SOIXANTE ANS se sont écoulés depuis ce jour du 8 décembre 1965 qui marqua la clôture du concile Vatican II. Lequel vit la réunion dans la basilique Saint-Pierre de Rome de 2 381 évêques venus du monde entier (hormis les prélats des pays communistes qui furent absents, à quelques significatives exceptions près, comme Wojtyla) et qui participèrent, entre 1962 et 1965, à quatre sessions successives. Si l’on devait répertorier les principaux événements du XXe siècle, Vatican II y figurerait à l’évidence tant il a occasionné dans les consciences, les mœurs et les institutions des bouleversements fondamentaux dont nous n’avons pas encore pris toute la mesure. Cette assemblée d’évêques qui, à la différence des vingt conciles œcuméniques de Nicée à Vatican I, n’a pas défini ni explicité des dogmes, n’a pas procédé par canons et anathèmes, a ouvert la voie à une nouvelle religion qui porte toujours officiellement le nom de catholique mais dont la substance et les finalités ne sont plus du tout les mêmes. Est-ce un hasard si les sectateurs de Vatican II ont parlé dès le début, tel le “cardinal” Benelli, d’« église conciliaire » ou, comme Paul VI, de « nouvelle Pentecôte » ? De même le “cardinal” Suenens remarquait-il que « Vatican II, c’est 1789 dans l’Eglise », tandis que le Père Congar ajoutait éloquemment que par le concile « l’Eglise avait accompli pacifiquement sa révolution d’Octobre ». Expressions qui démontrent que Vatican II marque une rupture radicale avec près de 2000 ans de catholicisme et inaugure une nouvelle religion, celle de l’humanité.
Le concile a commencé et s’est achevé sur une fête de la Sainte Vierge. Le 11 octobre 1962 avec la Maternité divine de Marie et le 8 décembre 1965 avec la Solennité de l’Immaculée Conception. Mais tout cela n’est qu’une hypocrisie puisque les modernistes, au nom de l’œcuménisme libéral, ont fortement réduit le rôle de Notre-Dame dans le mystère de la Rédemption. Et ils vont toujours plus loin dans cette direction diabolique. Le 4 novembre 2025, il y a un peu plus d’un mois, « le Dicastère pour la Doctrine de la foi (DDF) », sous Léon XIV, a ainsi publié la « note doctrinale » intitulée Mater Populi fidelis, consacrée à certains titres attribués à la Vierge Marie — en particulier ceux de “co-Rédemptrice” et de “médiatrice”. Ce texte d’une vingtaine de pages, rédigé sous François et approuvé par Léon XIV, se voulant d’une portée fortement théologique, entend clarifier la position des occupants du Vatican sur le statut et le rôle de Marie, rabaissant, de manière sacrilège, le rôle de la Sainte Vierge dans le mystère du salut. C’est pourtant par son Fiat que Dieu s’est fait homme. Sans le consentement de Marie, le Verbe ne se serait pas incarné et l’humanité n’aurait pas été rachetée par le sacrifice de la Croix (pourvu bien sûr qu’elle reconnaisse la Divinité du Christ et obéisse à Sa loi). Le péché originel n’aurait pas été effacé. Le Ciel n’aurait pas été rouvert. C’est donc une grave et profonde impiété que de nier le statut de co-Rédemptrice et de médiatrice de toutes les grâces de Marie. Son divin Fils ne souffre pas qu’on manque ainsi au respect et à la vénération dus à sa Mère. Mais comme la dévotion mariale est un obstacle au dialogue œcuménique, notamment (mais pas seulement) avec les différentes confessions protestantes, eh bien les modernistes lui retirent sans pudeur et sans honte, et avec leur hypocrisie coutumière, les titres glorieux auxquels elle a droit, elle qui est la Reine des Anges et des Saints, la Fille du Père, l’Epouse du Saint-Esprit et la Mère du Fils de Dieu. D’où son titre de Mère de Dieu.
C’EST QUE LE CONCILE a introduit une nouvelle manière de se situer par rapport à Dieu. Prétendant que soudainement l’homme a changé, les Pères conciliaires en déduisent qu’il faut aussi modifier le rapport de l’homme à Dieu en passant du théocentrisme à l’anthropocentrisme. Inversion radicale des fins : la religion n’est plus au service de Dieu mais au service de l’humanité. « L’homme est la seule créature de Dieu créée pour elle-même », « L’homme est le centre et le sommet de toutes choses » ose clamer la “constitution” Gaudium et Spes. Et Paul VI, dans son ahurissant discours de clôture de Vatican II, ira jusqu’à dire : « La religion du Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion — car c’en est une — de l’homme qui se fait Dieu. […] Nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme ». Si ce dernier est la fin et le sommet de tout, il faut évidemment repenser toute la théologie catholique. Et c’est ce à quoi s’emploie Vatican II.
L’église conciliaire se définit comme un moyen, une institution (parmi beaucoup d’autres), un signe au service de l’homme. C’est la fameuse théorie de l’Eglise-sacrement. Jean-Paul II pourra ainsi dire que « l’Eglise a révélé l’homme à lui-même », ou encore que « l’homme est le chemin de l’Eglise ». Si tel est le cas, l’on comprend que la liturgie ait alors pour objectif de célébrer l’humanité, sujet du rite sacré et du sacerdoce. D’où les autels retournés vers l’assemblée des fidèles dont le prêtre (ou ce qui en tient lieu), le célébrant n’est que l’animateur, la nouvelle messe n’étant pas hiérarchique mais démocratique. D’où le rejet du caractère propitiatoire du saint sacrifice de la messe. La « messe de Luther » (dixit Mgr Lefebvre), dont des études détaillées ont prouvé les origines non seulement protestantes mais talmudiques, se définit comme la « synaxe sacrée des fidèles », ainsi que l’affirme l’article 7 du Novus ordo missae de Paul VI. La célébration dite de l’eucharistie n’est plus le mémorial de la croix mais celui de la cène. C’est la doctrine de la messe-repas.
SELON CETTE NOUVELLE THÉOLOGIE, ce n’est plus l’Eglise catholique qui est le royaume de Dieu mais l’humanité tout entière. La mission de l’église conciliaire sera alors de préparer l’avènement de ce royaume temporel vers lequel convergent toutes les religions puisque le genre humain tend en effet à une unité croissante dont les signes sont « la socialisation de toutes choses, le partage des richesses, la revendication des droits de l’homme ». Le rôle de la nouvelle église se réduit à hâter ce processus d’unification. C’est ainsi que se justifient le dialogue inter-religieux, l’œcuménisme libéral, lesquels sont au service d’une paix en devenir. D’où des rassemblements syncrétistes comme Assise — dont la première édition, en octobre 1986, avait constitué un choc pour un assez grand nombre de baptisés mais dont la répétition désormais annuelle, voire pluriannuelle, passe aujourd’hui hélas comme une lettre à la Poste tant il est vrai que, comme le disait saint Augustin, « à force de tout voir, on finit par tout supporter, à force de tout supporter, on finit par tout tolérer, à force de tout tolérer, on finit par tout accepter, à force de tout accepter, on finit par tout approuver » — ou cathodiques comme les Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ) destinés, selon les desseins de l’ONU, à préparer l’avènement d’un mondialisme politico-religieux, c’est-à-dire d’un gouvernement mondial et d’une religion elle-même mondiale confinée à être le MASDU, le mouvement d’animation spirituelle de la démocratie universelle, selon la lumineuse expression de feu l’abbé Georges de Nantes.
Dans ce schéma, la royauté sociale de Jésus-Christ apparaît évidemment obsolète. Aussi l’église conciliaire se rallie-t-elle d’enthousiasme à la laïcité de l’Etat et au besoin l’impose par la force comme en Espagne (1967) sous Franco et en Colombie (1973) qui, à la demande expresse de Paul VI, abandonnent leurs constitutions catholiques. Cette unité spirituelle du genre humain se décline en différents degrés de communion, en multiples cercles concentriques ; les consciences sont plus ou moins éclairées par la foi mais personne ne saurait être exclu, car « d’une certaine manière, le Christ s’est uni à tout homme » (Gaudium et Spes). Plus besoin alors d’être baptisé et de croire pour être sauvé. La question du salut et de la damnation a perdu toute urgence et même tout sens. Et en effet la pastorale conciliaire fait l’économie du péché originel et de la déchéance de la nature humaine. Le salut n’est jamais qu’une prise de conscience personnelle, l’homme affirmant son extraordinaire dignité. C’est dire que Vatican II est en rupture totale non seulement avec la Tradition catholique mais plus généralement avec la religion catholique puisque ce conciliabule consiste à exalter la personne humaine et à assurer l’unité du genre humain.
QUEL EST le déroulement des événements qui a conduit à une telle révolution copernicienne ? En fait, tout débute, dix-neuf jours après la mort de Pie XII, avec l’“élection” à soixante-dix-sept ans, au onzième tour de scrutin, le 28 octobre 1958, il y a soixante-quatre ans, du patriarche de Venise Angelo Giuseppe Roncalli. Ce dernier qui, de façon très révélatrice, prend le nom d’un antipape du Moyen Age impliqué dans le grand schisme d’Occident, Jean XXIII, entend rompre spectaculairement avec les grandes orientations définies par Pie XII. Roncalli met en œuvre une stratégie qui aboutira à ce qu’il appellera “l’aggiornamento” c’est-à-dire à la révolution dans l’Eglise. A peine élu, celui qui sera appelé par les media « le bon pape Jean » reçoit significativement les plus vifs encouragements des principaux ennemis de l’Eglise catholique. Yves Marsaudon, dans son livre L’œcuménisme vu par un franc-maçon de tradition, écrit ainsi : « Nous eûmes tout d’abord la très grande joie de recevoir dans les 48 heures un accusé de réception à nos respectueuses félicitations. Pour nous c’était une grande émotion, mais pour beaucoup de nos amis ce fut un signe ». De même, Jean XXIII reçoit les félicitations du grand rabbin d’Israël Isaac Herzog, de l’“archevêque” anglican Geoffroy Fischer, de Paul Robinson, président des Eglises fédérées et enfin du chef de l’Eglise orthodoxe russe, le patriarche Alexis. Le 15 décembre 1958, moins de deux mois après son “élection”, Jean XXIII décide tout à coup d’augmenter sensiblement le nombre des cardinaux fixé invariablement depuis le pape Sixte V en 1586 à 70 — plafond confirmé par le Code de droit canon de 1917 —, pour rappeler les 70 anciens d’Israël qui assistaient Moïse dans le gouvernement du peuple hébreu sous l’Ancien Testament. Cette augmentation brusque et soudaine du nombre de cardinaux est destinée à faciliter, accélérer et rendre irréversible la prise de pouvoir par les usurpateurs modernistes. Le 25 janvier 1959, Roncalli, qui décidément ne perd pas de temps, annonce publiquement depuis la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, la convocation du « Second concile œcuménique du Vatican ». Pie XII avait lui aussi songé à réunir une telle assemblée, mais, devant les dangers de l’entreprise, il s’était rapidement ravisé : « J’entends autour de moi des novateurs, disait-il, qui veulent démanteler la Chapelle sacrée, détruire la flamme universelle de l’Eglise, rejeter ses ornements, lui donner le remords de son passé historique… Un jour viendra où le monde civilisé reniera son Dieu, où l’Eglise doutera comme Pierre a douté. Elle sera tentée de croire que l’homme est devenu Dieu, que son Fils n’est qu’un symbole, une philosophie comme tant d’autres, et dans les églises, les chrétiens chercheront en vain la lampe rouge où Dieu les attend, comme la pécheresse criant devant le tombeau vide : où l’ont-ils mis ? » (Mgr Roche : Pie XII devant l’Histoire). Pie XII et Jean XXIII étaient tous les deux au courant de cette situation pré-révolutionnaire dans l’Eglise, mais alors que le premier ne voulait pas céder aux sirènes des nouveautés, le second au contraire brûlait de tout transformer. Appeler à la convocation d’un concile le 25 janvier 1959 n’était à cet égard pas un acte innocent, puisque cette date marquait la clôture de la semaine de prières œcuméniques pour l’unité des chrétiens.
Le concile à venir ne serait donc pas œcuménique (c’est-à-dire universel, comme le furent les vingt conciles de Nicée à Vatican I), mais œcuméniste. Au reste, dès l’année suivante, le 5 juin 1960, Jean XXIII crée un Secrétariat pour l’unité des chrétiens dont il confie la direction au “cardinal” Bea, lequel est directement à l’origine du décret sur l’œcuménisme de Vatican II qui rompt radicalement avec le magistère antérieur. Dans son discours d’ouverture, Jean XXIII tient un discours qui fit sensation et dans lequel il disait sa “foi” en l’avenir et dans le progrès. A plus de soixante ans de distance, cet optimisme tapageur apparaît totalement déplacé. Qu’on en juge : « Dans la situation actuelle de la Société, certains ne voient que ruines et calomnies ; ils ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré, par rapport aux siècles passés… Il nous semble nécessaire de dire notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin… Il faut que l’Eglise se tourne vers les temps présents qui entraînent de nouvelles voies à l’apostolat catholique ».
DÈS LORS, le décor était en place, pour la plus grande révolution que l’Eglise ait subie depuis sa naissance. Parmi les 2 381 évêques présents, seuls quelque trois à quatre cents Pères conciliaires (dont Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer) tentèrent de résister aux assauts des modernistes en se regroupant au sein du Cœtus internationalis patrum, mais ce combat ne fut hélas pas couronné de succès, tant la minorité activiste était habile dans la manipulation des masses, experte dans les formules volontairement équivoques, d’autant, et c’est là l’essentiel, qu’elle pouvait s’appuyer sur un allié indispensable en la personne de Jean XXIII puis, à partir de 1963, de son successeur Paul VI. Il faudrait des études détaillées — et ces dernières décennies n’en ont pas manqué — pour analyser, disséquer, commenter les quelque deux mille pages de documents signés par les Pères conciliaires et “promulgués” par Paul VI le 7 décembre 1965 et pour expliquer l’absence d’autorité et de légitimité de Vatican II et des hommes en blanc qui s’en réclament.
On peut à bon droit considérer que Vatican II était en fait un conciliabule, et non un vrai concile, tant ces décrets ont rompu avec le magistère traditionnel. Il est clair que Vatican II a voulu faire passer l’Eglise du théocentrisme à l’anthropocentrisme. Rien à cet égard n’est plus parlant que le discours de clôture de Paul VI : « L’Eglise du concile s’est aussi beaucoup occupé de l’homme, de l’homme tel qu’en réalité il se présente à notre époque, l’homme vivant, l’homme tout entier occupé de soi, l’homme qui se fait non seulement le centre de tout ce qui l’intéresse, mais qui ose se prétendre le principe et la raison dernière de toute réalité. L’humanisme laïc et profane, enfin, est apparu dans sa terrible stature et a, en un certain sens, défié le concile. La religion du Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion — car c’en est une — de l’homme qui se fait Dieu. Qu’est-il arrivé ? Un choc, une lutte, un anathème ? Cela pouvait arriver, mais cela n’a pas eu lieu. La vieille histoire du Samaritain a été le modèle de la spiritualité du concile. Une sympathie sans bornes l’a envahi tout entier. La découverte des besoins humains (et ils sont d’autant plus grands que le fils de la terre s’est fait plus grand) a absorbé l’attention du concile. Reconnaissez-lui au moins ce mérite, vous, humanistes modernes qui renoncez à la transcendance des choses suprêmes, et sachez reconnaître notre nouvel humanisme. Nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme. »
ON NE SAURAIT mieux dire que les hiérarques de l’Eglise ont renoncé à être un signe de contradiction, en s’ouvrant totalement au monde, c’est-à-dire à l’erreur, au mensonge et à l’apostasie, tournant le dos aux injonctions de l’Apôtre Saint Jacques le Mineur qui, dans son Epître, s’écrie fortement : « Adultères, ne savez-vous pas que l’amitié du monde, c’est l’inimitié contre Dieu ? Quiconque veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu. » Par là même, l’Eglise catholique s’éclipsait, était mise au tombeau, cédant la place à l’église conciliaire et à sa « révolution d’Octobre ». De fait Vatican II a réussi à mettre en application la devise de la révolution : la “liberté” s’est introduite par la liberté religieuse ou liberté des religions qui met sur le même plan l’erreur et la vérité, promeut la laïcité de l’Etat et nie le règne social de Jésus-Christ ; l’“égalité” s’insinue par la collégialité et le vénéneux principe de l’égalitarisme démocratique (dans ce schéma l’évêque n’est plus le maître dans son diocèse avec les conférences épiscopales, le curé dans sa paroisse avec les conseils paroissiaux, etc.) ; enfin la “fraternité” s’accomplit sous la forme de l’œcuménisme libéral qui embrasse toutes les erreurs et les hérésies et tend la main à tous les ennemis de l’Eglise catholique, à commencer par les juifs considérés comme « nos frères aînés ».
L’église conciliaire va même jusqu’à enseigner que l’Ancienne Alliance est toujours valable et qu’elle n’a pas été abrogée par la Nouvelle Alliance, ce qui est une façon de dire, si l’on est logique, que la venue du Christ sur terre, sa Passion, sa mort et sa Résurrection étaient finalement inutiles. L’académicien Jean Guitton, confident et ami de Paul VI, aimait à répéter que Vatican II marquait la disparition (au moins apparente) de l’Eglise catholique et sa substitution par l’église œcuménique romaine. De fait, la nouvelle église conciliaire ne possède aucune des quatre notes qui permettent de reconnaître à coup sûr l’Eglise catholique : elle n’est ni une puisqu’elle est démocratique et pluraliste (à chaque prêtre son hérésie), ni sainte puisqu’elle a profondément altéré les sacrements en créant de nouveaux rites douteux voire invalides pour la plupart (sujet essentiel dont on ne se préoccupe pas assez), s’acharnant ainsi à obstruer les canaux de la grâce sanctifiante, ni catholique puisqu’elle est œcuméniste et qu’elle rompt radicalement avec le magistère antérieur, ni apostolique puisqu’elle n’a pas la foi des Apôtres.
DANS CETTE gigantesque entreprise de destruction rien n’est laissé intact : ni la liturgie désacralisée, ni le catéchisme traditionnel interdit et remplacé par une vague catéchèse droit-de-l’hommiste et œcuméniste, ni les constitutions religieuses, ni l’habit ecclésiastique, ni les Etats, syndicats, écoles et partis chrétiens tous appelés à faire leur mue. A Eglise nouvelle correspondent sacerdoce nouveau, ecclésiologie nouvelle, messe nouvelle, catéchisme nouveau (1968 avec Pierres Vivantes et 1992 avec le “Catéchisme (dit) de l’Eglise catholique”), sacrements nouveaux, communautés nouvelles, nouveau chemin de Croix (1991) avec la création d’une quinzième station, nouveau Rosaire (2002) avec l’introduction de cinq mystères lumineux qui, dans une perspective de dialogue œcuménique, diminuent là encore le rôle central de la Sainte Vierge Marie dans l’Evangile et dans l’économie du salut, nouveau code de droit canon (1983) qui inverse les fins du mariage, lève l’excommunication des francs-maçons, permet la participation active dans certains cas à des rites acatholiques, y compris la réception de l’eucharistie (ou de ce qui en tient lieu), nouveau rite de sacre épiscopal et d’ordination sacerdotale (18 juin 1968) qui crée un doute sérieux sur la validité des ministres ordonnés ou sacrés dans ce rite (ou ordonnés dans le rite traditionnel mais par un évêque lui-même sacré dans ce nouveau rite), nouvelle messe (3 avril 1969), nouveau baptême où l’on a supprimé tous les exorcismes (1969), nouveau mariage (1969), nouvelle confirmation (1971), nouvelle extrême-onction (1972), nouvelle confession (1973), nouveau bréviaire (1970), nouveau calendrier liturgique (1969), nouvelles huiles saintes (1970), nouveau rite des exorcismes (1999) qui ne semble pas beaucoup effrayer le diable de l’aveu même de nombreux exorcistes qui constatent son inefficacité, nouveau Notre Père (1966) — avec le tutoiement de la Première Personne de la Sainte Trinité et surtout l’affreux blasphème « Et ne nous soumets pas à la tentation » —, nouveau Credo (1970) — où l’on a remplacé l’expression « consubstantiel au Père » par la formule à tout le moins équivoque « de même nature que le Père » —.
Tout a été dit sur les origines talmudiques de la synaxe voulue par Paul VI, l’offertoire étant réduit à un simple rituel de bénédictions juives, la notion de sacrifice étant totalement évacuée (et quel est ce « Dieu de l’univers » dont il est question dans le nouvel offertoire ?), sur l’abandon du caractère propitiatoire du saint sacrifice de la messe, sur l’hétérodoxie du nouveau code de droit canon du 25 janvier 1983 dont des prélats traditionalistes ont pu dire à juste titre qu’il était encore pire que Vatican II qu’il met en forme et codifie. Il n’est pas jusqu’à la morale qui ne soit elle-même corrompue par l’inversion des fins du mariage, par l’abandon du principe traditionnel de l’autorité de l’homme sur la femme, par les discours ahurissants tenus par nombre de clercs sans que ceux-ci ne soient jamais sanctionnés. Dans cette affaire les choses n’ont cessé de s’aggraver au fil des décennies puisque, avec Amoris Laetitia (2016), on s’en prend à l’indissolubilité du mariage que seule défend dans sa plénitude la religion catholique (on ne le sait pas assez mais chez les schismatiques orientaux on peut se marier et divorcer trois fois, idem chez les protestants et autres anglicans !) en permettant aux divorcés remariés non repentis de s’approcher des sacrements (d’aucuns ont pu parler avec ironie de l’institutionnalisation d’un « divorce catholique ») et, bien pire encore, on introduit la possibilité des unions homosexuelles.
PENDANT cette année jubilaire, en 2025, sous Léon XIV, des sodomites ont franchi officiellement, avec toutes les autorisations requises, la Porte sainte de la basilique saint-Pierre et se sont adonnés à un “pèlerinage” LGBT avec force drapeaux arc-en-ciel et des discours de “prélats” conciliaires exaltant ouvertement les mœurs et unions homosexuelles. Déjà, avec les chemins synodaux bergogliens, on explicitait la pensée de François Zéro en ouvrant la voie à la bénédiction pure et simple des “couples” homosexuels dont les relations intimes sont considérées désormais comme moralement acceptables voire voulues par Dieu ! Ce qui est toujours le cas avec son successeur Léon XIV qui maintient en tous points sur le fond la ligne bergoglienne, même si le style change. On est là à des années-lumière du Catéchisme de Saint Pie X qui enseigne que les péchés contre l’ordre de la nature crient vengeance devant Dieu, au même titre que l’homicide volontaire, l’oppression des pauvres et le refus de salaire aux ouvriers. Imitant les anglicans dont la secte conciliaire n’est finalement qu’une variante, Bergoglio entendait ouvrir aux femmes l’accès à des ministères sacrés (alors que le Christ a choisi douze Apôtres, tous de sexe masculin, pour leur conférer le sacerdoce et l’épiscopat) qui iront demain ou après-demain, n’en doutons pas, jusqu’à l’“ordination” et au “sacre” voire jusqu’au “cardinalat” et au-delà.
Les modernistes fonctionnent toujours de la même manière : ils procèdent par étapes successives, selon la technique du voleur chinois, pour démanteler une vérité de foi, une règle morale ou la discipline traditionnelle de l’Eglise. C’est ainsi que François avait nommé le 26 août 2021 une religieuse italienne, Alessandra Smerilli, secrétaire du dicastère du développement humain intégral (sic !) pour ouvrir graduellement la voie à un sacerdoce féminin, ce dont ne se cachent même plus dans leurs documents de travail les responsables des chemins synodaux. Et Léon XIV, dès son “élection”, a dit son profond attachement à une « Eglise synodale », preuve qu’il inscrit ses pas dans ceux de François. On peut également noter que les “pontifes” conciliaires — qui s’en prennent sans cesse à l’être historique de l’Eglise, multipliant les repentances et les reptations devant les ennemis de la religion catholique, frappant, non leur poitrine, mais celle des 260 authentiques vicaires du Christ, de saint Pierre à Pie XII — se “béatifient” et se ”canonisent” cyniquement les uns les autres avec une stupéfiante rapidité. C’est ainsi qu’en moins de cinq ans nous avons eu droit sous Bergoglio à la “canonisation” de Jean XXIII et de Jean-Paul II le même jour (27 avril 2014), puis à celle de Paul VI (14 octobre 2018), et le 4 septembre 2022, à la “béatification” de Jean-Paul 1er avant sa prochaine et inévitable “canonisation”. Là encore, les intrus modernistes avaient dès le départ procédé par ruse : Wojtyla avait ainsi “béatifié”, le même jour, le 3 septembre 2000, Pie IX et Jean XXIII, le pape du Syllabus et l’homme de Vatican II. On ne pouvait pas choisir profil plus opposé. Mais la “béatification” de Pie IX a permis habilement de faire passer la pilule de celle, concomitante, de Jean XXIII auprès de moult conservateurs et traditionalistes. Wojtyla, pas plus que ses successeurs, n’avait l’intention de “canoniser” Pie IX. La suite des événements l’a amplement démontré. En revanche, cette “béatification” de Roncalli était la première étape vers sa “canonisation” quatorze ans plus tard, et celle de ses successeurs conciliaires. En déclarant saints Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul II, les occupants modernistes du siège de Pierre savent parfaitement ce qu’ils font : il s’agit de canoniser Vatican II et toutes les réformes désastreuses et révolutionnaires qui en sont issues. C’est aussi simple que cela. On est là en pleine inversion. Là aussi, là surtout, c’est Satan qui mène le bal ! […]
RIVAROL,<jeromebourbon@yahoo.fr>.
Abdelmajdid Tebboune est un bon patriote. A dix-sept ans, pour la signature des accords d’Evian, il a pris le maquis contre l’armée française qui rentrait dans ses casernes. Du moins l’assure-t-il. On ne dispose pas d’autre témoignage que le sien, et l’histoire ne nous dit pas ce que fit ce moudjahid de la dernière heure. Fut-il guetteur ou porteur de messages ? Quoi qu’il en soit, il fut ensuite bon élève. Après son bac, il entra à l’Ecole Nationale d’Administration d’Alger et fit carrière dans la préfectorale où il sut faire preuve d’une obéissance sans faille. Inscrit au FLN, alors parti-Etat tout-puissant, il fut un bon apparatchik et s’en trouva récompensé dès 1991, il avait 46 ans, par un poste de ministre des Collectivités locales auprès du ministre de l’Intérieur. Il n’y reste qu’un an. Sa carrière politique ne commence vraiment qu’en 1999, quand Abdelaziz Bouteflika est élu président : il lui sera vingt ans fidèle. Bouteflika était ce jeune loup du FLN, nommé ministre des Affaires étrangères par Boumédiène en 1963, qui le resta jusqu’en 1979, avant d’être chassé à cause d’une grosse affaire de corruption où il s’était fait pincer. Il en profita pour s’exiler en Suisse où il ramassa encore plus d’argent, avant de se présenter en candidat indépendant à l’élection présidentielle de 1999 qu’il remporta haut la main. Une fois au pouvoir, Bouteflika gouverna d’une main de fer, pour s’enrichir le plus possible, en plaçant aux postes clefs sa famille, ses amis et les gens de sa région : corruption, népotisme et tribalisme caractérisent un système qui dura vingt ans, auquel Tebboune fut fidèle tout en ménageant le FLN. Il ne commit qu’une erreur, nommé Premier ministre en 2017, c’est de s’attaquer, si peu que ce fût, aux profits de la famille Bouteflika.
Cette erreur lui fournit un atout considérable lorsqu’en 2019, sous la pression de la rue agitée par le mouvement Hirak, Bouteflika fut contraint de renoncer à un quatrième mandat. S’étant assuré le soutien du chef d’état-major général de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, l’ancien “banni” put se présenter en “indépendant” et fut élu au premier tour, avec soixante pour cent d’abstention. Depuis, il compense la rareté initiale de ses soutiens par un autoritarisme sans nuance. En outre, trahissant les maigres espoirs des écervelés du Hirac qui espéraient de lui quelques libertés et une politique économique moins absurde et prédatrice que celle de son prédécesseur, il en copie le népotisme en plaçant ses cinq enfants, où ils peuvent grappiller honneurs et prébendes. Y compris celui qui s’est fait mettre en prison pour trafic d’influence et corruption à cause de ses relations avec un gros trafiquant de drogue notoire. Dès qu’il a été assis sur son siège de président, oubliant toutes les promesses d’efficacité et d’honnêteté, il n’a plus cherché, comme son prédécesseur, qu’à durer, sans jamais oublier qu’il n’existe que trois forces en République algérienne, en dehors d’un FLN qui s’étiole, l’armée, la rue et l’islam. Un islam dont il n’est pas toujours aisé de déterminer l’état exact depuis que le thermomètre a été cassé en 1991 avec l’exclusion du FIS.
Malgré les ravages causés par le terrorisme pendant sept ans, la France laissait en 1962 au FLN un pays prospère, non seulement grâce au pétrole et au gaz qu’elle y avait découvert et mis en valeur, mais grâce à un vaste réseau de ports, d’aéroports, de trains, de routes, grâce à ses barrages, ses écoles, ses lycées, ses universités, ses hôpitaux, et une agriculture active : l’Algérie exportait alors notamment du blé, du vin, des fruits. En 1962, le premier président de l’Assemblée nationale algérienne recevait un diplomate syrien qui ne lui cacha pas son admiration, ajoutant « si la France était restée vingt ans de plus, elle aurait fait de l’Algérie le premier pays d’Afrique ». Las, l’incompétence, le goût de la prédation, le sectarisme socialiste, les guéguerres de clan et la guerre civile ont ruiné cette belle promesse, presque autant que l’a fait l’ANC en Afrique du Sud. La misère et l’oppression règnent, de sorte que l’un des sept chefs historiques du FLN, revenant à Oran en 1995 en compagnie de la journaliste Christine Clerc, lui confia : « Ici, du temps des Français, c’était le paradis… » Le pays doit aujourd’hui importer massivement ce qu’il consomme, et comme le cours du pétrole, sa seule vraie production, a baissé, il tire la langue. Tebboune le nourrit de rancœur et de vanité, c’est-à-dire de “mémoire” et “d’histoire”, autrement dit de la légende noire du colonisateur, ce pelé, ce galeux, auquel, soixante ans après, les Algériens imputent leurs pestes présentes.
C’est dans ce contexte qu’Abdelmadjid Tebboune a réuni au Centre international des conférences d’Alger, pour le week-end du 1er décembre, une conférence internationale sur les crimes du colonialisme, organisée à l’initiative de l’Union africaine (UA), à laquelle étaient invités pêle-mêle ministres, historiens et juristes. D’après ses promoteurs et les médias africains, elle aura marqué une « étape décisive dans la revendication africaine des réparations liées au passé colonial ». Elle a produit une solennelle « déclaration d’Alger » qui sera soumise à l’approbation de l’assemblée de l’UA en février 2026. L’objectif de cette conférence était à la fois théorique et pratique, puisqu’elle prétendait « passer du discours mémoriel parfois symbolique à une démarche politique et juridique destinée à considérer dans un premier temps le colonialisme, l’esclavage, la ségrégation raciale et l’apartheid comme crimes contre l’humanité, puis à réclamer reconnaissance et réparation ». Le ministère des Affaires étrangères de l’Algérie a publié après la Conférence la déclaration suivante : « Il est recommandé de soumettre la question du choix de la date de la Journée africaine de commémoration des martyrs et des victimes de la traite transatlantique des esclaves, du colonialisme et de l’apartheid à l’examen du Groupe des ambassadeurs des pays africains à Addis-Abeba ». En octobre déjà, la Quatrième Commission de l’Assemblée générale de l’ONU avait adopté une résolution proclamant le 14 décembre Journée internationale contre le colonialisme sous toutes ses formes et manifestations. Le projet de résolution avait été préparé par le Groupe des amis pour la défense de la Charte de l’ONU avec le soutien de la Russie.
Dans ce vaste programme, le lecteur aura discerné sans effort trois objets distincts : le “colonialisme”, la « traite transatlantique » ou “esclavage”, enfin la « ségrégation raciale » ou “apartheid”. Commençons par le “colonialisme” puisque c’est le point le plus développé dans l’allocation d’ouverture d’Ahmed Attaf, ministre des Affaires étrangères algérien. Il a réclamé « l’établissement de la justice historique » après « l’expérience amère de l’Algérie », estimant que « l’exclusion, la marginalisation et le sous-développement subis » durant la période coloniale pèsent encore “lourd” sur l’Afrique. Il a déclaré : « L’Afrique a le droit, tout le droit, de réclamer la reconnaissance officielle et explicite des crimes commis contre ses peuples durant la période coloniale […] L’Afrique a le droit, tout le droit, de réclamer la criminalisation juridique internationale, sans équivoque, ni ambiguïté, du colonialisme, car celui-ci, comme l’a qualifié le militant, le penseur et l’écrivain algérien Frantz Fanon, n’est pas une machine à penser, ou un corps doué de raison, il est la violence à l’état de nature ». Dans son très long discours, M. Attaf a fait référence notamment aux « biens pillés ». Puisqu’il réclame la « justice historique », peut-on lui rappeler que la France, par exemple, a beaucoup plus investi dans ses colonies aux dix-neuvième et vingtième siècles qu’elle n’en a tiré de profit, comme l’avait prouvé le professeur marxiste Marseille. Elle les a également laissées plus riches, plus paisibles et plus peuplées, malgré les combats inhérents à toute conquête. Mais sans doute faudrait-il savoir ce qu’il entend par « justice historique ». Est-ce la justesse des faits et des interprétations qui permet de rendre leur juste sens aux choses et leurs responsabilités aux personnes ? Ou bien plutôt un projet de vengeance démagogique utilisant une mémoire falsifiée ? Car parmi les colonisateurs mis au pilori par la conférence d’Alger ne figuraient que des pays européens, France, Grande-Bretagne, Espagne, Allemagne, Portugal, Italie, mais non la Turquie, qui resta pourtant en Algérie plus longtemps que nous. Les participants à la Conférence ont instruit le procès de la seule Europe blanche, et ils l’ont fait exclusivement à charge, sans aucune limite.
L’enseignant-chercheur sénégalais Idrissa Bâ déclarait par exemple : « Il faut aller dans le détail des chiffres concernant les massacres, les dégâts coloniaux. Je suis pour qu’on invoque la durée longue et qu’on remonte au moins jusqu’au 15e siècle. » Diable, et vertige ! Devrons-nous demander réparation à l’Italie de Jules César ? Quant à l’Algérie, malgré son « amère expérience », on voit mal quelle facture de réparations elle pourrait présenter. Le colonisateur français l’a libérée du joug ottoman, lui a donné d’immenses territoires pris sur le Maroc, et l’a laissé empiéter, lors des négociations avec le FLN précédant l’indépendance, sur d’autres pays touchant au Sahara, Mauritanie, Mali, Soudan et Tchad. Elle en a gardé ce Sahara dont elle tire sa richesse et où elle alimente des guerres complexes pour étendre sa puissance. Alors on pourra parler des morts. Mais la responsabilité en fut partagée, et la démographie algérienne (et africaine en général) a largement profité de la colonisation.
Le deuxième point abordé par la déclaration est la discrimination raciale. Elle ne regarde cependant qu’un petit moment de l’Afrique du Sud sous sa forme officielle et théorisée, et sa pratique se limite globalement à la colonisation anglo-saxonne (Espagnols, Portugais et Français pratiquant le métissage non servile), y compris les Etats-Unis jusqu’aux années 1960. C’est donc par raccroc qu’il a été ajouté, on verra plus loin pourquoi. Le troisième point est formulé de deux manières, esclavage et traite transatlantique. On comprend pourquoi. Organisée par l’Union africaine, la conférence promeut l’unité de l’Afrique face à l’Europe. Or, l’histoire complète de l’esclavage la diviserait, opposerait les uns aux autres. Pour plusieurs raisons. La première est que l’Afrique, celle du nord, razzia et acheta des esclaves européens, jusqu’au dix-neuvième siècle. Ensuite, l’Afrique noire pratiqua l’esclavage chez elle, et vendit des esclaves noirs tant aux Européens qu’à d’autres Africains, arabes et berbères. La troisième raison est que l’esclavage le plus long que subirent certains Noirs en Afrique fut le fait d’autres Noirs et des Arabes. C’est pourquoi a été choisie de préférence la traite transatlantique, qui incrimine surtout les Européens, juifs ou chrétiens, et leurs rabatteurs noirs. L’esclavage en général, et ceux que pratiquaient en particulier les Noirs et les Arabes, présentait un autre inconvénient : le désir de l’éradiquer, et de mettre fin à d’interminables guerres et souffrances de nombreuses tribus noires, fut l’un des objectifs humanitaires de la colonisation pratiquée par les Français et les Britanniques à la fin du XIXe siècle.
Voyons maintenant, dans le même esprit, pourquoi trois objets distincts et parfois opposés, on vient de le voir, esclavage, colonisation et discrimination raciale, ont été explicitement mis dans le même sac par la conférence d’Alger et par l’ONU. C’est le ministre des Affaires étrangères algérien, Ahmed Attaf, qui donne la réponse-clef : « Tout comme la communauté internationale qui a criminalisé, par le passé, l’esclavage et les pratiques assimilées, ainsi que la ségrégation raciale, il est temps aujourd’hui de criminaliser le colonialisme lui-même, au lieu de criminaliser certaines de ses pratiques et de ses séquelles ». La seule unité de l’Afrique dans ses contradictions est d’être présentée en victime de l’Europe. S’instituant juge par l’histoire et juge de l’histoire, à l’imitation de l’ONU, la conférence s’aide de l’esclavage et de l’apartheid pour condamner la colonisation sous le nom de colonialisme, et s’autorise ce tour de passe-passe en les déclarant « pratiques et séquelles » dudit “colonialisme”. C’est donc une manière de diaboliser la colonisation menée par l’Europe, par assimilation à des objets considérés comme diaboliques. Attaf exprime le sentiment général de la Conférence en déclarant que la justice historique ainsi considérée est une lutte primordiale que l’Afrique poursuivra « tant que persistent les tentatives d’effacement de l’histoire, de détournement des vérités et de falsification des faits, tant que les crimes coloniaux n’obtiennent pas une reconnaissance explicite et responsable, et tant que le phénomène colonial lui-même n’a pas reçu le qualificatif qui le présente dans le registre du droit international sous sa véritable forme, odieuse et infâme, en tant que crime imprescriptible qui ne peut être toléré, ni oublié ».
Après cela, on pourra disputer sur les moyens, sur « les demandes cohérentes de réparation ». Le représentant tunisien, Mohamed Ali Nafti, pourra préférer aux réparations financières proprement dites une plus grande représentation africaine dans les institutions internationales ou une réforme de la dette, mais l’essentiel est dit, l’essentiel est fait : il s’agit d’obtenir la repentance de l’Europe d’une part, et d’inculquer d’autre part aux populations anciennement colonisées une histoire hallucinée, un véritable enseignement de la haine. Ce passage de la presse le montre : « L’accent sera mis sur les traumatismes intergénérationnels, la spoliation et la destruction du patrimoine culturel africain, l’exploitation des ressources, les modèles économiques inéquitables hérités du colonialisme et les impacts environnementaux, comme les essais nucléaires réalisés sur des populations civiles ». Rien que ça !
Mais comment en vouloir à de vieux révolutionnaires qui vivent d’un fantasme historique, quand deux présidents de la République française leur ont montré l’exemple ? On se souvient qu’Emmanuel Macron, en pleine campagne présidentielle de 2017, est allé en Algérie pour y parler des « crimes contre l’humanité » censément commis par la France là-bas. Ce n’était pas une lubie propre à la jeune gauche crème pâtissière. En 2005, dans la loi sur les rapatriés, une forte majorité décidait que l’Education nationale mettrait en valeur le « côté positif » de la présence française outre-mer : Chirac l’abrogea, sous prétexte que ce n’est pas à l’Etat d’enseigner l’histoire ! Comme s’il se gênait d’habitude ! La réalité est que l’appareil du système français (qui déborde de l’Etat au sens strict) est aux mains de gens qui haïssent et méprisent sans la connaître l’œuvre de la France Outre-mer. C’est normal, puisqu’ont proliféré les porteurs de valise, les communistes, les tiers-mondistes, qui font leur beurre sur le trafic de l’histoire et la haine de la France. C’est ce grand courant de traîtres et d’imbéciles qui fraternise aujourd’hui avec Tebboune. Il prend l’humiliation de la France pour une libération des populations qu’elle protégeait. Il prend la colonisation pour un crime alors que, soixante ans des pires résultats ici, soixante-dix là, le prouvent, c’est la décolonisation le grand malheur et le grand crime. Il faudrait pour les Hô Chi Minh, les Boumediène et Ben Bella, et leurs pâles épigones, les Bouteflika, les Tebboune, et pour leurs collaborateurs, les Lacouture, les Rocard, et leurs petits neveux d’aujourd’hui, un tribunal qui remette les pendules à l’heure. Un Nuremberg de la décolonisation. En plus respectueux des lois et en plus juste, bien entendu.
HANNIBAL.