CES ÉLECTIONS municipales ne sont pas sans intérêt ni sans enseignement alors même qu’il s’agit en principe du dernier scrutin avant la présidentielle d’avril 2027 si l’on excepte les sénatoriales de cet automne mais qui ne sont pas au suffrage universel direct. Comme c’est le cas généralement depuis plusieurs décennies, l’abstention a encore progressé lors de ce premier tour avec 44 % des Français inscrits sur les listes électorales qui ne se sont pas déplacés pour voter. C’est le plus mauvais résultat enregistré pour des municipales, à l’exception du scrutin de mars 2020 qui avait eu lieu en pleine crise covidesque, ce qui avait conduit beaucoup d’électeurs à rester finalement chez eux. Alors que traditionnellement les municipales sont un scrutin qui intéresse un grand nombre de nos compatriotes parce que la commune est l’échelon territorial le plus proche du citoyen, que près d’un électeur sur deux ait boudé ce premier tour des municipales est une première leçon qui est loin d’être négligeable.
Peut-être que la fin de la possibilité du panachage dans les communes de moins de mille habitants, ce qui réduit le choix de l’électeur et enlève tout suspens dans des villages où il n’y a le plus souvent qu’une seule liste en lice a-t-il dissuadé un certain nombre d’habitants de se rendre aux urnes. De plus, la campagne municipale cette année a été complètement occultée, politiquement et médiatiquement, depuis fin février par la guerre en Iran et au Liban, ce qui n’a sans doute pas aidé à mobiliser les électeurs, contrairement sans doute à ce qui se serait produit pour une élection nationale, notamment présidentielle. Les questions qui se posent quant à la position de la France dans le conflit actuel, quant à son éventuelle extension et quant à ses répercussions multiples, notamment sur le plan économique et financier, ne sont évidemment pas du ressort des édiles et des élus municipaux.
DEUXIÈME ENSEIGNEMENT de ce scrutin : comme c’est le cas généralement aux municipales, on a de nouveau observé une prime assez nette au maire sortant qui, quelle que soit son étiquette ou son ancienneté, arrive le plus souvent en tête de ce premier tour, même s’il y a bien sûr ici et là quelques exceptions notables. Les maires sortants des grandes villes tout particulièrement se placent en première position. C’est vrai à Paris où le socialiste Emmanuel Grégoire devance la LR Rachida Dati de plus de douze points, ce qui est beaucoup plus que ce que prédisaient les enquêtes d’opinion. C’est vrai également à Lyon où, contrairement à ce que disaient tous les sondages, le maire Vert sortant, Grégory Doucet, l’emporte au premier tour d’une courte tête sur l’ancien patron de l’Olympique lyonnais, le septuagénaire Jean-Michel Aulas, pourtant grand favori de ce scrutin et qui semble désormais très mal placé pour conquérir l’hôtel de ville, surtout qu’il y a au second tour une fusion des listes entre l’actuel maire de Lyon et la candidate de la France insoumise. Dans les autres métropoles, c’est aussi le maire sortant qui est le plus souvent arrivé en tête, comme à Toulouse, à Lille, à Nantes, etc. Le Rassemblement national a lui-même bénéficié à plein de cette prime aux sortants puisque beaucoup de ses maires ont été réélus dès le premier tour : c’est vrai à Perpignan pour Louis Aliot avec 50,61 % des voix, à Hénin-Beaumont où Steeve Briois frôle les 78 %, à Fréjus avec David Rachline qui obtient 51,33 % mais également à Beaucaire dans le Gard. Au premier tour, le RN l’a emporté au total dans 24 communes et est arrivé en tête dans 60. Il était sortant dans la plupart mais il a également conquis de nouvelles villes comme à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), Vauvert (Gard) ou encore Nomexy (Vosges).
Plus généralement, le Rassemblement national obtient dans l’ensemble d’assez bons scores et progresse nettement par rapport aux municipales de 2020 où le contexte lui était certes moins favorable. Sa seule véritable faiblesse électorale, mais elle est de taille, reste encore les grandes métropoles, à l’exception de celles situées sur le pourtour méditerranéen. Il pâtit dans les grandes villes d’une part de l’accélération du phénomène de Grand Remplacement (dont profite à l’inverse pleinement la France insoumise, à l’autre extrémité de l’échiquier politique) et d’une sociologie qui lui est structurellement défavorable avec une gentrification des principales villes du pays, leur boboïsation et la domination de catégories socio-professionnelles généralement aisées (cadres supérieurs, dirigeants de grandes entreprises, personnes travaillant dans les services, dans la communication, la publicité, l’événementiel, l’informatique, la finance et bénéficiant le plus souvent de rémunérations élevées), qui se considèrent comme citoyens du monde, bénéficiaires de la mondialisation libérale et qui sont donc massivement rétives à son programme jugé national-populiste et à l’image qui est donnée de lui, fût-elle inexacte. C’est ainsi que Thierry Mariani a obtenu un calamiteux 1,61 % dans la capitale, l’essentiel de son électorat ayant certes été capté par la communautaire Sarah Knafo de Reconquête, très médiatisée, qui récolte 10,40 %. Mais les résultats du RN sont également très modestes à Lyon (7,07 %), à Toulouse (5,38 %), à Nantes (4,57 %), à Montpellier (7,26 %), à Strasbourg (7,02 %), à Rennes (6,67 %). Le RN est en revanche arrivé en tête à Nîmes, à Menton et à Carcassonne mais plusieurs listes de ses adversaires ayant fusionné entre elles, sa victoire au second tour dans ces trois villes est possible mais loin d’être acquise. Preuve que, malgré sa politique dite de dédiabolisation, et en fait de normalisation, le RN pâtit toujours de la propension des autres partis à se rassembler contre lui quand il semble en position de conquérir une ville importante.
SELON qu’il décroche ou non dimanche prochain les mairies de Toulon, de Nice — où se présente son allié Eric Ciotti, largement arrivé en tête au premier tour, avec treize points d’avance sur le maire sortant Christian Estrosi qui faisait grise mine à l’annonce des résultats — et de Marseille, les résultats du parti de Jordan Bardella et de Marine Le Pen seront soit spectaculaires, soit au contraire en demi-teinte, les seconds tours confirmant, amplifiant, ou parfois au contraire nuançant voire inversant ceux du premier, comme on l’avait vu par exemple lors des législatives anticipées de l’été 2024. Ciotti est idéalement placé pour devenir maire de Nice dans quelques jours d’autant plus que la candidate de la gauche, qui a réalisé 11,93 %, a décidé de se maintenir, contrairement au souhait d’Estrosi qui avait appelé à un front républicain contre son principal rival qu’il exècre alors même qu’ils sont à l’origine issus du même parti. Estrosi est affaibli par une affaire sordide. Il apparaît que la tête de porc accrochée à son domicile, a été déposée là par certains de ses proches, de sa propre équipe. Ce qui suppose soit qu’il était au courant et qu’il a organisé, ou à tout le moins laissé faire, ce montage odieux pour remonter la pente alors qu’il était déjà en difficulté dans les sondages en suscitant la sympathie de l’électorat devant cette agression qui en réalité n’en était pas une, soit qu’il a été dépassé par ses propres équipes mais cela prouverait qu’il s’entoure de voyous et donc qu’il n’est pas à la hauteur, soit enfin qu’il soit détesté par certains de ses colistiers qui auraient ainsi voulu l’affaiblir, le stratagème une fois éventé. Ce qui prouverait qu’il ne tient pas ses troupes. Quoi qu’il en soit, Estrosi est désormais dans une situation quasiment désespérée. Nous ne pleurerons certes pas la défaite de ce politicien médiocre, indigne et démagogue, profondément antipathique et ultra-sioniste (au point d’avoir hissé et maintenu sur le fronton de sa mairie le drapeau d’une puissance étrangère, l’Etat d’Israël, ce qui est un scandale absolu et contrevient de plus à la loi et aux traditions). Toutefois, nous ne nous réjouissons pas de la très probable victoire de Ciotti qui ne vaut pas mieux qu’Estrosi et qui est au moins aussi politicien et sioniste que l’actuel maire de Nice. C’est par exemple un très proche du Likoudnik Meyer Habib qui l’avait activement soutenu lors de sa campagne interne pour la présidence de LR.
Si Eric Ciotti est quasiment certain de l’emporter dimanche prochain, la situation est beaucoup plus incertaine pour le Rassemblement national à Toulon et à Marseille. Laure Lavalette est certes arrivée largement en tête dans la préfecture du Var avec 42,05 % des voix devant l’édile sortant, la divers droite Josée Massi, créditée de 29,54 %. Mais cette dernière bénéficie du retrait du candidat LR, Michel Bonnus, arrivé troisième avec 15,71 % et qui aurait donc pu se maintenir. Laure Lavalette n’a donc en principe pas de réserves de voix, d’autant que les trois listes toulonnaises éliminées sont toutes de gauche ou d’extrême gauche, sauf si elle parvient à mobiliser fortement les abstentionnistes du premier tour en sa faveur ou si des électeurs LR suffisamment nombreux préfèrent voter pour elle plutôt que pour le maire sortant. Le cas de Toulon est intéressant car si le RN l’emportait, la mairie redeviendrait “frontiste” comme du temps de Jean-Marie Le Chevallier (1995-2001), même si la vérité oblige à dire que le RN d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec le RN d’il y a trente ans. Quoiqu’il convienne de préciser que Le Chevallier, aujourd’hui décédé, issu du giscardisme, avait toujours été un des éléments les plus modérés, d’aucuns diront un des plus inconsistants, du FN. Bien plus encore que Toulon, si le RN plaçait dans son escarcelle la deuxième ville de France, ce serait un vrai tremblement de terre politique à un peu plus d’un an de la présidentielle. Toutefois, c’est encore loin d’être fait. Le maire sortant, le divers gauche Benoît Payan, est arrivé légèrement en tête (36,70 %) le 15 mars au soir devant le RN Franck Allisio qui, avec 35,02 %, obtient le meilleur score jamais réalisé par ce mouvement dans la cité phocéenne. Le maintien au second tour de la candidate LR, Martine Vassal, ne facilite toutefois pas la tâche du candidat RN. Vassal a obtenu un piètre 12,41 % car elle a souffert de la médiatisation du duel entre Payan et Allisio mais aussi et surtout de la polémique insensée autour des propos spontanés qu’elle avait tenus lors d’un débat télévisé entre les différents candidats sur BFMTV et où elle avait affirmé que ses valeurs étaient le travail, la famille et la patrie, ce qui a permis d’instruire contre elle un procès en pétainisme, ce qui s’est révélé dévastateur pour elle, ce qui en dit long sur l’actuel conditionnement des esprits. Le maire sortant de Marseille a refusé de nouer au second tour une alliance avec la liste LFI de Sébastien Delogu, au grand dam de ce dernier. A l’heure où nous bouclons, nous ignorons si, dans ces conditions, il se maintiendra, comme l’insoumise Chikirou à Paris, au risque de favoriser arithmétiquement la victoire d’Allisio, ou si, comme nous avons tendance à le penser, il se désistera au dernier moment par réflexe et conviction “antifascistes”, LFI, qui n’aime rien tant que rejouer les années trente, appelant à la constitution partout en France d’un « front antifasciste » contre « l’extrême droite » et une « droite radicalisée » (sic !) et ne voulant pas être jugé responsable d’une victoire du RN à Marseille.
L’AUTRE GRAND GAGNANT de ce premier tour est donc bien la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Et cela constitue malgré tout une petite surprise car on aurait pu penser que la diabolisation politico-médiatique de ce mouvement ces dernières semaines, notamment les accusations répétées d’antisémitisme à l’égard de son chef de file ou le rappel insistant de ses liens, certes avérés et assumés, avec les antifas violents de la Jeune Garde, allait conduire, sinon à un effondrement, du moins à un certain tassement de LFI. Or, il n’en est rien. Bien au contraire. La France insoumise décroche même dès le premier tour la deuxième ville d’Ile-de-France après Paris, Saint-Denis, qui compte quelque 150 000 habitants, bénéficiant d’un vote massif d’immigrés extra-européens naturalisés dans cette ancienne cité royale où le Grand Remplacement atteint aujourd’hui des niveaux inouïs. Des immigrés interrogés à Saint-Denis se félicitaient ouvertement de ce que le nouveau maire insoumis allait, selon eux, désarmer la police et retirer toutes les vidéos de surveillance. L’insoumis David Guiraud est également arrivé très largement en tête à Roubaix avec 46,64 % des voix et apparaît comme le grand favori pour le second tour dans cette ville, là aussi ravagée par l’immigration massive. La France insoumise a également créé la surprise à Lille où son candidat fait presque jeu égal avec le maire sortant socialiste. Elle a peu de chances cependant de gagner dimanche la mairie longtemps détenue par Pierre Mauroy puis par Martine Aubry car les Verts, qui faisaient cavalier seul au premier tour et qui ont obtenu 17,75 %, ont finalement décidé, après avoir beaucoup hésité, de fusionner avec la liste socialiste.
Si le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, avait déclaré le dimanche 15 mars au soir qu’il n’y aurait pas d’accord national entre sa formation et celle de Jean-Luc Mélenchon, il y a eu toutefois de très notables exceptions locales. Tellement nombreuses que, comme en grammaire, elles finissent par constituer la règle. A Toulouse, à Nantes, à Limoges, à Lyon, à Besançon, à Clermont-Ferrand, à Brest, à Tours, à Grenoble et en Avignon, les socialistes (et les écologistes) ont ainsi fusionné leurs listes au second tour avec la France insoumise. A Strasbourg, les écologistes et les insoumis (mais sans l’ancien maire socialiste Catherine Trautmann qui est arrivé en tête et que précisément ils souhaitent battre) ont également fusionné leurs listes, ce qui, sur le papier, les place dans une situation idéale pour gagner. A Limoges et à Toulouse, c’est même le candidat LFI qui conduira la liste d’union — puisqu’il est arrivé en tête des gauches — et qui a des chances très sérieuses de devenir maire. Si LFI remportait la quatrième ville de France, ce serait là aussi un séisme politique. Or ce scénario est tout à fait plausible car si le maire sortant de Toulouse, le divers droite Jean-Luc Moudenc, est certes arrivé en tête avec 37,23 % le 15 mars au soir, le total des listes socialiste (24,99 %) et insoumise (27,56 %), qui ont fusionné, fait plus de 52,5 %, sans compter l’appoint probable d’électeurs ayant voté au premier tour pour de petites listes d’extrême gauche, nombreuses à Toulouse. Mais même dans les grandes villes où LFI obtient des scores moins spectaculaires, la formation de Jean-Luc Mélenchon dépasse quasiment partout les 10 % et est donc à même de se maintenir au second tour sur ses propres couleurs ou de proposer une « fusion technique » avec les autres forces de gauche. Cette fusion ne lui a été refusée qu’à Rennes, où le maire socialiste, Nathalie Appéré, n’a certes pas besoin mathématiquement des voix insoumises, à Marseille et à Paris où, il est vrai, le socialiste Emmanuel Grégoire, n’a guère besoin, là non plus, des voix insoumises — la LFI Sophia Chikirou a donc décidé de se maintenir — tellement le candidat du PS, du PC et des Verts, est largement devant la LR Rachida Dati qui a difficilement fusionné avec la liste centriste de Pierre-Yves Bournazel, mais qui doit faire face à la concurrence de Sarah Knafo, qui a franchi de justesse la barre fatidique des 10 % et peut donc rester en lice.
Cette forte progression de la France insoumise, au-delà du talent incontestable de Mélenchon et de ses principaux lieutenants, qui, bien qu’aux antipodes de nos convictions sur la plupart des sujets, sont objectivement de vrais soldats politiques, idéologiquement formés et charpentés — sur ce plan, cela change des guignols du RN qui, eux, n’ont aucune conviction contrairement au FN d’antan ! — témoigne incontestablement de l’arrivée de ce que ce mouvement appelle avec gourmandise une « nouvelle France », une France “créolisée”, une France d’après. Mais quelle place restera-t-il encore aux indigènes et quel statut auront-ils dans un pays qui, si rien ne se passe d’ici là, sera bientôt majoritairement peuplé d’allogènes comme c’est déjà massivement le cas en Seine-Saint-Denis ?
RIVAROL,<jeromebourbon@yahoo.fr>.
Ainsi la guerre contre l’Iran continue en s’aggravant. Cela était prévisible aux premiers instants du conflit. Prévisible pour nous tous après le déclenchement des hostilités. Mais cette guerre qui va durer n’était-elle pas en réalité prévue avant même qu’elle ne débute avec l’engagement de l’empire américano-sioniste ? On peut légitimement se le demander quand on sait quel niveau d’espionnage a atteint cette entité maléfique. Qui sait qui a un trou à sa chaussette mais qui ignorerait par exemple le nombre approximatif de missiles iraniens et ne serait pas informée quant à la véritable sociologie du pays, sur son nationalisme, la solidité, la force de sa foi. Du reste, il est difficile de croire que les services de renseignement de la première puissance mondiale pouvaient ignorer ce que savaient, avaient découvert et analysé de nombreux think tanks et experts indépendants avant la guerre d’aujourd’hui et souvent avant la fameuse guerre des douze jours.
LES EXPERTS AVAIENT ANTICIPÉ LES CONSÉQUENCES DE LA GUERRE CONTRE L’IRAN
RAND Corporation a par exemple publié de nombreux rapports sur les scénarios de guerre avec l’Iran avant 2025-2026, incluant des analyses sur les conséquences pour les États-Unis (coûts militaires, impacts sur les alliés, prolifération nucléaire). En 2025, ses experts ont discuté des limites d’une campagne aérienne pour détruire le programme nucléaire iranien de façon permanente, et des risques d’escalade régionale affectant les économies occidentales via l’énergie et la stabilité du Golfe. La Brookings Institution a exploré les dangers d’une guerre en Iran, y compris les risques pour les États-Unis et l’Europe (reflux migratoire, chocs énergétiques, stagflation). Leurs experts ont averti, avant le 28 février, que même une frappe limitée pourrait déclencher des représailles asymétriques touchant les intérêts occidentaux. Atlantic Council et Chatham House notamment ont prévu un baril à 100 dollars dans la situation que nous connaissons aujourd’hui, et un baril à 130 dollars si la situation militaire reste la même pendant plusieurs semaines. Enfin le CSIS (Center for Strategic and International Studies) a publié en février 2026, avant le déclenchement de la nouvelle guerre, une étude intitulée « If Trump Strikes Iran : Mapping the Oil Disruption Scenarios », qui prévoyait au point près l’inflation actuelle sur les prix de l’énergie et les risques (extrêmement probables) de récession si le détroit d’Ormuz était bloqué longtemps.
Pour le grand public, Politico a compilé en juin 2025 les avis de 8 experts sur ce qui se passerait si les États-Unis bombardaient l’Iran : blocage du détroit d’Ormuz, attaques sur les infrastructures pétrolières du Golfe, hausses dramatiques des prix du pétrole, et, dans un autre registre, incitation potentielle à la prolifération nucléaire (l’Iran accélérant son programme pour se protéger). Des économistes, ceux de Goldman Sachs et Moody’s notamment, ont modélisé des scénarios avec un pétrole à 130-185 dollars le baril en cas de fermeture prolongée du détroit d’Ormuz, menant là encore à une récession mondiale ou à une stagflation incurable en dehors d’une vaste économie de guerre, surtout pour l’Europe (très dépendante des importations énergétiques).
En définitive, tous les experts sérieux ont anticipé les conséquences bien réelles de la guerre en cours. Des conséquences qui étaient considérées comme inéluctables, et qui touchent tous les continents.
Aussi, quand le quotidien Le Monde écrit le 13 mars dernier que « quinze jours après le début de la guerre lancée avec Israël contre l’Iran, l’administration Trump semble ne pas avoir anticipé les frappes iraniennes contre les pays de la région, la fermeture du détroit d’Ormuz ou la succession organisée au sein du régime », nous pouffons. Le système américano-sioniste savait parfaitement que l’Iran avait non seulement toutes les capacités pour répondre avec vigueur à son agression mais aussi qu’il accepterait cette guerre à partir du moment où sa direction et ses enfants étaient mortellement touchés. Il était évident pour les experts (que les media n’ont relayés qu’avec parcimonie) que la grande Perse n’allait pas s’effondrer et certainement pas se coucher.
« En Iran, les partisans de la République islamique sont galvanisés par un sentiment similaire (à celui qui prévalait durant la guerre Iran-Irak), écrivait encore Le Monde le 13 mars, celui d’être engagé dans une lutte existentielle, le combat de leur vie. D’où la forte affluence enregistrée aux rassemblements organisés en hommage à Ali Khamenei et aux commandants tués. Un fin connaisseur du régime résume l’état d’esprit qui prévaut dans ces cercles : “Il y a quarante ans, la guerre Iran-Irak [1980-1988] a offert au régime des martyrs qu’il continue d’utiliser encore aujourd’hui. Imaginez combien de temps les militaires et les officiels iraniens tués depuis le 28 février pourraient alimenter le récit du pouvoir”. » Mais voilà, comment imaginer que l’empire américano-sioniste ait pu ignorer cette donnée sociologique fondamentale ?
« Selon cette source, la probabilité d’un recul de la direction iranienne est quasi nulle : “Reculer maintenant signifierait une mort certaine.” Dans cette logique, explique encore celle-ci, la priorité est de rétablir une forme d’équilibre des forces : “Les Iraniens doivent d’abord parvenir à une forme de parité en imposant un coût très élevé à leurs adversaires”, ce qui leur garantirait qu’en cas de cessez-le-feu les frappes israéliennes ne se poursuivent pas, comme cela a été le cas au Liban. »
Répétons-le, tous les analystes sérieux connaissaient les conséquences d’une agression américano-sioniste sur l’Iran, qui est une grande nation-civilisation, préparée à l’avènement d’une grande guerre existentielle. Qu’il existe dans la société iranienne une partie du peuple opposée au régime de la République islamique, nous l’entendons bien, mais dire et redire comme le font les journaleux occidentaux, à l’instar d’Ulysse Gosset, que 90 % des Iraniens seraient des ennemis du pouvoir en place est un mensonge extraordinaire relevant de la pure propagande. Une propagande qui se poursuit, bien laborieusement il faut le souligner. Regarder une heure, une seule, une chaîne d’information le montre clairement, que ce soit CNews, BFMTV ou LCI.
Des chaînes d’intox assénant ce mensonge selon lequel l’écrasante majorité des Iraniens détesteraient le pouvoir en place, ou encore un autre selon lequel les Iraniens fuiraient en masse le pays alors que les nationaux regagnant leur patrie sont plus nombreux que ceux la quittant actuellement. Bien sûr la journaillerie qui ne peut nier l’ampleur des retours des Iraniens via la Turquie parle de « visites à la famille » pour tenter d’expliquer ce flux. Mais les dizaines de milliers d’hommes qui entrent, qui rentrent en Iran, ne le font pas pour boire un thé avec la grand-mère mais évidemment pour se battre aux côtés de leurs frères. Un phénomène qui témoigne d’une volonté populaire farouche de se battre jusqu’au bout, jusqu’au martyre, pour la patrie et pour le peuple. Les fanfaronnades de Donald Trump et de son équipe de grands bourgeois, ses sorties grotesques et dansantes sur la supposée défaite de l’Iran qu’il décrit comme une nation pulvérisée, anéantie, rétamée, fumante, sont totalement fausses.
L’IRAN ÉCRASÉ ?
Si le comédien Trump peut se permettre d’émettre de telles fantaisies, c’est en premier lieu parce que le monde occidental est soumis à une propagande “mastodontale” axée autour des seuls dommages subis par l’Iran alors qu’en réalité ce dernier continue d’arroser de ses missiles et de ses drones Tel-Aviv et les bases américaines situées dans les pétromonarchies.
Las, la marionnette Trump qui semble avoir été tiré par le toupet par l’entité sioniste dans cette guerre apparemment improvisée a demandé sur son réseau Truth à la Corée du Sud, au Royaume-Uni, à la France, au Japon d’intervenir pour ouvrir le détroit d’Ormuz alors qu’il est le premier responsable de sa fermeture.
Quel bilan de l’action américaine en Iran ? Une amplification du désordre international, un accroissement des tensions internationales, et donc une intensification de la militarisation du monde.
Alors que Trump ne cesse depuis des mois de se poser en adversaire de l’Europe (un Trump qui a porté de vrais coups économiques contre nous), alors qu’il affirme vouloir prochainement retirer son armada de Corée du Sud pour la déployer à Taïwan, il provoque une nouvelle fois ces nations en les intimant d’agir pour résoudre un problème qu’il a lui-même créé.
TRUMP SANS COSTUME NI MAQUILLAGE
Il faut regarder la réalité telle qu’elle est. Et se défier de toute naïveté. Il n’existe pas de grands représentants politiques aventureux et fantasques. Cette idée est complètement bidon. L’image d’un Trump changeant, “farceur”, imprévisible et ultime décideur, fabriquée par le complexe médiatico-politique, est un énorme mensonge servant à brouiller ses réels objectifs, son programme.
Le comportement d’un Donald Trump, comme auparavant celui d’un Joe Biden, sert d’étai au grand narratif imprimé par le pouvoir via ses relais médiatiques. Si les Etats-Unis ont laissé se développer la guerre russo-ukrainienne, c’est, selon Trump, parce que Biden était complètement sénile. Si Trump a en définitive déclenché une guerre extrêmement périlleuse contre l’Iran, c’est parce qu’il est “imprévisible” selon ses partisans ou “fou” selon ses détracteurs. Comme nous le voyons, l’argument fondamental censé expliquer les conflits en cours relève de l’irrationalité la plus pure et de l’arbitraire.
Les media valident d’autant plus facilement ce narratif qu’il ne peut exister, selon eux, une entité plus profonde et supranationale qui dirige les grands représentants politiques. Le croire ou même poser ce fait comme une hypothèse relève en effet du complotisme qui constitue une hérésie politique capitale. Dans les grands media, nous pouvons tous l’observer quasiment chaque jour, la moindre phrase qui pourrait laisser à penser qu’une force « non identifiée » ou « non prononcée » serait à l’œuvre derrière le jeu de comédiens auquel nous assistons, est immédiatement reprise, reformulée, par un commissaire politique sur le plateau de télévision. « Pas de complotisme ici », chuchote parfois un supérieur sur quelque plateau de télévision. […]
François-Xavier ROCHETTE.