Rivarol n°3517 du 4/5/2022
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Rivarol n°3517 du 4/5/2022 (Papier)

Editorial

Comment l’antifascisme sert au maintien du pouvoir des sortants

L’HORREUR ! Le dimanche du Bon Pasteur, le 1er mai, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a osé déclarer sur une chaîne italienne que « Hitler avait du sang juif ». Une déclaration iconoclaste qui a évidemment provoqué un tollé dans l’entité sioniste. En référence aux accusations de nazisme portées sans cesse contre les Ukrainiens par les Russes, à commencer par Poutine qui veut « dénazifier et démilitariser l’Ukraine », le ministre Lavrov, dont les propos ont été retranscrits sur le site de son ministère, a d’abord déclaré : « Zelensky fait valoir cet argument : comment le nazisme peut-il être présent (en Ukraine) s’il est lui-même juif ? ». Et Lavrov d’ajouter : « Je peux me tromper, mais Hitler avait aussi du sang juif ». Scandalisée par une telle audace, l’entité sioniste a aussitôt convoqué l’ambassadeur russe afin d’obtenir des “clarifications” car on ne badine pas sur ce sujet ô combien délicat. Le ministre des Affaires étrangères israélien, Yaïr Lapid, a fustigé, quant à lui, les propos de son homologue russe : « Les propos du ministre Lavrov sont à la fois scandaleux, impardonnables et une horrible erreur historique », a-t-il déclaré dans un bref communiqué. Sur Twitter, le chef de la diplomatie israélienne a doctement ajouté : « Les Juifs ne se sont pas tués eux-mêmes durant l’Holocauste. Le plus bas niveau de racisme contre les Juifs est de les accuser d’antisémitisme ». Le président de Yad Vachem, le mémorial israélien de la Shoah, Dani Dayan, a joué lui aussi la vertu offensée, estimant qu’il s’agissait de « propos sans fondement, délirants et dangereux qui méritent d’être condamnés ».
Alors que l’Etat hébreu s’est employé à maintenir un équilibre relatif et délicat entre Kiev et Moscou depuis le déclenchement de la guerre russo-ukrainienne le 24 février dernier, le Premier ministre de l’entité sioniste étant allé rencontrer personnellement Poutine à Moscou pour jouer les médiateurs et défendre surtout les intérêts géopolitiques de l’Eretz, s’était par ailleurs refusé à aider militairement Kiev tout en lui fournissant des équipements de protection, espérant sans doute de Moscou par ces gestes de bonne volonté un durcissement de sa position à l’égard de ses alliés de Téhéran et de Damas, cette déclaration de Lavrov pourrait désormais contribuer à la dégradation et à l’assombrissement des relations entre Moscou et Tel-Aviv.  
On voit en tout cas une nouvelle fois combien, plus de trois quarts de siècle après leur disparition et leur écrasement dans des conditions tragiques, le national-socialisme allemand et son chef charismatique continuent de hanter les discours, les esprits et les consciences.

TOUT tourne en effet autour d’une logorrhée antifasciste et antinazie qui conditionne la politique mondiale, les choix fondamentaux d’un pays, d’un peuple, d’une nation. Décidément on n’en sort pas ! On le voit actuellement à travers la guerre en Ukraine où les belligérants s’accusent continuellement et mutuellement d’insupportables et inavouables sympathies nazies, d’être la réincarnation contemporaine du défunt Führer, mais on l’a vu également pendant toute la campagne présidentielle en France, et singulièrement celle du second tour, où il s’agissait de diaboliser l’adversaire ou le concurrent en le traitant d’extrémiste, de fasciste voire de nazi. Ce qu’on avait déjà vu lors de la présidentielle de 2017 et plus encore pendant celle de 2002. Marine Le Pen elle-même l’a fait publiquement avant le premier tour, en accusant le sépharade Eric Zemmour de rassembler dans son parti des “nazis”, c’est le mot qu’elle a employé à dessein dans une interview relue au Figaro, alimentant donc personnellement cette machine à diaboliser, à délégitimer, à effrayer et à tétaniser, et pendant l’entre-deux-tours du scrutin présidentiel, c’est elle à nouveau, dans une forme de justice immanente ou de retour de manivelle, qui a subi de nouveau cette accusation diabolisante et jugée infamante en étant qualifiée de candidate de l’extrême droite, d’incarnation d’une forme de retour du fascisme voire du nazisme.
La seule étiquette d’extrême droite, incessamment répétée et ressassée, ce à quoi s’est employé Macron de manière machiavélique et redoutablement efficace pendant toute la quinzaine séparant les Pâques fleuries (dimanche des Rameaux) des Pâques closes (dimanche in albis), suffit d’ailleurs à disqualifier et à démoniser l’adversaire puisque pour le grand public Hilter, Mussolini, les camps de concentration, les chambres à gaz, le génocide des six millions, c’est l’extrême droite ! Ainsi, sous une même appellation, on peut délégitimer tout ce qui s’apparente à (ou tout ce qui est considéré, même abusivement, comme) une défense du sol, du sang, du peuple, de la race, de la tradition, de la famille naturelle, de la morale traditionnelle. Et ainsi on tue dans l’œuf, on coupe à la racine, on interdit de manière préventive toute tentative de renaissance nationale depuis 1945. Bardèche l’avait bien compris en expliquant que la jurisprudence de Nuremberg créait un précédent judiciaire redoutable qui serait massivement et systématiquement utilisé contre tout ce qui se réclame, même de manière purement verbale ou partielle, de la nation, de la terre, des droits des autochtones, d’une politique de l’énergie et de la propreté. Les actuels mouvements populistes en Europe sont certes loin actuellement de développer un programme véritable de renaissance nationale tant ils ont adopté et entériné les valeurs, mots d’ordre et visions du monde de l’ennemi cosmopolite, mais le peu encore qu’ils disent, dans un but de racolage électoral, quant à la défense de la priorité, de la préférence ou de l’exclusivité nationale, quant à la régulation des flux migratoires, à la défiance à l’égard de l’Europe de Bruxelles est encore de trop. L’apostasie doit être totale. Et de toute façon, même quand ils ont tout abandonné, tout trahi, tout renié, tout piétiné, le nationalisme, la tradition, la religion, le Système a tout intérêt à les diaboliser quand même, surtout avant le second tour de chaque élection, pour conserver seul le pouvoir et ses prébendes, ne souhaitant pas partager le gâteau avec un nouveau venu.

LE PRÉSIDENT Macron est actuellement le premier bénéficiaire de cette stratégie de diabolisation du concurrent ou de l’adversaire qui lui a permis d’être confortablement réélu le dimanche de Quasimodo et qui pourrait également lui octroyer à nouveau une large majorité à l’Assemblée nationale le 19 juin, et ce d’autant plus facilement que le scrutin majoritaire uninominal à deux tours possède un puissant effet amplificateur et agit comme un couperet, comme un laminoir pour les différentes oppositions, surtout quand celles-ci sont jugées extrémistes, comme celle de Mélenchon à gauche et celle du Rassemblement national à droite (ou plutôt à ce qui tient lieu de droite). Le chef de la France insoumise qui vient de conclure une alliance électorale avec Europe Ecologie-les Verts dès le premier tour des législatives, et qui poursuit ses négociations avec le Parti socialiste et le Parti communiste — alors que le camp de la “droite” populiste, sera, lui, scindé en trois dans la quasi-totalité des circonscriptions entre le RN, Reconquête et Dupont-Aignan (encore une fois on observe que la gauche sait, elle, se rassembler quand c’est nécessaire pour sa survie ou sa progression !) — est actuellement la cible d’attaques venant des milieux communautaires, relayés par certains socialistes, pour sa complaisance pour les islamistes et en filigrane pour ses réserves à l’égard du CRIF et de la politique de l’entité sioniste à l’égard des Palestiniens, positions (très relativement) antisionistes qui sont assimilées sans vergogne à une forme d’antisémitisme. Ce qui est une façon là aussi pour la Macronie de diaboliser, de délégitimer sa gauche, comme elle diabolise parallèlement et concomitamment sa droite avec le RN et Reconquête.
Qu’on nous comprenne bien : tout cela n’est évidemment qu’un jeu. Mélenchon envoie régulièrement des SMS amicaux et complices à Macron, comme il l’a fait encore au soir du premier tour, et dans les jours qui ont suivi, ainsi que l’a révélé Le Canard enchaîné. Quant à Marine Le Pen, elle a été puissamment et activement aidée dans sa quête des cinq cents parrainages présidentiels par François Bayrou, un des principaux soutiens et alliés du chef de l’Etat, sans lequel elle n’eût pu briguer pour la troisième fois consécutive la magistrature suprême. Macron a reçu fort régulièrement et très courtoisement la présidente du Rassemblement national à l’Elysée tout au long de son premier quinquennat, lui faisant force sourires et compliments, comme encore pendant le débat télévisé du 20 avril où il a joué l’homme galant en lui disant que, contrairement à lui, elle n’avait pas vieilli en cinq ans.

MÉLENCHON et Le Pen sont d’évidence les oppositions contrôlées et officielles de la Macronie. Ils aboient mais ne mordent pas, parlent mais n’agissent pas, menacent parfois mais ne passent jamais à l’acte, reçoivent les coups mais ne les rendent pas, comme Marine Le Pen lors du débat télévisé précité où elle a pris pendant deux heures et demie des uppercuts et n’a jamais contre-attaqué, de manière particulièrement suspecte, participent à la compétition mais pour perdre. On les maintient en vie, on leur distribue des hochets, des députés, du financement public, on les voit souvent à la télévision, on les entend à la radio, on laisse leurs partisans agiter leur petit drapeau, payer leur petit écot, s’époumoner « on va gagner, on va gagner », mais au final la défaite est toujours là, cinglante, ils interviennent au Palais-Bourbon, tout cela fait partie de la comédie parlementaire, mais ils ne sont nullement un danger pour Macron qui, lui, incarne le « cercle de la raison » face à des extrêmes qu’il dit certes respecter mais combattre, qui seraient un “danger” pour l’unité nationale. Ainsi il n’y a pas d’alternative possible à Macron et à la politique qu’il mène. C’est exactement ce que cela signifie.
C’est, nous susurre-t-on, Macron ou le chaos, Rothschild ou la ruine, McKinsey ou le néant. Alors qu’en réalité c’est la politique actuelle qui conduit le pays à la servitude et à l’effacement, à la submersion et à la subversion, à l’agression et à la dilution. Mais en diabolisant toute offre alternative, tout en l’encourageant paradoxalement, en lui donnant droit de cité, table ouverte à la télévision, en la favorisant et en la désactivant « en même temps », en l’accroissant et en la neutralisant d’un même mouvement (car Macron sait bien que ni Mélenchon ni Le Pen ne sont de véritables opposants capables de gagner, de renverser la table et de mener une politique véritablement alternative à la sienne), en lui fixant certaines limites et en plaçant au-dessus de sa tête une épée de Damoclès qui peut s’abattre à tout moment en cas de nécessité (affaire du financement des parlementaires européens, gestion jugée irrégulière de leur parti pour Le Pen et pour Mélenchon).
Le Système démocratique est assurément un piège diabolique qui corrompt les meilleurs, dissout les idéaux, dilue les convictions, décourage les bonnes volontés et fait participer, et c’est sans doute ce qu’il y a de pire, même des militants et électeurs nationaux sincères et désintéressés, bien malgré eux, à la perpétuation et au renforcement d’un régime contre-nature et mortifère, spoliateur et destructeur.

RIVAROL, <jeromebourbon@yahoo.fr>. 

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Billet hebdomadaire

Chronique de la France asservie et… résistante

Après avoir lourdement critiqué son ex-ami Eric Zemmour, voici que Robert Ménard s’en prend aussi à son ex-amie Marine Le Pen. Il regrette, entre autres, que la candidate n’ait pas fait « sa mue », d’où sa conclusion sans appel : « Peut-être qu’il faut imaginer à droite autre chose avec d’autres gens », mais, attention, pas avec Eric Zemmour qui a, selon lui, « franchi une ligne rouge ». A propos du résultat de la présidente du RN, il se lâche : « Comment peut-on parler de victoire éclatante ? […] C’est d’abord une énorme déception ». Il ajoute : « Je veux bien la langue de bois, je veux bien qu’il faille brosser dans le sens du poil ses militants. Ce n’est pas sérieux, c’est d’abord une énorme déception ». Et, très donneur de leçons, de pointer du doigt les insuffisances de la ligne du Rassemblement national en ce qui concerne le domaine économique, par exemple, où « il y a un certain nombre de manques de réalisme que tout le monde touche du doigt ». Quant à la scène internationale, une petite dénonciation ne fait jamais de mal. Une partie de cette droite qui soutient Marine Le Pen « reste un peu fascinée par M. Poutine et cette espèce de nationalisme un peu viril. Et ça plombe la candidature de Marine Le Pen. »
Pour le politologue émérite, Marine Le Pen n’est, certes, ni raciste, ni xénophobe, et ne menace pas la liberté, la démocratie, comme son père. Mais quand même, Ménard remarque « qu’un certain nombre de choses ne sont pas faites. Marine Le Pen n’a pas fait sa mue. Elle reste encore marquée par son parti ». Décidément, note Ménard, Marine Le Pen « ne réussit pas à convaincre la majorité des Français. » « On ne peut pas être battu un certain nombre de fois comme ça et ne pas en tirer des leçons », dit-il, une considération que Marine Le Pen appréciera à sa juste valeur. « Peut-être qu’il faut imaginer à droite autre chose avec d’autres gens », déclare donc Ménard, dans un français impeccable, mettant de facto en cause le leadership exercé par la candidate RN sur l’extrême droite. Mais avec qui ? On ne sait pas trop, mais gageons que le phare de la pensée biterroise se verrait bien occuper quelque importante fonction qui lui permettrait de valoriser tout son génie. Un poste de ministre, voire plus ?
Mais qu’en est-il de la main tendue par Zemmour à Marine Le Pen en vue des élections législatives ? On oublie : Zemmour a franchi une ligne rouge que lui, Ménard, n’est pas prêt à franchir. Et il l’a dit à Marine. « Si c’est pour faire des concessions sur le fond, ce ne sera pas seulement sans moi, mais contre moi », a-t-il déclamé mâlement. « Parce que je ne veux pas entendre parler d’un discours qui divise à ce point les Français ». Quant à l’union des droites, la réplique ménardesque est lapidaire : « Pour faire quoi ? Si c’est pour confondre l’islam et l’islamisme, pour montrer du doigt tout un tas de gens qui ne pensent pas comme nous, non. Aujourd’hui, on a besoin d’être rassuré. » Pas sûr qu’avec un Ménard à la tête de l’Etat, il y aurait de quoi être rassuré…

LES RATS QUITTENT LE NAVIRE

C’est une cruelle constante de la vie politique qui se vérifie une fois de plus : « Malheur aux vaincus ». La déception du camp Zemmour à la suite de son cuisant échec au premier tour de la présidentielle (7,07 % des suffrages exprimés) est d’autant plus grande que l’espérance d’un triomphe fut forte, entretenue par le candidat et ses cadres. Ce que nous avions prévu dans ces colonnes est en train de se réaliser : on assiste aux premiers départs du mouvement Reconquête !, dès le lendemain de l’élection. C’est ainsi qu’Antoine Diers, porte-parole de Reconquête et directeur adjoint de la stratégie, a quitté avec la plus grande discrétion l’aventure peu après le premier tour. Venu de LR, Antoine Diers s’était fait connaître par ses interventions régulières sur les chaînes d’info en continu et sa moustache en forme de guidon de vélo. Il entretenait des inimitiés notoires avec des membres de l’équipe de campagne dont Sarah Knafo, maîtresse et stratège d’Éric Zemmour. D’après Valeurs Actuelles, l’énarque lui reprochait de « trop parler à la presse et d’avoir gâché plusieurs déplacements », à Marseille début avril notamment. Sarah Knafo a salué son départ avec ce message : « Pour info Antoine Diers m’a annoncé quitter l’aventure. Du coup, je vous dis au revoir à sa place ! » On ne saurait être plus chaleureux…
Autre départ de Reconquête : celui de Jean Messiha, ancien délégué aux Etudes du RN, devenu porte-parole de la campagne d’Eric Zemmour. Il a annoncé son départ jeudi 28 avril sur CNews, expliquant qu’il souhaitait reprendre ses activités antérieures. Il explique : « Je suis plus utile pour les idées du camp national ailleurs. Eric Zemmour a allumé une espérance, c’était une belle aventure » (on notera l’emploi de l’imparfait de l’indicatif : « c’était une belle aventure », signe d’un passé révolu !) mais « je veux reprendre mon activité médiatique, intellectuelle ». Isabelle Muller, l’ex-attachée de presse d’Éric Zemmour, aurait, elle aussi, décidé de quitter le parti Reconquête ! D’après L’Express, sa démission serait liée elle aussi à l’influence de Sarah Knafo, lourdement contestée en interne car elle « sèmerait la terreur ». Les deux femmes auraient eu « une grosse dispute » au milieu de la campagne, en raison de désaccords stratégiques. « Sarah fait de grands sourires devant mais n’hésite pas à te déglinguer auprès d’Éric par derrière », a affirmé, raconte l’hebdomadaire, un proche d’Isabelle Muller. On se croirait dans une cour d’école…
Et si, comme on peut aisément le prévoir, au vu du contexte actuel, les législatives de la mi-juin qui, rappelons-le, sont au scrutin majoritaire uninominal à deux tours, s’avèrent désastreuses, avec aucun élu Reconquête à l’Assemblée nationale et dans les 550 circonscriptions où est annoncé un candiat zemmourien beaucoup de scores inférieurs au seuil des 5 % qui permet le remboursement par l’Etat des frais de campagne (ce qui peut conduire à des millions d’euros de dettes, comme pour le MNR en 2002 et en 2007), les départs pourraient être bien plus nombreux encore.

JEAN LASSALLE, UN CLOWN PITTORESQUE

Jean Lassalle a perdu toutes ses chances de devenir le Premier ministre de Macron suite à un scandale dont il est responsable. Pensez : il est la cause de l’annulation par le conseil Contitutionnel des suffrages de sa commune à la présidentielle. À Lourdios-Ichère, dans les Pyrénées-Atlantiques (155 habitants), dont il fut maire, le candidat avait mis en scène son refus de participer au second tour. Prenant la parole, il s’est filmé devant l’urne, le jour J, sans y glisser son bulletin, pour indiquer, face caméra, que selon lui, « le vote blanc n’est plus à la hauteur », avant de diffuser la vidéo sur les réseaux sociaux. Or, il est strictement interdit d’exprimer ses opinions dans un bureau de vote. Les “sages” ont pris le camouflet très au sérieux. L’accusation est gravissime, car son comportement enfreint le code électoral et, horreur, « a été de nature à altérer la sincérité du scrutin dans cette commune ».
Résultat : tous les suffrages des électeurs de la petite commune ont été annulés. Du coup, Jean Lassalle a écrit une longue lettre au Conseil constitutionnel dans laquelle il demande pardon et se dit prêt à « payer les éventuelles conséquences » de son geste. Et attention, il est prêt à aller jusqu’au sacrifice suprême, jusqu’à la décollation, comme saint Jean-Baptiste. Dans un immense élan de contrition, il déclare « assumer la seule et totale responsabilité de l’acte que j’ai posé […] l’un des plus importants de ma vie », demandant pardon aux membres du bureau, et à l’ensemble des citoyens de la commune de Lourdios-Ichère, « pour le plus grand déshonneur qu’ils ont eu à essuyer, à cause de moi, depuis que la commune existe ».
Et d’annoncer qu’il irait demander personnellement pardon auprès de chacun des électeurs, un par un, de sa commune. Il supplie le conseil Constitutionnel « de lever la sanction infligée à la commune de Lourdios-Ichère qui n’y est strictement pour rien » et, dans un somptueux exercice d’auto-flagellation, digne de la pénitence de Canossa, demande à répondre de son acte face à la justice: « Je vous demande de bien vouloir engager ou faire engager sans délai les poursuites pénales que vous évoquez à mon égard. Je veux bien publiquement répondre de mon acte et en payer les éventuelles conséquences prévues par la loi : peine de prison, retrait de mes droits civiques, amendes… ». Mais ce n’est pas tout. Si le conseil Constitutionnel s’autorisait à ne pas le poursuivre sur le plan pénal, il fera appel »à qui de droit pour que la justice passe »… Jean Lassalle qui a eu 67 ans, ce 3 mai 2022, a annoncé ne pas se représenter aux élections législatives dans sa circonscription, est-il fou à lier ou fait-il preuve d’un colossal humour ? Difficile de répondre à cette question ! […]

Robert SPIELER.