Rivarol n°3598 du 24/1/2024
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Rivarol n°3598 du 24/1/2024 (Papier)

Editorial

Macron ose parler de relance de la natalité tout en constitutionnalisant l’avortement !

LA RÉALITÉ ne peut plus être masquée. Selon l’INSEE, en 2023, la natalité n’a jamais été aussi faible en France que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Depuis dix ans, le nombre de naissances annuelles ne cesse de baisser dans notre pays. Mais le phénomène s’est brusquement accéléré l’année dernière. En 2023, 678 000 bébés ont vu le jour (en majorité hors mariage !), soit 48 000 de moins qu’en 2022. C’est près de 7 % de moins en un an. « C’est une baisse sans précédent » déclare à Libération Sylvie Le Minez, responsable de l’unité des études et enquêtes démographiques à l’INSEE. Ce passage sous le cap symbolique des 700 000 naissances s’explique par un déclin de la fécondité. Les femmes, en âge de procréer, font moins d’enfants, quel que soit leur classe d’âge, y compris celles de 30 ans ou plus qui étaient jusque-là relativement peu concernées par ce recul de la fécondité.
Ainsi l’indicateur conjoncturel de fécondité s’établit désormais à 1,68 enfant par femme contre 1,79 un an plus tôt. On est loin des 2,1 enfants par femme nécessaire au renouvellement de la population selon les démographes. Malgré ces chiffres catastrophiques, la France reste le pays ayant le plus haut taux de fécondité en Europe, où la natalité moyenne tourne autour de 1,53 enfant par femme, la situation sur ce plan n’étant pas meilleure en Europe de l’Est qu’en Europe de l’Ouest. C’est tout le Vieux Continent, et au-delà l’ensemble du monde blanc, qui connaissent un hiver démographique sans précédent par son ampleur et sa durée.

IL FAUT DIRE que tout est fait actuellement pour décourager de donner la vie. De plus en plus de magazines féminins et de discours, notamment dans les milieux écolo-gauchistes, insistent sur les pollutions engendrées par les enfants européens, vantent le fait de ne pas vouloir de progéniture afin de sauvegarder la planète, de lutter contre le réchauffement climatique. Ce discours mortifère commence à porter ses fruits vénéneux chez les nouvelles générations. A cela s’ajoute la montée des individualismes et des égoïsmes de plus en plus monstrueux. Il n’est pas rare aujourd’hui que des couples ayant finalement décidé d’avoir des enfants (même si au final c’est toujours le Bon Dieu qui les donne) le regrette par la suite car ils ne supportent pas, ou très difficilement, les entraves à leurs libertés quotidiennes qu’entraîne subitement l’arrivée d’un enfant dans leur foyer. Il n’est plus possible de sortir tous les soirs, de mener une vie de bohème, de ne s’occuper que de sa petite personne, de rester toute la journée voire toute la soirée devant des vidéos ou scotché à son téléphone portable. Il faut consacrer du temps, de l’énergie à la chair de sa chair. Il faut faire preuve de dévouement, consentir à des sacrifices, ce qui est presque devenu un gros mot aujourd’hui. Il faut renoncer, au moins en partie, à un certain mode de vie et cela ne va pas sans grandes difficultés. Autour de nous, nous constatons ainsi l’explosion de nombreux couples parce que l’un des deux parents (et parfois même les deux !) ne veut pas prendre sa part et ne trouve aucun intérêt, aucun épanouissement à s’occuper d’un petit. Ils trouvent cela ennuyeux, pénible, répétitif voire liberticide. Ce qui semblait naturel pour des générations successives depuis des millénaires, depuis que le monde est monde, ne l’est plus, semble-t-il, aujourd’hui. Il est fréquent désormais que les couples se séparent dès les premiers mois, ou les toutes premières années, de leur enfant. Une directrice de crèche à Paris nous confiait récemment qu’en général le couple qui vient déposer sa progéniture lorsqu’il a quelques mois à peine n’est plus le même lorsque l’enfant a trois ans et qu’il faut l’inscrire en maternelle. L’arrivée du bébé a conduit à l’explosion du couple et de nouveaux partenaires apparaissent.  Ce phénomène ne cesse de s’accroître, surtout dans les grandes villes.
On ne peut nier également l’impact des difficultés économiques et du travail féminin généralisé dans cette baisse de la fécondité. L’INSEE pointe l’impact de l’inflation, la baisse du pouvoir d’achat : « L’augmentation générale des prix, qui pèse sur les ménages, peut altérer l’envie d’avoir des enfants ». Les démographes considèrent que cette baisse continue et aggravée de la natalité peut également s’expliquer par les difficultés qu’ont les femmes à concilier vie familiale et vie professionnelle car, qu’on le veuille ou non, et malgré le féminisme ambiant, la charge des enfants, surtout en bas âge, continue à reposer principalement sur elles. Naguère, un homme, avec son seul salaire, arrivait à faire vivre toute sa famille. Pas forcément sur un grand pied mais enfin il parvenait à subvenir aux besoins du foyer. Tel n’est plus le cas aujourd’hui, sauf rares exceptions, et l’on voit à quel point le discours féministe vantant le travail féminin vu comme une émancipation a été un mensonge car le résultat c’est une double dose de travail et de responsabilités pour la mère. Avec toutes les conséquences négatives que cela entraîne.

DANS SON INTERMINABLE entretien télévisé le 16 janvier, Emmanuel Macron, réagissant à ces chiffres désastreux de la natalité, a appelé à « un réarmement démographique ». Il faut de sa part une sacrée audace quand au même moment (mais c’est sans doute une nouvelle mise en application de son fameux « en même temps » !) il encourage les députés et sénateurs à voter la constitutionnalisation du droit à l’avortement. Ce mercredi 24 janvier, le projet de loi constitutionnelle est en effet débattu à l’Assemblée nationale, avant de l’être au Sénat. Une fois voté dans les mêmes termes par les deux assemblées, le projet de loi sera solennellement adopté par le Parlement réuni en Congrès à Versailles. Les parlementaires vont, sauf miracle, voter massivement cette abomination, — l’avortement, rappelons-le, étant une boucherie où un être humain, parfaitement viable, ayant un cœur qui bat, un cerveau, des bras et des jambes, est déchiqueté, son crâne fracassé, son corps supplicié et brûlé ou jeté aux ordures —, dans le palais de nos rois chrétiens, à deux pas de la chapelle royale, dans le château symbole de la grandeur de la France. Et cela se fera vite. Très vite. Le chef d’Etat est pressé. Dans un courrier adressé aux chefs de partis en novembre, Emmanuel Macron avait évoqué la date du 4 mars pour cette réunion au Congrès dont l’issue ne fait pas de doute. En plein Carême. Quelques semaines seulement avant Pâques. Ils savent ce qu’ils font. Sur près d’un millier de députés et sénateurs, une petite poignée seulement (quelques dizaines tout au plus, d’après les derniers décomptes) devrait refuser cette constitutionnalisation du droit à l’avortement ,c’est-à-dire du permis de tuer l’innocence, de massacrer un être humain, de mettre à mort le fruit de ses entrailles en toute impunité. De le supplicier sur l’autel de ses égoïsmes, de sa dureté de cœur, de son irresponsabilité.
Comment peut-on oser parler de « réarmement démographique » quand on promeut parallèlement une telle ignominie ? Les mots n’ont décidément plus dans ce sens dans ce monde orwellien. Et par ailleurs le congé de naissance de six mois qu’a promis Macron, que pourraient faire valoir les deux parents et qui doit se substituer au congé parental qui pouvait durer jusqu’à trois ans, n’est nullement de nature à améliorer la situation. Six mois, c’est un laps de temps extrêmement court. Beaucoup reculeront à l’idée de mettre au monde un enfant si au bout d’un semestre seulement  on doit le confier à une crèche ou à une assistante maternelle parce qu’on n’aura alors plus d’aide.

ON LE VOIT, on démantèle toujours davantage la politique familiale qui a permis à notre pays de connaître une baisse des naissances globalement  moins calamiteuse que dans les autres pays européens. Mais de toute façon comment demander à des dirigeants de promouvoir une politique familiale et nataliste ambitieuse alors qu’ils n’ont ni famille ni enfants ? Le chef de l’Etat n’a pas de progéniture, le chef du gouvernement non plus, même s’il souhaitait il y a peu encore réaliser une « GPA éthique » avec son (ex- ?) concubin Stéphane Séjourné. La plupart des ministres sont de surcroît homosexuels, comme une grande partie des élus, tous partis confondus (et le RN n’est pas en reste là-dessus, tant s’en faut). Nous ne vivons pas les années folles mais les années des folles ! Dans ces conditions, le « réarmement démographique » n’est certainement pas pour demain. […]

RIVAROL,<jeromebourbon@yahoo.fr>.

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Billet hebdomadaire

Réarmement de la nation et censure de guerre

Emmanuel Macron s’est offert une conférence de presse diffusée en direct sur plusieurs media, dont TF1 et France 2, en prime time, à 20 heures 15, mardi 16 janvier. Devant 300 journalistes, dont l’immense majorité ne servit qu’ à « faire joli », et devant les ministres au charisme d’huître du gouvernement qui sont à sa botte, le président de la République a encore entrepris une séance de propagande à l’adresse des classes moyennes et supérieures.
Le chef de l’Etat, après avoir évacué les questions touchant au pouvoir d’achat des Français (Gabriel Attal, le nouveau Premier ministre, se chargera de les aborder en profondeur lors de son exposé de politique générale prévue pour le 30 janvier prochain), s’est arrêté longuement sur les thématiques liées à la jeunesse, principalement aux collégiens et aux lycéens. En cela, l’époux de Brigitte a développé les sujets qu’il avait abordés pendant ses vœux de la Saint-Sylvestre, en fournissant parfois quelques nouvelles précisions. Un exercice d’exhaustivité peut-être rendu nécessaire par les débuts calamiteux du nouveau ministre de l’Education, madame Oudéa-Castéra qui est tombée lamentablement dans un grossier piège et dont a fait les frais le très huppé collège Stanislas de Paris (qui se serait bien passé du feu des projecteurs en ce moment), en stigmatisant l’école publique qu’elle dessina, par maladresse, comme une structure incapable d’assurer des cours en quantité, et de qualité, aux élèves.
Néanmoins, ce ratage, cette bourde, aussi énorme soit-elle, cet accident grotesque, aura, certes, humilié, et pour longtemps, l’ancienne joueuse de tennis de troisième catégorie devenue ministre par inadvertance, mais pourrait ne pas peser sur l’ambitieux projet “éducatif” d’Emmanuel Macron. En effet, les déboires d’Oudéa-Castéra avec l’école publique ont été vécus il y a plusieurs années, et même si la situation décrite par elle-même est vraie et s’est prolongée jusqu’à aujourd’hui, elle est censée être prochainement dépassée grâce à la grande réforme patriotique qu’entend mettre en œuvre le président de la République en matière éducative. On n’est, bien sûr, pas obligé de le croire mais c’est bel et bien l’image qu’il veut donner de son action. Celle, d’abord, du changement.

LE RETOUR DE LA DISCIPLINE À L’ÉCOLE EST-IL POSSIBLE ?

Ce n’est pas seulement par nostalgie que le mari de Brigitte souhaite la généralisation des cours de théâtre dans le secondaire mais pour plaire à sa population-cible en saupoudrant de “culture” (on peut mettre en scène le meilleur comme le pire) la nouvelle école qu’il appelle de ses vœux.
On a aujourd’hui beaucoup de mal à imaginer cette école de demain tant il existe des pans entiers de la jeunesse de France peuplés de sauvageons et d’autres voyous qui ne sont pas vraiment programmés pour se plier à quelque forme de discipline que ce soit, ni à gonfler leurs poumons de patriotisme, tout républicain pourrait-il être. Toutefois, notre scepticisme est peut-être exagéré. Nous avons certainement raison de penser que la racaille est chose abondante, toutes origines comprises, mais elle est minoritaire. Elle est souvent, trop souvent, brutale, parfois enragée mais elle est minoritaire.

LE CACHE MÉDIATIQUE DE 2020

Lors des interminables restrictions sanitaires de l’année 2020 imposées par l’Etat, certaines zones urbaines, quelques fois très riches en diversités, n’étaient pas disposées à obéir, et elles n’obéirent point. A tort ou à raison, là n’est pas la question. La majorité, la grande majorité de la population, elle, a obéi. Et les jeunes gens, comme les personnes âgées, malgré l’indéniable caractère oppressant du confinement. Le pouvoir a simplement mis de côté certaines zones, et les media n’ont pas fait de tonitruants reportages sur les sauvageons qui ne respectaient pas les consignes, comme s’ils étaient hors jeu, comme si, déjà, les autorités avaient voulu ne pas perdre trop d’énergie avec cette population-là. Et pourtant, dans le même temps, elles harcelaient les réfractaires du dimanche pour des broutilles, des promenades interdites, interdirent à un moment la vente d’alcool dans un département pour d’obscures raisons (une expérience sociologique à taille réelle ?), et houspillèrent des ménagères qui achetaient trois bouteilles de soda au lieu d’une seule, ce qui en faisait de mauvaises citoyennes.

PEUT-ON INVISIBILISER LA ZONE ?

Une même disparité de traitement des réfractaires pourrait être appliquée dans l’école de demain. Une attention toute particulière sera portée au respect de la discipline dans les écoles encore sous contrôle républicain. Le pouvoir se montrera même sourcilleux quant au maintien de l’ordre nouveau, mais il demandera à ses media de ne pas parler sérieusement des secteurs géographiques où les élèves se montreront indociles.
Encore une fois, on imagine mal les hordes d’excités en survêtement et chaussés de baskets difformes enfiler un jour l’uniforme scolaire. On les imagine mal, encore, chanter la Marseillaise. Cela n’a pas grande importance. La majorité des Français et des néo-Français s’y pliera quand une fraction d’entre elle, croissante, applaudira ce nouveau patriotisme d’Etat.
Il est fort possible que la nouvelle morale républicaine qui imprégnera progressivement la fabrique à abrutis qu’on appelle école se diffusera au gré de l’intensification continue du climat de guerre qui pressera les masses. Les réformes scolaires désirées par le pouvoir qui paraissent impossibles aujourd’hui seront probablement dignes d’intérêt aux yeux du peuple, demain.

LA MARSEILLAISE À TUE-TÊTE !
 
La Marseillaise, chant de la République en phase guerrière, était à deux doigts d’être caviardée à la fin des années 1990, à cause de certaines paroles jugées trop violentes. On s’en souvient. L’idée d’imposer un uniforme aux jeunes adolescents à la même époque n’était même pas imaginable. Quant à l’instruction civique, aujourd’hui aux accents sacrificiels, elle n’était louée, hier, que pour chanter l’amitié, la tolérance, la paix et encore la paix. Dorénavant, c’est bien la guerre au nom de la civilisation du bien qui doit être chantée dans les écoles.
Il était impensable, il y a encore quelques années, que l’école, symbole et mère de la liberté et de la tolérance, puisse « bourrer les crânes » des enfants avec une quelconque “morale”. Avec Macron, cela devrait un tantinet changer puisqu’il souhaite non seulement doubler le nombre d’heures d’instruction civique à l’école mais aussi modifier sensiblement son contenu, avec pour modèle la pédagogie du grand franc-maçon (qui aurait fait ses preuves les années précédant la Grande Guerre), Ferdinand Buisson.

LE SERVICE NATIONAL UNIVERSEL RESTERA-T-IL UN SERPENT DE MER ?

D’aucuns le présentent désormais comme le serpent de mer d’Emmanuel Macron parce que le Service National Universel qu’il promet depuis 2017 est resté au stade expérimental depuis sa création. Ce monstre marin risque cependant de surgir des profondeurs, même si des annonces avaient déjà été faites à ce sujet ces derniers mois sans qu’elles fussent suivies d’une concrétisation. Néanmoins, jusqu’à présent, la généralisation et le caractère obligatoire du SNU étaient annoncés à la presse par des conseillers de l’Elysée ou des ministères, histoire certainement de préparer lentement l’opinion à la prochaine instauration de ce nouveau petit service national.[…]

François-Xavier ROCHETTE.