Version papier

n°3691 du 14/01/2026 (Papier)

Editorial

L’euthanasie de la paysannerie

SANS SURPRISE la France n’est pas parvenue à obtenir une minorité de blocage le vendredi 9 janvier pour le vote décisif sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et quatre pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay). La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, signera officiellement ce samedi 17 janvier cet accord, fruit de vingt-six ans de négociations. Pour empêcher la validation du texte à la majorité qualifiée, il fallait l’opposition d’au moins quatre Etats membre (sur les vingt-sept) représentant au moins 35 % de la population de l’Union européenne. La France s’est retrouvée isolée, aux côtés de la Pologne, de la Hongrie, de l’Autriche et de l’Irlande. Il aurait fallu que l’Italie s’opposât également à la signature du traité mais le pays de Giorgia Meloni a fait volte-face et a finalement apposé sa signature. 
Les paysans français ont été sacrifiés et le chef de l’Etat porte une lourde responsabilité dans ce dossier. Depuis bientôt dix ans qu’il est à l’Elysée, il n’a rien tenté en amont pour empêcher la signature de ce traité qui condamne nos éleveurs à la ruine et livre notre marché à des viandes de mauvaise qualité mais qui, étant moins onéreuses, se vendront au détriment de nos productions françaises. Ce n’est que contraint et affaibli politiquement, et alors que la colère et le désespoir paysans se manifestent un peu partout dans le pays, que Macron s’est finalement résolu au dernier moment à ne pas parapher le traité Mercosur. Mais il y a quelques semaines encore, il déclarait qu’il ne savait pas encore s’il le signerait ou non, que cela dépendrait des avancées obtenues par la France, qu’il y avait quand même de très bonnes choses dans cet accord, que des garanties avaient été obtenues. Comme le dit fort justement l’universitaire Michele Marchi, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bologne, dans un entretien à l’hebdomadaire Marianne « Giorgia Meloni est installé, Emmanuel Macron est contraint ». Autrement dit la Présidente du Conseil des ministres d’Italie a suffisamment les coudées franches sur le plan politique pour pouvoir approuver le traité, mais ce n’est plus le cas du président français qui, dans son fond, est lui aussi, et même bien plus encore que Meloni, un libre-échangiste, un sans-frontiériste, mais il est à ce point affaibli et démonétisé dans son propre pays qu’il est contraint de suivre l’opinion, de feindre une opposition à un accord qu’il n’avait pourtant rien fait pour freiner ou empêcher jusque-là.
A BIEN Y RÉFLÉCHIR, dans cet abandon tragique des paysans qui ont dû de surcroît subir l’abattage de troupeaux entiers au nom de normes insensées et d’une conduite politique et administrative qui n’a plus rien d’humain — c’est d’ailleurs le propre de notre société de se déshumaniser chaque jour davantage. Quand on compare la France des années cinquante, et même encore celle des années soixante-dix ou quatre-vingt avec celle d’aujourd’hui, on est frappé de constater à quel point c’était mieux avant, à quel point le bon sens voire la simple humanité ont considérablement reculé en l’espace de seulement quelques décennies —, il y a une terrible logique. A partir du moment où on a diabolisé, interdit, criminalisé le principe pourtant noble et naturel de préférence nationale, il n’est pas étonnant que les pouvoirs publics ne défendent plus notre pays ni notre peuple dans toutes ses composantes, ni les paysans, ni les ouvriers, ni les artisans, ni les entrepreneurs, tous sacrifiés sur l’autel du mondialisme, de l’internationalisme, du libre-échangisme. Dans le village planétaire, et plus particulièrement encore au sein de l’Union européenne, il n’y a plus de place pour des nations souveraines, ethniquement et spirituellement homogènes, défendant d’abord et avant tout leurs intérêts vitaux, leurs compatriotes, leurs productions. Dans la logique mondialiste il est cohérent que les immigrés rentrent et que les emplois sortent, que des colonies de peuplement s’installent et que les fermes, les usines, les ateliers, les boutiques disparaissent, avalés, assassinés par les vautours de la mondialisation, par les multinationales, par la finance anonyme et vagabonde.
Ce que l’on abat en ce moment, ce ne sont pas seulement des troupeaux bovins, ce qui est déjà tragique en soi, ce sont des hommes qui sont anéantis, ce sont des vies qui sont brisées, ce sont ders années de labeur et de sacrifices qui s’envolent en fumée. Dans leur monde, mieux vaut se mettre au RSA et ne rien faire de sa vie, passer ses journées à regarder des vidéos débilitantes, en avalant des chips, ce qui est hélas un mode de vie de plus en plus fréquent, surtout parmi les jeunes générations, que de se lever tôt le matin pour travailler et nourrir sa famille. Et puis, qu’on le veuille ou non, l’agriculture, l’élevage sont des activités traditionnelles et il faut rompre avec toutes les traditions, édifier un monde sans passé, sans racines, sans attachement à un terroir, à une lignée. Notre ami paysan, Alexis Arette, était fier de raconter que dans sa ferme de Momas dans les Pyrénées-Atlantiques où il est né, a grandi et a vécu toute sa vie, sa famille était là depuis plus de sept siècles sans discontinuité. Les fondations de sa ferme remontaient au XIVème siècle. Comment dans ces conditions ne pas être attaché à ses ancêtres, à leur vie, à leur histoire ? Comment ne pas se sentir par tous ses fibres appartenir à une lignée et comment donc ne pas être attaché viscéralement, charnellement à sa terre natale, à sa patrie ? Comment enfin ne pas lever les yeux vers le Ciel et admirer l’œuvre de la Création, le spectacle de la nature qui se métamorphose au fil des saisons, qui chaque année renaît ? C’est tout cela que le système mortifère et contre-nature veut abattre. L’intelligence artificielle l’emporte sur ce qui est naturel. De même qu’il y a une logique entre la légalisation du suicide assisté, sur laquelle le Sénat doit se prononcer le 28 janvier, et l’euthanasie de la paysannerie à laquelle nous assistons impuissants. C’est toujours la même logique de mort, de malthusianisme, le même refus de la vie, le même mépris de l’humain, le même empoisonnement des cerveaux et des âmes.

SI MACRON a finalement résolu de s’opposer au dernier moment, et du bout des lèvres, à la signature du traité de libre-échange entre l’Union européenne et quatre pays du Mercosur, à un moment où il était déjà trop tard, ce qu’il savait parfaitement, c’est aussi parce qu’il craint une censure du gouvernement Lecornu par l’Assemblée nationale. Même si les paysans ne représentent plus une force considérable sur le plan strictement arithmétique, ils restent populaires parmi la population et peuvent mener des actions spectaculaires. Et à l’approche des élections municipales qui auront lieu les 15 et 22 mars aucune force politique tient à se les mettre à dos. C’est pourquoi l’Exécutif craint le vote d’une motion de censure, qui a été déposée, l’une par la France insoumise, l’autre par le Rassemblement national, et qui doit être discutée et soumise au vote des députés cette semaine. En réalité, sur le papier, les craintes du gouvernement semblent excessives car le parti socialiste a déjà fait savoir publiquement qu’il ne s’associerait pas à ces motions de censure. Et on voit mal les députés LR qui redoutent tellement un retour précipité aux urnes voter en masse le renversement de l’équipe de Lecornu. 
Mais le fait est que le gouvernement ne parvient toujours pas pour l’heure à faire voter un budget pour 2026. Pour y arriver il a besoin à tout le moins de l’abstention des députés écologistes et communistes qui, pour le moment, ne lui est pas acquise. C’est sans doute la raison pour laquelle le Premier ministre a demandé au ministère de l’Intérieur, où sévit l’affreux Laurent Nunez, d’étudier la faisabilité d’élections législatives anticipées ayant lieu en même temps que les municipales à la mi-mars. Est-ce un coup de pression pour inciter les députés à se montrer “raisonnables” et à ne pas censurer le gouvernement ou est-ce le signe d’une vraie crainte de l’Exécutif, voire un constat d’échec ? On a cependant du mal à imaginer une majorité absolue de députés se faire hara-kiri. Le propre d’un parlementaire, c’est d’être gamellard, c’est de vouloir garder son poste et ses prébendes le plus longtemps possible. Sauf à être sûr d’être réélu. Or, la plupart des élus de la chambre basse n’ont aucun intérêt en l’état à des législatives anticipées. On le sait, un député, sauf rare exception, défend toujours son intérêt avant celui de la nation. Nous serions donc surpris que le gouvernement Lecornu tombe très rapidement, d’autant que l’homme, qui parle peu et agit dans l’ombre, en coulisses, ne manque pas de ressources et d’habileté manœuvrière. Mais il lui faut encore tenir plus d’un an, jusqu’à la présidentielle du printemps 2027, ce qui est long dans une période si agitée et instable. Et d’ici là, il peut se passer bien des choses. L’histoire est en effet le théâtre de l’imprévu et la vie politique n’est pas avare en surprises. 
 

RIVAROL,<jeromebourbon@yahoo.fr>.

6,90 €
TTC
Quantité
6,90 €

Billet hebdomadaire

De la nécessité d’une guerre, ou le retour
du pouvoir charismatique en Europe ?

L’explication est principalement générationnelle. L’anniversaire de la disparition de François Mitterrand mort il y a trente ans n’a pas été commémoré avec grande émotion par les Français, ni, d’une façon marquante, par la mouvance politique de gauche.
Les temps ont changé et l’image du Florentin ne correspond plus du tout à la nouvelle forme représentative du politique dans le monde. Le bilan de Mitterrand fut catastrophique, reste catastrophique mais l’homme cultivait le sérieux, et peut-être malgré lui, mais peu importe, l’image d’une certaine rigidité, d’un monsieur pète-sec comme l’on dit parfois.
Il n’était même pas imaginable au début des années 1980 ; et même dix ou quinze ans plus tard, que le chef de l’Etat, en France ou ailleurs, pût se comporter à la manière des dirigeants occidentaux de notre époque.
Emmanuel Macron, nous l’avons dit et répété souvent, se comporte comme un bouffon de cirque miteux, comme un pleutre, un goujat et un excité affreusement impudique. Il représente ainsi tout ce que l’on veut hormis le capitaine qui reste impassible les deux mains sur la barre durant la tempête. Il est l’Anti-France intégrale, car non content de poursuivre l’œuvre de destruction de notre nation, il est aujourd’hui le premier responsable de l’érosion de la verticalité du pouvoir, jusqu’à la remise en cause de sa légitimité, pourrait-on croire. Comment en effet expliquer cette médiocrité voire cette insipidité élyséenne ? Peuvent-elles être accidentelles ? Peuvent-elles simplement découler des lacunes d’un président pourtant choisi avec méticulosité par le pouvoir suprême de la haute banque ? Ou bien le jeu macronien sert-il un après, n’est-il qu’une étape dans la réalisation d’un projet  politique qui redonnera toute sa place au pouvoir, à sa verticalité, une étape appelant la restauration de l’Etat, de l’autorité, d’une intransigeance politique et d’une certaine grandeur qui oblige ?
Aucune forme de pouvoir, sous régime supposément républicain du moins, ne jouit d’une légitimité ou d’un charisme inlassable aux yeux du peuple. Le patriotisme à la sauce républicaine n’est jamais durable, il n’est qu’un combustible que le pouvoir entend exploiter dans des moments relativement courts, principalement lorsque l’instrument de la guerre apparaît comme l’ultime remède à administrer à l’économie mondiale. Dans cette période de fin de cycle économique, le politique reprend toute sa place sur le libre-échangisme institué. On planifie, on mobilise les masses, on fait la guerre, on relance l’activité par la peur, les menaces, le danger, les souffrances, mais aussi par le patriotisme et l’esprit de corps.

UN CHARISME NÉGATIF

Aujourd’hui, le charisme négatif de Macron entraîne une demande sourde d’un retour à l’autorité, au chef, à la vaillance, voire à la dureté. Nous le voyons, les renoncements, les faiblesses, les silences devant les périls et le prétexte de tolérance ne sont plus massivement acceptés, comme ils le furent, hélas, auparavant. Cependant, ma conviction est que le retour du patriotisme (un sentiment facile à générer car parfaitement naturel) n’est pas le fait d’éveillés de la onzième heure, n’est pas un feu spontané du peuple mais une chose voulue par le pouvoir, non pas pour garantir le bien durable de la nation et sa fortification pour garantir cette durabilité, mais, au contraire, pour détruire et être détruit, pour tuer et être tuer, et aussi pour reconstruire. Pourquoi le patriotisme ne doit-il réapparaître que lorsque les dirigeants le souhaitent, que lorsque le pouvoir le dicte dans le seul objectif de retaper leur modèle économique régulièrement foireux ?

DE L’INTERDICTION DU PATRIOTISME À LA PROMOTION DE SON ERSATZ

Pour avoir été patriote, comme bien d’autres, déjà dans les années 1980, je me rappelle parfaitement du véritable totalitarisme anti-patriotique qui régnait en France et qui empêchait aux bonnes âmes, par une propagande inouïe, de laisser naître en eux ce sentiment pourtant si naturel de l’amour de la nation, de son peuple, et de cette fierté d’y appartenir. Cette chasse aux sentiments patriotiques a duré très longtemps, et ce n’est que récemment qu’elle a cessé pour les raisons que j’ai avancées. Toute forme de patriotisme était auparavant réprimandée. Même lors des grandes compétitions sportives, il était alors de très mauvais ton de soutenir ou simplement d’encourager les représentants français. Ils appelaient cela du chauvinisme (ce qui n’en était pas), et l’animateur ou l’invité d’un plateau qui dérapait était immédiatement alpagué par la brigade des bons sentiments : soyons fair-play, que le meilleur gagne,  il faut encourager les deux équipes, les deux joueurs sont méritants... On nous disait qu’il fallait en finir avec la nationalité des joueurs pour le tennis, et gare à celui, comme Henri Leconte, qui a pu penser que le public français allait l’encourager contre le Suédois froid comme la glace. Allez savoir pourquoi, Yannick Noah avait le droit aux encouragements en tant que sélectionneur de l’équipe de France pour la Coupe Davis. Un patriotisme autorisé qui galvanisa alors Forget et Leconte qui purent enfin remporter la coupe face aux terribles Américains au tout début des années 1990. Ce patriotisme fut autorisé comme celui de 1998 avec l’équipe de France de football au nom de la France black blanc beur, c’est-à-dire au profit de la xénophilie. Aussi n’était-ce pas le patriotisme qui était réhabilité pour lui-même, mais la diversité qui était une nouvelle fois promue par son biais.
Aujourd’hui, les choses ont quelque peu changé. On fait chanter la Marseillaise aux enfants de Maternelle, on pousse, sans complexe, les sportifs nationaux, on promeut des “patriotes” sur toutes les chaînes de télévision, les Zemmour, désormais la Knafo. Madame Le Pen a été adoubée par les Klarsfeld et leurs amis, on affirme ici et là que la jeunesse doit être en partie sacrifiée sur l’autel de la Patrie. Oui, désormais, il est autorisé de dire sans bafouiller que l’on aime la France sans mais. Un comportement qui était marginal il y a encore dix ans.
Ce patriotisme apparemment inconditionnel est en réalité soumis à un règlement officieux extrêmement rigoureux. Le patriote de l’espace qui aura droit à sa dose de médiatisation devra être républicain, américanophile, sioniste, philosémite, homosexualiste, pro-avortement et anti-Islam. Une dernière caractéristique prenant de plus en plus d’importance dans sa fiche d’identité non seulement parce qu’elle épouse son sionisme obligatoire mais parce qu’elle permet également de faire croire à la masse, un peu idiote, il faut le dire parfois, qu’il serait naturellement un opposant à l’immigration. Illusion entretenue par le gros media qui n’analyse jamais la stratégie du patriote conforme. […]

François-Xavier ROCHETTE.