Rivarol n°3527 du 13/7/2022
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Rivarol n°3527 du 13/7/2022 (Papier)

Editorial

Rejet de notre référé-suspension, blocage du dernier numéro pour les abonnés

LES TURBULENCES continuent pour l’hebdomadaire de l’opposition nationale et européenne. Nous n’avons décidément pas le temps de nous ennuyer ! Après la perte de l’agrément de la commission paritaire des publications et agences de presse le 4 mai, après le blocage de notre compte Paypal le 23 mai, après les attaques de notre site Internet au moment de l’Ascension, après qu’un huissier nous eut apporté deux nouvelles citations à comparaître en vue de deux nouveaux procès le 7 septembre devant la XVIIe chambre correctionnelle du tribunal judicaire de Paris pour contestation de crimes contre l’humanité, voici maintenant que d’autres difficultés se font jour : le mardi 5 juillet, le lendemain de l’audience, nous avons reçu par courrier électronique, via notre avocat, la notification d’une ordonnance du juge des référés rejetant notre requête visant à suspendre la décision de la CPPAP de nous expulser de ses registres.  Le juge, M. Laurent Gros, reconnaît certes qu’il y a urgence et sur ce point nous donne raison :
« L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête sur le fond, l’exécution de la décision soit suspendue.
La société requérante (NDLR : les Editions des Tuileries) soutient qu’il y a urgence à suspendre la décision litigieuse dès lors que le retrait du tarif de presse et des aides à la presse met en péril le modèle économique de l’hebdomadaire, avec une augmentation prévisible des charges à hauteur de 368 281 euros. Il résulte de l’instruction que l’hebdomadaire RIVAROL est l’activité principale de la société et que cette dernière bénéficiait, auparavant, de l’aide à la presse, et avait adapté son modèle économique au regard de ces aides. Dès lors, la société requérante est fondée à soutenir que la perte du régime d’aide à la presse, qui a pour conséquence un accroissement du montant des taxes et tarifs postaux, porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation. Dans ces conditions, l’urgence au sens des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative est suffisamment caractérisée. »
S’IL Y A URGENCE, ce que reconnaît de manière claire et explicite le juge des référés, la logique voudrait que la décision de la CPPAP et ses effets soient suspendus. Eh bien non ! Le juge ajoute que notre requête doit être rejetée car, bien que l’urgence soit en tous points caractérisée, on ne peut émettre un doute sérieux sur la légalité de la décision de la commission paritaire car RIVAROL est un journal antisémite ! Ce qualificatif à lui seul suffit à tout justifier. Il n’est pas besoin d’aller plus loin. Circulez, il n’y a rien à voir ! Qu’on en juge :
« Il ressort de l’instruction que le refus par la CPPAP du renouvellement du certificat d’inscription au bénéfice du régime d’aide à la presse à l’hebdomadaire RIVAROL est motivé par le défaut de caractère d’intérêt général attribué à cette publication. La CPPAP a retenu que la ligne éditoriale est susceptible d’inciter à commettre des discriminations à l’égard d’une personne ou d’un groupe à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. La décision du 4 mai 2022, suffisamment motivée, cite de multiples propos contenus dans chacun des sept numéros publiés, propos manifestement orientés contre la communauté juive. Pour contester cette décision, la société requérante soulève qu’elle n’a pas fait l’objet de condamnation en violation de la loi du 29 juillet 1881. Toutefois, le défaut d’intérêt général n’est pas conditionné par l’existence d’une plainte ou d’une condamnation pénale, alors d’ailleurs que la personne du directeur de l’hebdomadaire a été condamnée notamment pour contestation de crimes contre l’humanité et provocation à la haine raciale.
En l’état de l’instruction, les moyens soulevés ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, notamment pas celui tiré de l’existence d’un intérêt général au sens de l’article D. 18 du code des postes et communications électroniques.
Il résulte de ce qui précède qu’en dépit d’une situation d’urgence, les conclusions à fins de suspension de la décision de la commission paritaire des publications et agences de presse du 4 mai 2022 doivent être rejetées. »
Nous nous pourvoyons en cassation (nous avons jusqu’au mardi 19 juillet pour le faire) mais sans grand espoir de succès. Car dès lors que la décision est manifestement politique, idéologique, qu’elle ne respecte pas la liberté éditoriale d’un journal d’opinion qui peut certes être très critique sur le lobby juif mais non sur la communauté juive dans sa totalité (la confusion est volontairement faite, de manière commode mais abusive et injustifiée, tant par la CPPAP que par le juge des référés), on ne peut pas espérer grand-chose. François Mitterrand, avant de quitter définitivement l’Elysée et la scène politique, n’évoquait-il pas déjà, le 17 mai 1995, à l’académicien Jean d’Ormesson, en guise de testament, « l’influence puissante et nocive du lobby juif » ?

LE MERCREDI 6 JUILLET dans la soirée, le lendemain du rejet de notre référé devant le tribunal administratif de Paris, nous recevions, toujours par courrier électronique, une lettre de la Poste nous indiquant que tous les exemplaires du numéro 3526 de RIVAROL destinés aux abonnés, le numéro daté précisément du 6 juillet 2022, étaient bloqués. La commission paritaire ayant prévenu la Poste que nous n’avions plus de numéro d’immatriculation, celle-ci, nous disait-elle, ne pouvait plus légalement distribuer RIVAROL aux abonnés. Une situation digne du père Ubu ! Pendu au téléphone des heures entières, et ayant plusieurs interlocuteurs successifs se renvoyant la balle, comme au tennis, nous avons tout essayé, tout tenté pour débloquer la situation, évoquant le grave préjudice que cela causait tant à nos abonnés qu’à la société et ajoutant que nous avions toujours réglé, rubis sur l’ongle, les services postaux. Rien à faire, il fallait d’abord signer un nouveau contrat de distribution avec le service commercial de la Poste, contrat qui, avant d’entrer en vigueur, devait être validé, paraphé et signé par les deux parties (la Poste et le représentant légal des Editions des Tuileries), contrat pour lequel on nous demandait mille choses, y compris les plus compliquées et les plus improbables, y compris la matière, le poids, le nom et la forme exacts du contenant des exemplaires de RIVAROL pour le dépôt à la Poste, toute case vide, non correctement remplie ou incomplète rendant nul le contrat. C’était kafkaïen !
Notre monde ne repose plus sur le bon sens, l’humanité, l’entente et l’arrangement entre personnes de bonne volonté. C’est le primat de la norme, de la procédure, du protocole jusqu’au ridicule, jusqu’à l’absurde, jusqu’à l’inhumanité la plus complète, jusqu’à la bêtise la plus crasse.
Finalement, en faisant feu de tout bois, et en insistant fortement pour que les envois se fassent, les journaux pour les abonnés ont enfin été débloqués pour les uns le jeudi en soirée, pour les autres le vendredi. D’où le retard très important avec lequel vous avez reçu dans votre boîte aux lettres le numéro de la semaine dernière. Nous vous prions de nous en excuser, même si en l’occurrence nous n’y sommes pour rien. Comment est-il possible que la Poste avec laquelle nous n’avons jamais contracté la moindre dette, ni accusé le moindre retard ou problème de paiement depuis que le journal existe, ne nous ait prévenus en amont pour éviter cette situation ô combien préjudiciable et ubuesque ?
Un nouveau contrat, évidemment bien plus dispendieux que les tarifs avantageux auxquels nous donnait droit l’agrément de la CPPAP, ayant été signé par nos soins, un tel scandaleux blocage trois jours durant (de mardi à vendredi) ne devrait normalement plus se reproduire, même s’il ne faut jurer de rien. En cas de retard de plus de vingt-quatre ou quarante-huit heures, n’hésitez pas à nous téléphoner ou à nous écrire. Nous vous enverrons directement le numéro manquant. Mais nous avons espoir que les choses rentrent dans l’ordre.
Diriger RIVAROL, on le voit, n’est décidément pas de tout repos, mais, après tout, nous sommes ici-bas pour veiller, lutter, combattre, résister. Le repos éternel, si Dieu veut, c’est pour plus tard.

RIVAROL, <jeromebourbon@yahoo.fr>. 

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Billet hebdomadaire

Les mésaventures de Clio : I. Paxton

Zemmour a bien fait de noter en 2014 dans Le suicide français que l’Etat français avait contribué à sauver des Juifs, surtout français, de la déportation, et de mettre en cause ainsi ce qu’il nomme « la Doxa paxtonienne » sur l’histoire de l’occupation. Robert Aron, Blandine Barret-Kriegel, Gerald Reitlinger, Raul Hiberg l’avaient précédé, mais un vulgarisateur de plus, avec ses tirages et ses heures de grande écoute, ne fait pas de mal. Il a eu deux torts cependant. Le premier, suivant l’historien et rabbin Alain Michel, a été de ne réfuter Paxton que sur le seul sort des juifs, et encore : sans poser de question sur la Shoah, il s’est borné à constater que peu de juifs habitant la France avaient été déportés de 1940 à 1944, si on compare, en proportion, avec la Belgique, les Pays-Bas ou la Pologne, pays occupés que le Reich avait gouvernés directement. Il en a déduit, après tant d’autres, que l’Etat français n’y était pas pour rien et porté cela au crédit de ses dirigeants.
Ce n’est pas grand-chose, mais c’est beaucoup trop pour l’historiographie qui domine en France et voit en Robert Paxton le « spécialiste de la Seconde Guerre mondiale », dont elle loue les « recherches importantes sur l’histoire de Vichy », histoire qu’il aurait “révolutionnée” de « manière décisive ». Dixit Wikipédia, réceptacle du commun savoir, que certains nomment en leur jargon « consensus scientifique ». Paxton a publié en 1972 Old guard and new order, 1940-1944, traduit en français par La France de Vichy (1973). Le Français Stanley Hoffmann, né à Vienne, mort aux Etats-Unis et ancien professeur de sciences politiques à Harvard, écrit dans sa préface au livre que « sur deux points capitaux, l’apport de Paxton est révolutionnaire » : l’Etat Français n’a pas, selon lui, joué double jeu pour ménager l’avenir et il n’a pas servi de bouclier au pays. En effet, Paxton affirme que la révolution nationale fut un crime et que l’initiative de la collaboration revient à Vichy, qui, en maintenant la souveraineté de la France, aurait à la fois prolongé la guerre et aidé l’occupant à piller le pays, accroissant les souffrances des Français.


Dans sa tentative de rectification de cette thèse loufoque érigée en vérité officielle, Zemmour a commis une seconde erreur, c’est de renforcer le statut d’historien de référence de Paxton en le comparant à Michelet. Qu’on aime ou n’aime pas Michelet, il fut sans conteste un maître en son temps : ce n’est pas le cas de Paxton. Cet aimable vieillard, qui s’est retiré en France, prend Zemmour de haut en jugeant son argumentation “vide”, et discrédite l’historien Alain Michel, à défaut de pouvoir le réfuter, en le décrétant « pas sérieux ». Mais il a beau jouer à fond de l’argument d’autorité, se présenter en spécialiste incontesté de son domaine, ses titres académiques sont maigres. Qui a lu sa thèse sur l’armée d’armistice ou les quelques ouvrages qu’il a publiés en collaboration sur De Gaulle ou le fascisme ? Personne. Ni aux Etats-Unis, ni en France. Son “œuvre” se limite strictement à Vichy et à la France. Sous le rapport, titres, diplômes, qualité « d’historien », on ne voit donc pas en quoi le rabbin Alain Michel lui serait inférieur. Outre son Vichy et la Shoah : enquête sur le paradoxe français, préfacé par Richard Prasquier, alors président du CRIF en titre, Alain Michel a publié lui aussi sa thèse « Les éclaireurs israélites de France pendant la Seconde Guerre mondiale : action et évolution », beaucoup plus proche du sujet débattu, quatre autres livres sur la période, et il occupe le poste de Responsable du bureau francophone de l’École internationale pour l’enseignement de la Shoah à Yad Vashem. Le débat n’oppose donc pas un géant (Paxton) à des gens dépassés (Hilberg, Reitlinger, Aron), un idéologue d’extrême droite (Zemmour) et un type pas sérieux (Michel), mais des auteurs divers, dont un seul, Robert Aron, a fait utile travail de pionnier, et dont aucun ne laisse de trace inoubliable dans l’histoire académique.
Pourtant, de la lecture de la presse française se dégage une autre impression. Dans toutes les polémiques récentes, la simple référence à la « révolution paxtonienne » a suffi à faire taire les opposants, comme la figure de Copernic suffit à rappeler que la terre tourne autour du soleil. De même, pour soutenir Paxton, l’historien français Tal Bruttmann (spécialiste de l’antisémitisme et de la Shoah) a été autorisé à traiter Alain Michel, que sa kippa de rabbin protégeait insuffisamment, de “faussaire”, comme un vulgaire Faurisson. Robert Paxton est donc une autorité intouchable en matière d’histoire sur les quelques hectares de Paris où se décident les réputations morales, politiques et scientifiques. Mais cette royauté morale est strictement limitée : aux Etats-Unis, Paxton n’est qu’un publiant parmi d’autres.
On en trouve confirmation dans les distinctions qu’il a récoltées. En France, il est docteur honoris causa de l’université de Caen, officier de l’ordre du Mérite et de la Légion d’honneur, membre du conseil scientifique de la Bibliothèque François Mitterrand, il est cité dans le Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France : aux Etats-Unis il n’est répertorié que comme observateur d’oiseaux, et membre de l’Académie américaine des arts et sciences. Cette institution honorifique remonte à la guerre d’indépendance américaine, elle compta Washington et Benjamin Franklin parmi ses membres et s’enorgueillit de talents reconnus, tels Humboldt, Viollet-Leduc, Einstein ou Soljenitsyne, mais, dans un passé plus récent, elle a surtout recruté des illustrations mondaines d’un conformisme politique marqué, tels l’Aga Khan, Woody Allen, Kofi Annan, Richard Avedon, Robert Badinter, Joan Baez, Daniel Barenboim, Pina Bausch, Saul Bellow, Dave Brubeck, Hillary Clinton, Bob Dylan, Paul Ehrlich, Anthony Fauci, Bill Gates, Al Gore, Paul McCartney, Joan Miro, Elie Wiesel et Barack Obama. […]

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