APRÈS LE REJET par le Sénat en deuxième lecture, dans la nuit du 11 au 12 mai, de la proposition de loi instituant une « aide active à mourir », le gouvernement Lecornu va-t-il soumettre incessamment à l’Assemblée nationale une troisième lecture de ce texte qui, compte tenu des équilibres politiques actuels au Palais-Bourbon, permettrait selon toute vraisemblance une adoption définitive de cette réforme sociétale aux conséquences incommensurables avant les vacances parlementaires de la mi-juillet ? On peut hélas le craindre tant Emmanuel Macron a fait de la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté un des éléments clés de son second mandat. Le chef de l’Etat en avait parlé en effet pendant sa campagne présidentielle de 2022, même si le sujet avait alors été largement éclipsé par le début de la guerre en Ukraine le 24 février 2022, et lors de ses vœux à la nation, lors de la Saint-Sylvestre, le 31 décembre 2025, il s’était engagé à ce qu’un droit à l’aide active à mourir soit adopté définitivement par le Parlement en 2026. Parachevant ainsi son œuvre de mort.
Chaque président de la Ve aura bien mérité du diable en promulguant et en appliquant des réformes sociétales détestables détruisant la morale naturelle et la famille traditionnelle : De Gaulle avec la loi Neuwirth légalisant la pilule contraceptive promulguée à Colombey-les-deux-Eglises le 28 décembre 1967 le jour des Saints Innocents, Pompidou avec les législations substituant l’autorité parentale à l’autorité paternelle (1970) et accordant les mêmes droits patrimoniaux aux enfants adultérins qu’aux enfants légitimes (1972), Giscard avec la dépénalisation de l’avortement et le divorce par consentement mutuel en 1975, Mitterrand avec le remboursement quasiment intégral de l’avortement (en 1982) puis la création d’un délit d’entrave à l’IVG en 1993, Chirac avec l’adoption du Pacs, le Pacte civil de solidarité, en 1999, accordant des droits sur le plan fiscal, patrimonial et successoral aux paires homosexuelles, première étape vers le “mariage” pour les invertis, puis en 2004 avec la création d’un délit dit d’homophobie empêchant toute opposition publique aux revendications exorbitantes de la coterie homosexualiste sauf à risquer un an de prison ferme et 45 000 euros d’amende, Hollande avec le « mariage pour tous » en 2013, c’est-à-dire l’union civile contractée en mairie, bénie par la République — et dix ans plus tard par Bergoglio ! — des “couples” sodomites et saphiques, Macron avec la constitutionnalisation en 2024 d’un prétendu « droit à l’avortement », l’allongement en 2022 à quatorze semaines de grossesse du délai légal pour avorter , l’extension de la PMA (procréation médicalement assistée) aux lesbiennes en 2021 et donc, selon toute vraisemblance, sauf miracle, l’adoption en 2026 de l’euthanasie et du suicide assisté.
LE TEXTE que les députés devraient probablement voter d’ici l’été est un basculement effrayant qui a une dimension anthropologique vertigineuse. Comme pour la loi Veil légalisant l’avortement, on détricote toutes les conditions et limitations, certes hypocrites et de pure forme, qui avaient été prévues initialement par le législateur pour mieux faire passer la pilule et obtenir le vote positif d’une majorité absolue de parlementaires. Pour l’avortement, on a ainsi graduellement supprimé la condition de détresse, l’entretien préalable, on a allongé à deux reprises la durée pendant laquelle l’avortement pouvait être légalement pratiqué (en passant de 10 à 12 semaines, puis de 12 à 14 semaines de grossesse), on a créé un délit d’entrave à l’IVG et même un délit d’entrave numérique, on a fait de l’IVG un droit fondamental qui a même été gravé dans le marbre constitutionnel le 8 mars 2024. Eh bien pour l’euthanasie et le suicide assisté, on procède exactement de la même façon, mais en accéléré. Là où le projet de loi gouvernemental envisageait initialement une « aide active à mourir » dans le cadre d’une maladie où « le pronostic vital était engagé à court ou moyen terme », ce qui était déjà très vague et fort permissif, les députés ont défini, dans le texte qu’ils ont adopté en première et en deuxième lecture, que l’euthanasie et le suicide assisté seront possibles « en phase avancée ou terminale » d’une maladie. Mais que veut dire « un stade avancé » ? On nage en plein subjectivisme. Avec un critère aussi large et aussi imprécis, on se dirige inexorablement vers une mise à mort industrielle.
Mais il y a pire encore que cette disposition scélérate. De même que le Parlement a voté en 1993 un délit d’entrave à l’IVG (loi Neiertz), de même les députés ont-ils décidé d’introduire un nouveau délit dans le code pénal, le « délit d’entrave à l’aide à mourir ». Dans quel monde orwellien vivons-nous ! Ce délit, tenez-vous bien, sera puni de deux ans de prison ferme et de 30 000 euros d’amende. Il s’appliquera au médecin ou à l’entourage du patient qui essaiera de dissuader ce dernier de mettre fin à ses jours. Inutile de dire qu’avec une telle innovation législative, personne ou presque, de crainte d’aller en prison et de devoir payer une amende astronomique, n’osera décourager un patient qui est tenté d’en finir de renoncer à son projet mortifère en lui faisant valoir que la vie vaut quand même la peine d’être vécue, que demain est un autre jour, que les souffrances que l’on croit insupportables finissent toujours par s’apaiser avec le temps, qu’il n’est rien de plus consolant que d’aimer et d’être aimé et qu’il faut s’accrocher à la vie, reçue de Dieu, et aux siens tant il est vrai que sans Dieu et sans l’aide d’autrui nous ne sommes rien, nous ne pouvons rien.
L’intention du législateur qui ose parler hypocritement d’ « humanisme compassionnel » est claire : il faut que les vieux et les malades débarrassent le plancher, et plus vite que cela. Et ce à la fois pour des raisons économiques et pour des motifs idéologiques. Les raisons économiques, c’est que les soins prodigués en fin de vie coûtent très cher à la collectivité, même si certains en profitent (à commencer par les Ehpad, les laboratoires pharmaceutiques, etc.). Réduire massivement le nombre des retraités est un calcul économique effrayant moralement mais d’une froide (et inhumaine) rationalité. Mais le plus important sans doute est ailleurs. C’est la raison idéologique. La franc-maçonnerie, très puissante et influente au sein du Parlement français, milite depuis fort longtemps pour le prétendu « droit de mourir dans la dignité », c’est-à-dire en clair pour l’euthanasie et le suicide assisté. C’est en effet une revendication très ancienne des loges. Il s’agit dans un orgueil prométhéen et dans une logique transhumaniste de nier que Dieu soit le maître de la vie et de la mort. Et dans une société aussi déspiritualisée et déchristianisée que la nôtre, il est hélas à craindre que l’euthanasie, que Jacques Attali appelait de ses vœux dès le début des années 1980 — dans son livre publié en 1981 aux éditions Seghers, L’Avenir de la vie, il écrivait ainsi : « Dès qu’il dépasse 60/65 ans, l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte cher à la société. Je crois que dans la logique même de la société industrielle, l’objectif ne va plus être d’allonger l’espérance de vie, mais de faire en sorte qu’à l’intérieur même d’une vie déterminée, l’homme vive le mieux possible mais de telle sorte que les dépenses de santé soient les plus réduites possible en termes de coût pour la collectivité. Il est bien préférable que la machine humaine s’arrête brutalement plutôt qu’elle se détériore progressivement. L’euthanasie sera un instrument essentiel de nos sociétés futures. » — ne se répande comme une traînée de poudre dès qu’elle sera légalisée. Ce qui arrivera d’ici peu, selon toute vraisemblance, puisqu’il existe à l’Assemblée une large majorité pour voter une telle désastreuse innovation législative, de la France insoumise au Rassemblement (ou plutôt au Reniement) national. N’oublions pas que la loi contribue efficacement à bouleverser les mœurs et les mentalités. Et bien plus vite qu’on ne le croit. Tous les pays qui ont légalisé l’euthanasie (les Pays-Bas, la Belgique, le Québec…) ont ainsi vu les demandes d’euthanasie exploser en l’espace de quelques années.
A CETTE CULTURE de mort glaçante et effrayante, opposons de toutes nos forces l’amour de la vie, qui se donne, se diffuse, se transmet, qui rayonne, qui se sacrifie. Plutôt que les dieux du stade, protégeons, aimons et accompagnons d’abord les vieux au dernier stade. Plutôt que d’isoler les parois et cloisons des maisons au nom de tatillonnes normes écologiques, luttons d’abord contre l’isolement du cœur et les cloisons de nos égoïsmes. Et à la piqûre létale froidement administrée par une blouse blanche dans les ombres de la nuit, au détour d’un couloir de la mort, préférons à l’heure du grand voyage le don du sourire, la chaleur d’un cœur aimant et compatissant, la délicate attention à autrui et le feu de la charité qui réconforte, embrase, apaise et vivifie tant il est vrai qu’il existe une mystérieuse solidarité entre les hommes et que nous dépendons tous, à différents égards, des uns des autres, Dieu l’a voulu ainsi, du bébé qui ne peut rien sans ses parents jusqu’au vieillard impotent qui a besoin de l’aide des siens. Aux armes de destruction massive que sont l’avortement et l’euthanasie qui s’en prennent aux deux bouts de la vie, à celle qui commence et à celle qui bientôt s’achève, opposons les armes de régénération massive que sont l’amour et l’amitié, l’affection et la tendresse, la bienveillance et la délicatesse, autant de dispositions d’esprit qui, malgré les peines et les vicissitudes de notre existence terrestre, font le charme et la douceur de notre pèlerinage ici-bas et sont déjà comme un avant-goût de la félicité céleste.
RIVAROL,<jeromebourbon@yahoo.fr>.
Les États-Unis ont été défaits par l’Iran. Aucun analyste, géopolitologue ou militaire sérieux aux États-Unis n’affirme le contraire. Qu’elle ait été favorable ou non à la guerre contre l’Iran, l’intelligentsia aux États-Unis affirme plus ou moins ouvertement que l’armée américaine a essuyé une défaite stratégique : John Mearsheimer, Larry C. Johnson (ancien analyse de la CIA), le colonel Douglas Macgregor (ancien conseiller du secrétaire à la Défense des États-Unis), le colonel Scott Ritter, Jeffrey Sachs et bien d’autres. Mais la plus étonnante des prises de parole publique pour admettre la défaite des États-Unis est celle de Robert Kagan, un des pontes du néoconservatisme et le fondateur de l’influent think tank PNAC (Project for the New American Century). Pro-israélien, anti-russe, anti-chinois, anti-iranien, il est le représentant intellectuel de la ligne la plus dure de la politique étrangère américaine.
KAGAN DRESSE UN ÉTAT DES LIEUX LUCIDE
Le 10 mai 2026, Robert Kagan publie dans le magazine The Atlantic un article intitulé « Checkmate in Iran — Washington can’t reverse or control the consequences of losing this war » (Échec et mat en Iran — Washington ne peut ni inverser ni maîtriser les conséquences de cette défaite). Il y explique que les pertes catastrophiques subies à Pearl Harbor, aux Philippines et dans l’ensemble du Pacifique occidental « au cours des premiers mois de la Seconde Guerre mondiale ont finalement été compensées ». Il ajoute que les défaites au Vietnam et en Afghanistan ont été coûteuses, mais qu’ « elles n’ont pas porté atteinte de manière durable à la position globale des États-Unis dans le monde, car elles se sont déroulées loin des principaux théâtres de la compétition mondiale ». Il poursuit avec l’échec initial en Irak qui, selon lui, a été atténué par « un changement de stratégie qui a finalement permis de maintenir l’Irak dans une situation relativement stable et non menaçante pour ses voisins, tout en préservant la position dominante des États-Unis dans la région. »
Mais, affirme Robert Kagan, « la défaite dans la confrontation actuelle avec l’Iran aura un caractère totalement différent. Elle ne pourra être ni réparée ni ignorée. Il n’y aura pas de retour au statu quo ante, ni de triomphe américain ultime qui annulerait ou surmonterait les dommages causés. Le détroit d’Ormuz ne sera pas “ouvert” comme il l’était autrefois. Avec le contrôle du détroit, l’Iran émerge comme l’acteur clé de la région et l’un des acteurs clés du monde. Les rôles de la Chine et de la Russie, en tant qu’alliés de l’Iran, sont renforcés ; le rôle des États-Unis, considérablement diminué. Loin de démontrer la puissance américaine, comme l’ont répété sans cesse les partisans de la guerre, le conflit a révélé une Amérique peu fiable et incapable de finir ce qu’elle a commencé. Cela va déclencher une réaction en chaîne dans le monde entier, alors que les amis et les ennemis s’adapteront à l’échec américain. »
D’ailleurs, en avril dernier, Trump a demandé aux services de renseignement américains d’évaluer les conséquences d’une simple déclaration de victoire suivie d’un retrait. Le temps presse pour l’administration Trump ; le prix du pétrole monte vers 150 ou même 200 dollars le baril, l’inflation augmente et des pénuries alimentaires et d’autres matières premières se font déjà ressentir dans le monde. Et une nouvelle attaque contre l’Iran pourrait pousser ce dernier à endommager durablement les infrastructures gazières et pétrolières de la région, ce qui provoquerait un cataclysme économique mondial, y compris pour les États-Unis. Car même si l’État (ou le régime) iranien tombe, il lancera, avant que cela ne lui arrive, une attaque massive et sans retenue dans la région. Tous ces éléments son soulignés par Robert Kagan.
Et ce n’est pas tout, l’avenir d’Israël, selon Kagan, n’est pas glorieux. « Le pouvoir de fermer ou de contrôler le passage des navires à travers le détroit est plus grand et plus immédiat que le pouvoir théorique du programme nucléaire iranien. Cette influence permettra aux dirigeants de Téhéran de forcer les nations à lever les sanctions et à normaliser leurs relations, sous peine de sanctions. Israël se retrouvera plus isolé que jamais, tandis que l’Iran deviendra plus riche, se réarmera et préservera ses options pour devenir nucléaire à l’avenir. Israël pourrait même se trouver incapable de s’attaquer aux mandataires de l’Iran : dans un monde où l’Iran exerce une influence sur l’approvisionnement énergétique de tant de nations, Israël pourrait faire face à d’énormes pressions internationales pour ne pas provoquer Téhéran au Liban, à Gaza ou ailleurs. »
LES ÉTATS-UNIS PERDENT LES PÉTROMONARCHIES DU GOLFE À CAUSE D’ISRAËl
Les pétromonarchies réalisent que leur dépendance exclusive envers les États-Unis est devenue un risque existentiel. Les bases militaires américaines sur leur sol font de leurs pays des cibles. Les frappes iraniennes ont touché des installations clés dans toute la région : le QG de la 5e Flotte à Bahreïn, la base aérienne Al-Udeid au Qatar, la base Prince Sultan en Arabie Saoudite et des sites aux Émirats.
Ces pays découvrent que Washington n’est pas en mesure de les protéger et que l’hégémon américain les abandonne pour protéger exclusivement Israël qui est à l’origine de ce chaos proche-oriental.
« Il y a un message que beaucoup dans le Golfe répètent désormais : ‘‘Les États-Unis ne vous protégeront pas, ils ne protègent qu’Israël’’. » […]
Jean TERRIEN.