Rivarol n°3617 du 5/6/2024
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Rivarol n°3617 du 5/6/2024 (Papier)

Editorial

Répression impitoyable de la pensée : la Suisse sur les pas de la France

LA RÉPRESSION contre les personnalités et mouvements dissidents devient désormais complètement folle et traverse les frontières. On sait que les autorités françaises ont réussi à faire extrader Vincent Reynouard depuis Edimbourg alors même qu’il n’existe pas de loi antirévisionniste au Royaume-Uni et qu’elles demandent désormais à l’Ecosse ce que l’on appelle juridiquement « une extension de remise » pour que l’auteur de deux livres historiquement incorrects sur Oradour puisse être embastillé pour les peines prononcées à son encontre en France pendant qu’il était en exil en Grande-Bretagne, entre 2015 et 2022. Et voici qu’Alain Soral, bien qu’il soit de nationalités à la fois suisse et française, a été arrêté le mercredi 29 mai à son domicile près de Lausanne et mis en garde à vue pendant quatre heures par des policiers suisses du canton de Vaud dans le cadre d’une procédure pénale ouverte à la suite d’une dénonciation de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD), l’équivalent de la LICRA dans la Confédération helvétique. Mais le plus frappant et le plus inquiétant peut-être dans cette affaire, c’est que le parquet vaudois a agi à la demande explicite et formelle des autorités françaises qui ont demandé une « délégation de poursuite relative à des propos tenus par l’intéressé ».  
Une fois de plus, on constate qu’il ne suffit plus de s’exiler, de quitter le territoire français pour être à l’abri d’une arrestation, d’une garde à vue, d’une perquisition voire d’une peine de prison ferme. C’est somme toute logique : les groupes de pression qui agissent en France pour empêcher (ou tenter d’empêcher) des hommes publics, des publications, des journalistes, des essayistes de s’exprimer librement existent également au-delà de nos frontières et ne sont pas forcément moins puissants et influents à l’étranger. Même en Suisse qui se veut neutraliste (mais qui l’est en réalité de moins en moins) et qui n’est pas un Etat membre de l’Union européenne, la liberté est vraiment très surveillée et strictement encadrée. Preuve que les pouvoirs publics ne plaisantent pas et n’ont rien à refuser au Lobby, le domicile d’Alain Soral a été perquisitionné, passé au peigne fin, son ordinateur et son téléphone portable saisis. Ces atteintes à l’intimité, à la vie privée, pour des raisons strictement idéologiques, sont insupportables et s’apparentent à une véritable persécution. Les dissidents à l’Ouest sont traités de plus en plus comme l’étaient les dissidents à l’Est avant la chute du mur de Berlin et la dislocation de l’URSS. Pis, ils sont traités en Palestiniens. Pas encore avec la même sauvagerie inhumaine et criminelle que celle dont les Gazouis sont victimes à jets continus par ce que Meyer Habib ose appeler « l’armée la plus morale au monde », mais cela y ressemble de plus en plus.

IL EST REPROCHÉ au président d’Egalité et Réconciliation des publications sur le site Internet de son mouvement, sur ses comptes Twitter (aujourd’hui X) et sur Telegram entre 2019 et janvier 2024 et qui sont considérées comme de l’incitation à la haine raciale. En clair l’indomptable essayiste est accusé d’antisémitisme, le crime des crimes, celui pour lequel il n’est ni pardon ni oubli. Et ce au moment même où l’entité sioniste commet un génocide, bombardant, persécutant et affamant une population civile innocente au nom de la lutte contre l’antisémitisme. Lorsque les bombes de Tsahal éventrent, déchiquettent, décapitent, mutilent des femmes, des hommes, des enfants, des vieillards, elles luttent contre l’antisémitisme !
C’est cela, le stade ultime de la lutte contre l’antisémitisme : au nom d’un génocide qu’on n’a pas le droit d’examiner de près et de contester (l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad disait avec justesse, avec un remarquable sens de la formule : « En Occident, on n’a pas le droit de se pencher sur la boîte noire de l’Holocauste pour voir ce qu’il y a à l’intérieur »), l’entité sioniste commet un génocide qu’on n’a pas le droit de nommer et de dénoncer. Voilà le monde affreux dans lequel il nous est donné de vivre.

ALORS MÊME que le président Macron s’apprête à célébrer avec faste les 80 ans du Débarquement des Alliés en Normandie, qui eut lieu à l’aube du 6 juin 1944, jamais la liberté de recherche et de publication sur la Seconde Guerre mondiale n’a été à ce point étouffée, entravée, annihilée. Plus on s’éloigne chronologiquement de la guerre, plus logiquement la liberté de recherche, d’expression et d’opinion sur les événements ayant eu lieu entre 1939 et 1945 devrait être grande, les passions humaines s’apaisant. C’est ce qui se produit aujourd’hui à propos de la Première Guerre mondiale. Aucun historien, aucun manuel n’oserait écrire aujourd’hui que l’Allemagne de Guillaume II est la seule et unique responsable de ce conflit qui fit déjà des millions de morts, qui fut une immense boucherie dont l’Europe, et la France en particulier, ne s’est jamais vraiment remise. On sait et on dit aujourd’hui que les responsabilités étaient mélangées, que les causes du conflit sont complexes et multiples et que prétendre, comme le firent les Alliés, que la guerre de 1914 s’est faite pour sauver et venger le droit n’est pas conforme à la vérité historique, est loin de rendre compte avec le souci d’objectivité et d’exhaustivité nécessaire des causes, des manifestations et des conséquences de cette tragique guerre civile européenne. En revanche, 80 ans après la fin du second conflit mondial, alors que les armes se sont tues sur le Vieux Continent, le discours sur le sujet est toujours plus manichéen et ont même été votées dans de nombreux pays européens depuis une trentaine d’années des législations scélérates et liberticides qui veulent empêcher les libres chercheurs d’effectuer leurs travaux en toute liberté et de rendre compte sereinement de leurs conclusions. C’est inouï. Et pourtant c’est bien la dramatique réalité que nous vivons. Cela vaut pour la question dite des chambres à gaz homicides mais cela vaut aussi pour Oradour. Combien d’avanies a dû subir Vincent Reynouard simplement parce que ses travaux et ses conclusions ne coïncident pas avec l’histoire officielle enseignée dans les écoles et imposée à tout un chacun !
Il y aurait pourtant un moyen simple et efficace d’y voir plus clair, de faire avancer la vérité qui, seule, rend libre. Ce serait d’organiser des débats contradictoires, à armes égales, entre les tenants des différentes thèses, des différentes positions. Si les révisionnistes sont, comme on nous le répète, des menteurs, des fous ou des gens haineux, n’ayant aucun argument solide à présenter et à faire valoir, alors il sera facile dans un libre débat de le démontrer. Mais au lieu de débattre, on diabolise, on punit, on ruine, on emprisonne. Est-ce ainsi qu’agissent des gens et des forces qui défendent la vérité historique ? En réalité, le rabâchage de la version officielle et obligatoire de ces événements sert à consolider l’idéologie antifasciste, antiraciste et cosmopolite (ce que l’ami Hannibal appelle « la révolution arc-en-ciel »), au pouvoir depuis des décennies, et qui détruit à grande vitesse notre pays et il bénéficie puissamment aussi au sionisme international en général et à l’Etat d’Israël en particulier dont le culte holocaustique est le garant de l’impunité et le gardien de l’immunité. Mais à l’exception de la liste des Nationalistes conduite par le valeureux Pierre-Marie Bonneau, il ne faut pas compter sur les autres listes déposées en France pour les européennes du dimanche 9 juin (il y en a en tout 38, encore un record pour un scrutin national dans notre pays, qui dit mieux ?) — des élections qui, comme d’habitude, ne changeront rien ! —, pour dénoncer ces injustices criantes et clamer des vérités politiques, morales et historiques pourtant plus que jamais indispensables à défendre.[…]

RIVAROL,<jeromebourbon@yahoo.fr>.

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Billet hebdomadaire

Le plan Biden prônant un cessez-le-feu dans la bande de Gaza a-t-il des chances de voir le jour ?

Depuis janvier 2024, ont été nombreuses les rumeurs, parfois de milieux bien informés, assurant de l’imminence d’un cessez-le-feu à Gaza. Elles ont toutes hélas été démenties par les faits. Les combats n’ont pas été interrompus pour l’instant, ni à Rafah, avec des affrontements désormais au cœur de cette ville frontalière de la Palestine avec l’Egypte, et dans des quartiers de la ville de Gaza. Les derniers jours ont aussi été marqués par des bombardements réciproques intenses, entre le Nord de l’Entité Sioniste et le Sud du Liban ; la rumeur enfle à nouveau d’une nouvelle guerre contre le Hezbollah. Ce pourrait être une manœuvre cynique, dans une certaine mesure, de Netanyahu, ou pour repousser encore tout accord réel de cessez-le-feu avec le Hamas, ou au contraire l’imposer à l’aile droite de sa majorité plus que réticente, au nom du réalisme consistant à éviter une guerre sur deux fronts. Avec Netanyahu, tout est possible, et on ne peut pas véritablement anticiper quelle manœuvre complexe plus ou moins occulte, intérieure ou extérieure, il va tenter de réaliser. Plus d’un million de Palestiniens, démunis de tout, affamés, assoiffés, pour beaucoup malades, errent désormais au Nord-Ouest de Rafah, dans la peu hospitalière « zone humanitaire spéciale ». Les “errants”, qui n’ont plus de domicile, qui ne cessent de se déplacer constamment, selon l’UNRWA, seraient 1,7 million au total ; ils survivent très difficilement dans des conditions dantesques, dont 30 000 femmes enceintes et des centaines de milliers d’enfants. Le bilan macabre serait, selon le Hamas, désormais de près de 37 000 morts civils palestiniens depuis octobre 2023, et s’aggrave chaque jour. La réalité est sans doute encore pire car il faut tenir compte des cadavres enfouis sous les décombres des bombardements et non comptabilisés et qui sont sans doute de plusieurs milliers au moins.

LE PLAN BIDEN DE CESSEZ-LE-FEU ET DE RECONSTRUCTION

Le président Biden s’est impliqué personnellement, et a proposé, vendredi 31 mai, sur le ton impératif que peuvent se permettre les Etats-Unis, un plan précis de cessez-le-feu. Les combats cesseraient immédiatement, Tsahal se retirerait par étapes, mais sur quelques semaines, de la Bande de Gaza, tandis que les otages sionistes seraient libérés, les uns après les autres, en commençant par les enfants, les vieillards, les malades, et finissant par les militaires ; ces derniers seraient d’ailleurs échangés au final contre les combattants du Hamas prisonniers. Pendant ce temps, des centaines de camions par jour, un peu moins de 1000, déverseraient l’aide humanitaire absolument vitale à la survie de la population palestinienne de Gaza. Il y aurait deux étapes de cessez-le-feu, une première de quelques semaines, une autre de la même durée, marquée par l’achèvement de la libération des otages — entre 30 et 130 — et de prisonniers et l’évacuation intégrale de toutes les unités de Tsahal de la Bande de Gaza.
Enfin, quelques mois plus tard, la reconstruction de Gaza serait menée de façon rapide et massive ; les Palestiniens vivraient toujours dans leur pays, et, en quelques mois — ou plutôt en plusieurs années, de façon réaliste, même si ce scénario idéal se réalisait —, dans des conditions décentes ; les riches pays arabes, à commencer par le Qatar, assureraient le financement, d’un montant considérable, de cette reconstruction. Ces promesses de reconstruction sont absolument essentielles pour l’Egypte, qui craint à tout moment le déversement dans le Sinaï de centaines de milliers de réfugiés palestiniens, faméliques et malades, que l’armée égyptienne aurait les plus grandes difficultés morales à contenir à la frontière. Certains soldats égyptiens, excédés par le spectacle atroce de ce qui s’accomplit sous leurs yeux à Rafah, n’ont pas pu s’empêcher de tirer sur les unités sionistes, qui ont répliqué ; il y a eu quelques morts du côté égyptien. Mais les choses devraient en rester là : ni l’Egypte ni l’entité sioniste ne veulent ouvrir un nouveau front dans le Sinaï, ce qui provoquerait, par hypothèse, du fait des représailles immédiates des Etats-Unis — tout-puissants dans les attributions de prêts internationaux —, la faillite de l’Egypte, pays surendetté aux fins de mois des plus difficiles.
Ce dernier point du Plan Biden, conclusion optimiste et logique d’un cessez-le-feu, la reconstruction de Gaza, paraît malheureusement fort utopique, encore plus que tout le reste. Tous les acteurs régionaux, tant sionistes que palestiniens ou des pays voisins, s’attendent en effet, en supposant déjà un cessez-le-feu effectif de plusieurs mois laborieusement imposé à Gaza en juin 2024, à une reprise prochaine de la guerre, dès 2025 ou 2026, et des destructions absolument massives causées par de nouveaux bombardements sionistes. A quoi bon reconstruire, se disent-ils, ce qui sera à nouveau détruit de façon plus que probable dans quelques années ? Au mieux, si l’on ose dire, les Palestiniens survivront dans des camps de tentes, ou des abris précaires, pendant des années et des années…
Le président Biden a beaucoup communiqué sur ce plan. Il avait préparé soigneusement son intervention, prononcée de façon parfaitement claire, et avec une lucidité apparente. On sait que depuis des années son entourage panique à l’idée d’improvisations, mettant bien involontairement en évidence sa maladie d’Alzheimer. Rien de tel ici. Il est apparu comme un dirigeant décidé, ferme, et proposant un programme pouvant convenir à la grande majorité des électeurs et du parti démocrate, très divisés sur la Palestine, ce qui n’était vraiment pas simple. C’était un discours de président en exercice, et aussi de candidat à sa réélection. Les républicains, tout en souhaitant officiellement la paix, ont trouvé en général le plan trop favorable aux Palestiniens. L’effort de communication de la Maison-Blanche, s’adressant au monde et aux opinions publiques, a été quelque peu gâché par la célébration bruyante, dès la veille, du « mois des fiertés », c’est-à-dire de la promotion systématique des LGBTIQ+ en juin — on a pourtant l’impression que c’est toute l’année — : la juxtaposition du plan pour Gaza avec la promotion de Sodome et Gomorrhe crée un effet déroutant — très net sur les comptes officiels —, en particulier pour le monde arabo-musulman destinataire privilégié de ce Plan pour Gaza.
Dans les circonstances présentes, tragiques, la réalisation intégrale de ce Plan Biden ne serait pas le pire des scénarios pour les Palestiniens. Il est toutefois à craindre qu’il reste du domaine des idées, sinon du rêve. Implicitement, selon ce Plan, le Hamas conserverait ou reprendrait le contrôle total de la Bande de Gaza. Il a donc accepté logiquement le plan en question. Comme quoi le Hamas sait faire preuve d’habilités politiques tactiques, il n’est pas un mouvement djihadiste suicidaire irrationnel comme le clame une certaine propagande prosioniste internationale ; il n’en est d’ailleurs que plus redoutable. Au prix de tant de morts et de destructions, ce qui devrait imposer tout de même une certaine sobriété, ce serait néanmoins une victoire stratégique majeure pour lui. […]


Scipion de SALM.