui retentit… dans le néant ! Les critiques mêmes du président tombent à l’eau : en période de guerre comment peut-on critiquer durement, et de manière efficace, le pouvoir en place sans paraître manquer à la décence et à l’unité nationale ? Voilà le piège dans lequel se trouvent les concurrents de Macron qui servent tous de faire-valoir.
C’est si vrai que le Haut-commissaire au Plan, le très macronien François Bayrou, a lui-même fait savoir publiquement qu’il accorderait sa signature à Marine Le Pen pour qu’elle puisse concourir à la présidentielle comme une grande. Croit-on qu’un pouvoir se comporterait avec autant d’aménité à l’égard d’une opposition ferme, résolue, véritable et conquérante au point de l’aider activement à se présenter à un scrutin considéré comme essentiel pour l’avenir du pays ? Croit-on que la Macronie doute de ses forces pour ainsi distribuer, telle une pitance, à différents candidats dits populistes, de Mélenchon à Zemmour en passant par Marine Le Pen, de précieux parrainages ? Bayrou a même encouragé les édiles à accorder leurs précieux paraphes aux petits candidats n’ayant pas encore obtenu le seuil indispensable des cinq cents signatures, de Taubira à Dupont-Aignan en passant par Poutou et Asselineau. Que de prévenances ! Que d’élégances ! Que de complaisances ! Que de condescendance ! On le voit, ce scrutin sera une farce, un jeu où les dés sont pipés, où les acteurs jouent le rôle qui leur est assigné dans la pièce de théâtre et où l’on connaît déjà le gagnant.
 
LES RALLIEMENTS à Macron d’ailleurs se multiplient, et ce n’est sans doute pas fini. Les derniers en date, c’est d’une part le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, le chiraquien Renaud Muselier, ce qui n’est certes pas une surprise puisqu’il avait quitté les Républicains il y a quelques mois, ne les jugeant pas assez imperméables à « l’extrême droite », et c’est d’autre part l’ancien ministre socialiste de la Défense, Jean-Pierre Chevènement, ce qui est là aussi un atout pour Macron qui entend prouver qu’il peut séduire et ramener à lui des républicains des deux rives. C’est pourquoi, même si la République en marche et ses alliés  n’obtenaient qu’une majorité relative à l’issue des législatives (mais peut-être, avec les événements actuels, obtiendront-ils à eux seuls une majorité absolue comme en juin 2017, c’est loin d’être inenvisageable), ils n’auraient guère de souci pour gouverner pendant cinq ans. En juin 1988, le Parti socialiste et son allié du Parti radical de gauche n’avaient pas obtenu la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Cela ne les a pas empêchés de gouverner le pays jusqu’au terme de la législature, en mars 1993. Le gouvernement de Michel Rocard, puis d’Edith Cresson, enfin de Pierre Bérégovoy s’appuyait en effet tantôt sur les centristes, tantôt sur les communistes pour obtenir une majorité pour tous les projets de loi. Et de fait le pouvoir socialiste a toujours pu faire voter les réformes qu’il entendait mettre en œuvre. N’en doutons pas : il en irait de même si la Macronie n’obtenait pas la majorité absolue au Palais-Bourbon le 19 juin au soir. Il y aurait en effet suffisamment de députés socialistes, LR ou non-inscrits pour assurer le vote des textes voulus par le gouvernement.
Au reste, Macron qui fut banquier d’affaires n’a pas son pareil pour séduire des adversaires, leur taper sur l’épaule, les papouiller, leur faire de larges sourires, leur envoyer, même nuitamment, des SMS, disant presque amoureusement « tu me manques » comme la presse l’a révélé. On a ainsi appris que le chef de l’Etat avait invité son prédécesseur Nicolas Sarkozy à l’Elysée le jour où il soufflait ses 67 bougies, le 28 janvier dernier, qu’il lui avait offert un repas gastronomique et qu’il avait même poussé la délicatesse jusqu’à lui offrir une boîte de chocolats de la marque préférée de Sarkozy. On s’explique dans ces conditions que l’ex-maire de Neully ne soit nullement pressé de soutenir une Valérie Pécresse qui de surcroît s’effondre dans les intentions de vote et mène une campagne en tous points catastrophique au point d’accorder un entretien à la revue homosexualiste Têtu où elle dénonce les positions “LGBTphobes” et se prononce pour une plus grande ouverture des écoles aux associations LGBT et à l’idéologie transgenre ! La chiraquienne Pécresse est décidément une Macron en Jupon ! Mais si c’est pour faire la même politique,  Macron est bien plus doué qu’elle (et d’ailleurs que Marine Le Pen !) dans la gestion et la manipulation des ressources humaines ! Ainsi que le disait crûment un fin connaisseur de ses milieux, le communautaire Alain Minc, l’activité professionnelle de Macron, à la banque hier, en politique aujourd’hui, c’est « un métier de put… ». Et dans ce domaine de cirage de pompes, de manipulation, de séduction, de reptation, Macron est incontestablement un orfèvre.
Sa réélection sera assurément un désastre pour le pays car il bénéficiera d’une autoroute pour mener à bien ce que bon lui semble : la réforme des retraites, l’accroissement de la fiscalité et des contraintes de toutes sortes sur les classes moyennes, l’utilisation du passe sanitaire et du passe vaccinal comme outil de contrôle et de surveillance de la population, l’accélération des flux migratoires sous les habituels prétextes humanitaires (et avec la guerre actuelle et ses conséquences imprévisibles il ne va certes pas en manquer), la mise en œuvre de la gestation pour autrui, l’allongement des délais légaux d’avortement déjà passés à 14 semaines depuis le 23 février, la fin de l’école à la maison programmée pour 2024, la légalisation de l’euthanasie active et du suicide assisté, la dépénalisation des drogues, les persécutions accrues des établissements confessionnels hors contrat et des automobilistes, le vote et l’application de législations toujours plus liberticides au nom de la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations, ainsi que l’a annoncé le Premier ministre Jean Castex lors du sacro-saint dîner du CRIF ce 24 février. Oui, décidément, Poutine, sans le vouloir, a rendu un fier service à son homologue quadragénaire et vibrionnant.

RIVAROL, <jeromebourbon@yahoo.fr>. 

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Billet hebdomadaire

La crise sanitaire était-elle notre avant-guerre ?

Nous savons bien que, dans le fond, cette crise qui dure déjà depuis deux ans et qui se poursuit (après une première période sanitaire) par la guerre, est la conséquence d’une crise capitalistique apparemment irrémédiable en temps de paix. Dire que cette crise a peut-être été préparée, orchestrée et est contrôlée, n’est pas forcément chose délirante. La crise covidesque apparaît en tout cas, désormais, comme une opération internationale, en terme de propagande du moins. L’origine même du virus qui a paralysé le monde pendant des mois (et il est fort probable que nous n’en avons pas fini avec lui) prend visiblement sa source dans une zone, certes chinoise, mais qui se caractérise par la présence d’un laboratoire français, financé notamment par le milliardaire Mérieux et soutenu par des officiels français. Du reste savons-nous bien que la psychose internationale a démarré en Chine avec, au minimum, le consentement du gouvernement chinois qui alimenta le web et les télés avec des vidéos hautement anxiogènes (d’images de “morts” et d’opérations de désinfection), autant d’éléments de propagande qui n’auraient pu être diffusés sans le consentement des autorités de Pékin (n’en doutons pas). Disons-le sans circonvolution quitte à ressembler au dernier des “complotistes” alors que nous ne formulons ici qu’une hypothèse : la crise covidesque, ô combien artificielle, n’aura-t-elle pas servi à préparer les grands pays (qui comptent militairement dans le monde) à instaurer une économie de guerre ?

LES PRÉMICES D’UNE ÉCONOMIE DE GUERRE

Une guerre ne s’improvise pas. Et il est certain que, derrière le stress imprimé par l’exécutif en France (parlons ici du pays que nous connaissons le mieux) avec d’une part les discours dramatiques et martiaux, avec les slogans (« Nous sommes en guerre ! » contre le virus répétait Emmanuel Macron), d’autre part avec les mises en place successives de confinement, de couvre-feu, de restrictions consuméristes, de pass sanitaires, de criminalisation des réfractaires considérés en quelque sorte comme des défaitistes nihilistes, il est certain qu’autre chose était recherchée, autre chose que la prétendue optimalisation hygiénique. Nous voulons dire par là que, même si le covid n’avait pas été institué dans ce but, il aura servi de prétexte pour mesurer, préparer, et analyser les réactions de la population soumise à une économie de guerre.
Tout apparaît, tout apparaissait absurde sans la prise en compte de cette réalité (qui saute aux yeux de tous les observateurs honnêtes aujourd’hui), comme l’interdiction de vendre des vêtements, des jouets, des livres. Il était aisé de parler à tout propos d’une prétendue panique qui aurait saisi les gouvernements du monde et en particulier celui de la France. Il n’y avait en réalité aucune panique chez les dirigeants. Mais était-il bon que le peuple crût à cela plutôt qu’à la préparation d’une économie de guerre, information pour le coup qui l’aurait effrayé, c’est certain ? Seule l’ignorance évidente et naturelle dans cette situation pouvait faire dire aux bavards que l’Etat paniquait. L’Etat se durcissait en effet, non face à des moulins à vent, mais dans le but de tendre continûment vers une économie de guerre, et éventuellement vers la guerre elle-même.

VERS LA GUERRE ?

Il existait des signes quant à cette volonté de l’Etat de réduire la dépendance du pays au gaz et au pétrole. Ils furent rarement pris en considération par les journalistes indépendants pour la raison qu’ils s’inscrivaient dans une politique générale dite de lutte contre le réchauffement climatique. Finalement les derniers achats massifs d’éoliennes et de panneaux solaires, que l’on trouvait nous aussi ridicules et sources de gaspillage, prennent tout leur sens aujourd’hui. Quand on sera privé de 20 ou 30 % de notre gaz, nous ne cracherons sur aucune éolienne, sur aucun panneau solaire. De même prennent tout leur sens les énormes subventions nationales et régionales servant à isoler les habitats perçus comme des passoires thermiques. Dans un pays où l’énergie se raréfiera immanquablement, il apparaît intelligent d’agir de la sorte, collectivement. Et, tout dernièrement, la décision d’Emmanuel Macron de prolonger la durée de vie de nos centrales nucléaires tout en décidant de lancer la France dans un projet pharaonique de construction de nouvelles centrales toujours plus puissantes témoigne incontestablement d’un changement de paradigme économique. Ce retour brutal au nucléaire n’est pas dû au fait qu’il soit propre, mais il s’explique par le fait que la France le maîtrise très bien et peut se fournir (encore) en uranium. Toujours sur ce sujet, n’était-il pas étonnant que le gouvernement fît l’année dernière interdire à partir de 2022 (donc très brutalement) l’installation de chaudières à gaz (après celles fonctionnant au fuel) dans les logements neufs ? Il ne s’agit évidemment pas d’une mesure écologique, le gaz pur n’étant que faiblement polluant, et beaucoup moins que la combustion de bois, source d’énergie de plus en plus prisée des Français (installés hors des grandes villes), le tout électrique étant pour l’instant impossible.

DES SECTEURS ÉCONOMIQUES SOUTENUS

Samedi 26 février, alors qu’il inaugurait l’incontournable salon de l’agriculture, le président de la République a déclaré :« La guerre revient en Europe et nous nous voyons dans un contexte inédit, grave. » Puis, après avoir vanté la souveraineté alimentaire de la France, il prononça ces mots qui en disent long sur la nécessaire instauration d’une économie de guerre : « Ce que nous sommes en train de vivre ne sera pas sans conséquence pour le monde agricole. La guerre est revenue en Europe. […] De manière certaine, il y aura des conséquences dans nos exportations pour les grandes filières, comme celles du vin, des céréales et de l’alimentation du bétail. […] Cette guerre durera et l’ensemble des crises qu’il y aura derrière auront des conséquences durables, il faut nous y préparer. […] Nous sommes en train de bâtir un plan de résilience, d’abord pour sécuriser pour nos filières nos intrants, ensuite pour bâtir des boucliers en termes de coûts […] et apporter des réponses dans la durée . Il faut vous accompagner en termes de revenus, et accompagner nos compatriotes aussi sur les impacts en termes de coûts immanquablement ». […]

François-Xavier ROCHETTE.