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n°3710 du 27/5/2026 (Papier)

Editorial

Peut-on encore défendre le Maréchal Pétain en France occupée ?

LA TYRANNIE ne connaît décidément pas de limites. Le mercredi 20 mai, alors que Vincent Reynouard était à nouveau jugé à Paris devant la XVIIe pour des vidéos et écrits révisionnistes sur Oradour-sur-Glane et sur les chambres à gaz (voir son interview en pages 8 et 9 de ce numéro), le tribunal correctionnel de Verdun condamnait Jacques Boncompain, le président de l’ADMP (Association pour Défendre la Mémoire du Maréchal Pétain), à 5000 euros d’amende pour contestation publique de l’existence de crime contre l’humanité commis durant la Seconde Guerre mondiale pour avoir déclaré devant des journalistes, le 15 novembre 2025, à la sortie d’une cérémonie religieuse (conciliaire) dans l’église Saint-Jean-Baptiste de Verdun pour le repos de l’âme du Maréchal que « Pétain a sauvé 700 000 Juifs », qu’ « il en était le plus grand sauveur ». 
A titre de peine complémentaire, et manifestement dans le but d’humilier le condamné et de donner une plus grande publicité à son jugement, les trois magistrates (la présidente étant Céline Pierron) ont ordonné à l’égard de Jacques Boncompain « l’affichage à ses frais de l’intégralité de la présente décision dans l’entrée du Tribunal judiciaire de Verdun, et ce pendant une durée de deux mois ». En effet, justifient les juges, « au vu du nombre de médias présents lors de la messe hommage (non, c’était une cérémonie pour le repos de l’âme du Maréchal et de tous les soldats tombés à Verdun) ainsi que lors de l’audience au fond, il est prégnant que la société française s’intéresse aux sujets débattus lors de l’évocation de ce dossier, à savoir les limites de la liberté d’expression, la Shoah, le négationnisme… Il est donc important, dans un souci de pédagogie, et donc de prévention de la récidive, ainsi que de transparence, que tous les citoyens le souhaitant aient accès à l’intégralité de la motivation de la présente décision. »

TOUT L’ARGUMENTAIRE déployé par le tribunal pour condamner le président de l’ADMP est un copié-collé des fiches du Mémorial de la Shoah. Ce qui n’est pas surprenant quand on sait que les gardiens de la Mémoire ont leurs entrées à l’Ecole nationale de la magistrature et que les futurs magistrats sont formatés pendant leurs études après l’avoir déjà été tout au long de leurs classes de collège et de lycée. Ce qui est ahurissant quand on lit attentivement, minutieusement, le crayon à la main, les vingt pages de ce jugement qui se veut très motivé, très charpenté, c’est qu’il n’a rien de juridique. Avec la scélérate loi Gayssot du 13 juillet 1990 qui sanctionne pénalement le révisionnisme historique, le législateur a contraint Thémis à entrer sur le terrain de l’histoire et de la morale, à s’ériger en garant et en gardien de la version officielle et obligatoire de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, à sanctuariser, à canoniser le jugement du tribunal international de Nuremberg alors qu’il s’agit de la parodie de justice de vainqueurs jugeant les vaincus avec de surcroît parmi les magistrats un juge ayant présidé sous Staline aux fameux procès de Moscou ! 
De plus, on est obligé de constater que la loi Gayssot a une portée chaque jour plus extensive. Au départ elle ne punissait que la contestation explicite, que la négation du génocide juif, par exemple le fait de dire publiquement que les chambres à gaz homicides n’ont pas existé ou qu’il n’y a pas eu six millions de Juifs assassinés pendant le dernier conflit mondial. Très vite la jurisprudence telle que définie par la Cour de cassation en 1997 et 1998 et le Conseil constitutionnel peu après a fortement élargi le champ d’application de cette contestation. La minoration du crime, sa banalisation sont désormais passibles de condamnation, tout comme une expression dubitative, une interrogation, l’emploi d’un conditionnel ou de guillemets. On ne doit pas douter de l’existence ni de l’ampleur de la Shoah. C’est ce que Jean-Marie Le Pen appelait dans sa fameuse déclaration du 13 septembre 1987 à RTL sur le détail « une vérité révélée ». On entre en religion. Et ce qui est dramatique, c’est de voir la facilité avec laquelle les magistrats, tant à Paris qu’en province, tant en première instance qu’en appel, ont accepté ce glissement déshonorant.

LE TRIBUNAL DE VERDUN qui récite sa leçon comme d’autres conjuguent des verbes ou répètent des déclinaisons, rappelle dans son jugement que « la contestation peut n’être que partielle, nuancée, conditionnelle, interrogative ou par voie d’insinuation, même si, sans nier l’existence de la Shoah, elle tend à minorer de manière outrancière le nombre ou la qualité réelle des victimes ou les souffrances de celles-ci. La jurisprudence considère que la réduction outrancière tant du nombre effectif que de la qualité réelle des victimes de la Shoah, ainsi que la minoration de leurs souffrances et la banalisation des crimes nazis, caractérisent le délit de contestation de crime contre l’humanité. La contestation de l’existence de crimes contre l’humanité entre dans les prévisions de ce texte même si elle est présentée sous une forme déguisée ou dubitative ou par voie d’insinuation. L’infraction est constituée, même sous couvert d’un prétendu débat entre historiens (Chambre criminelle de la Cour de cassation, 17 juin 1997, 94-85.126). Par ailleurs, la mauvaise foi n’est pas exigée (chambre criminelle de la Cour de cassation, 27 mars 2018, 17-82.637) ».
Autrement dit, pour peu qu’on s’éloigne aussi peu que ce soit de la vulgate, le tribunal peut entrer en voie de condamnation. Et c’est ce qu’il a fait pour Jacques Boncompain dont les propos incriminés sont « une minoration outrancière du nombre effectif des victimes de la Shoah puisqu’ils impliquent qu’aucun des Juifs vivant en France ou dans ses colonies n’aurait péri de ce fait. » En s’exprimant ainsi, les juges disent l’histoire et se font les protecteurs d’une vérité officielle, ce qui n’est pas leur rôle, du moins à l’origine, car manifestement c’est aujourd’hui la fonction, la mission fort peu noble que leur attribue la République. Mais dont manifestement ils se satisfont pleinement.

ET PEU IMPORTE dans ce contexte que Jacques Boncompain ait 85 ans, qu’il soit gravement malade, que son casier judiciaire soit vierge, il doit être lourdement condamné. Le tribunal veut faire un exemple. Par la publication pendant deux mois, on l’a dit, de son jugement dans le hall d’entrée du tribunal judiciaire, ce qui est une décision rarissime et inouïe. Par une lourde amende qui n’est même pas assortie du sursis alors que Boncompain, on le répète, n’avait jamais été condamné jusque-là. Et par l’octroi de substantiels dommages et intérêts aux trois associations parties civiles, la Ligue des droits de l’homme (LDH), l’Observatoire juif de France (OJDF) et la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) qui se sont publiquement et bruyamment félicitées de la condamnation du président de l’ADMP qualifié de « charognard de la Shoah » (sic !) et qui obtiennent chacune 1500 euros de dommages et intérêts et 2000 de remboursement de frais de justice, soit 3500 euros pour chaque association et 10 500 euros en tout. Le tribunal, très complaisant envers ces trois parties civiles, considère sans rire qu’« au vu de la teneur des propos (tenus par Jacques Boncompain), de leur répétition et du très large public qui les a reçus, l’intérêt collectif défendu par ces associations a été gravement atteint. Leur préjudice moral est donc établi. En réparation, il convient de leur allouer à chacune la somme de 1500 euros. » Et, ajoutent les magistrats, et là on atteint le grandiose, « il serait inéquitable que les frais de procédure restent à leur charge. Celles-ci ont impliqué la rédaction de conclusions au fond, de conclusions en réponse à la demande de transmission d’une question prioritaire de constitutionnalité et la présence à une audience avec la citation de deux témoins. Il leur sera donc attribué à chacune au titre de l’article 475-1 du code de procédure pénale la somme de 2000 euros. » Ce sont des associations qui persécutent un vieillard dont la parole est libre et ce sont elles que l’on considère comme des victimes et auxquelles on octroie une réparation financière pour préjudice moral. On marche sur la tête !
Pour la petite histoire, ajoutons que le tribunal a relaxé le président de l’ADMP pour avoir dit aussi que « Pétain était le premier résistant de France ». Il était en effet difficile juridiquement de le condamner pour contestation publique de crime contre l’humanité pour avoir tenu ces propos. C’est le seul point positif de ce jugement, la seule chose à se mettre sous la dent si l’on veut à tout prix être optimiste. Car pour le reste cette décision judiciaire démontre une fois encore que le poids de la chape de plomb qui nous étouffe est de plus en plus écrasant. Et que cela se produit — c’est sans doute ce qu’il y a de plus triste — dans l’indifférence générale. Et dans un silence sépulcral.

RIVAROL,<jeromebourbon@yahoo.fr>.

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Billet hebdomadaire

Les 85 ans de la mort d’Herman Wijns, le petit prêtre de Merksem

CE 26 MAI 2026, cela fait très exactement quatre-vingt-cinq ans qu’est mort en odeur de sainteté le petit Herman Wijns, un enfant flamand de dix ans d’une piété exceptionnelle, un apôtre de la Sainte Messe et du Sacerdoce. A une époque où triomphent l’erreur, le vice et toutes les laideurs, où l’apostasie est universelle, il est réconfortant de connaître— ou de se remémorer — la magnifique et brève vie du « petit prêtre de Merksem ». Car cette histoire ne date pas de plusieurs siècles mais se passe au XXe, pendant l’entre-deux-guerres et au début du deuxième conflit mondial. Herman aurait aujourd’hui quatre-vingt-quinze ans, ce qui est un âge avancé mais possible, le Bon Dieu a préféré le conduire dès 1941 dans son Royaume où il intercède pour tous ceux qui lui demandent des grâces, des faveurs, des bienfaits. Et ceux-là ne manquent pas, à en juger par le nombre des ex-voto — 1400 ! — sur sa tombe au cimetière de Merksem. 
Herman Wijns naît le 15 mars 1931. C’est l’enfant unique de Josef Wijns et Johanna Dens, un couple flamand jeune et dynamique de familles profondément chrétiennes marié depuis cinq ans et qui, malgré son ardent désir, n’a pu avoir d’enfants plus tôt. Après la naissance d’Herman, à la suite d’une intervention chirurgicale de Madame Wijns, le médecin prévient que le couple n’aura plus jamais d’enfant. Herman restera donc leur fils unique. Sur l’avenue Breda à Merksem, un quartier d’Anvers, les Wijns sont propriétaires d’une grande boucherie et emploient sept commis. Las, en 1937, le malheur frappe la famille. Généreux, Josef Wijns s’est porté garant pour une connaissance qui voulait ouvrir un grand commerce. A cause de la crise, ce commerce fait faillite. Par désespoir et faiblesse humaine, l’homme se suicide. Ainsi, les difficultés retombent sur les épaules de M. Wijns. Il est rendu financièrement responsable. Puisqu’il n’a pas assez d’argent, il est obligé de vendre en catastrophe sa boucherie pour payer les dettes. Et c’est ainsi que le père Wijns se trouve pratiquement d’un jour à l’autre dans la rue avec son épouse et son enfant. Il est chômeur. La famille, autrefois aisée, se retrouve dans la misère. Herman ne se plaint pas. Pas même lorsqu’il est privé de pain à table et qu’il a faim. Cette épreuve familiale fait grandir sa vie spirituelle qui se développe et s’épanouit. Herman se retire chaque soir dans sa chambre pour prier longuement, intensément. Il récite trois chapelets tous les jours, se rend à la messe quotidiennement. Une fois, sa mère le découvre endormi, agenouillé devant son lit, le Rosaire dans une main, son livre de prières dans l’autre. A sa question : « Mais qu’est-ce que tu fais si longtemps devant ton lit ? », Herman répond, la main gauche sur la poitrine et la main droite levée, le petit doigt désignant le Ciel : « C’est une chose entre moi-même et là-haut, Maman. ». Sa Première communion, le 14 juin 1937, à six ans, est le plus beau jour de sa vie. Quand il entre, avec ses camarades dans la chapelle de son école catholique, l’Institut Saint Edouard, dont il est l’élève studieux, gai, serviable et courageux depuis l’âge de cinq ans, il se sent au Ciel. L’autel rayonne de lumière et est superbement décoré avec des roses et des hortensias blancs. Puis Herman deviendra Croisé eucharistique et sera heureux et fier d’en porter l’insigne. 

PRÊTRE, SINON RIEN !” 

A son père qui lui demande ce qu’il veut faire plus tard, Herman répond nettement : « Prêtre, Papa, sinon rien ; d’abord, servant de messe, puis, prêtre ! » Lorsque Herman est enfin admis au service de la messe, il s’acquittera de cette fonction avec un sérieux et une piété remarquables, ne reculant devant aucune difficulté, aucune souffrance. Il sert la messe de six heures du matin et doit se lever tous les jours à 5 heures 30. Un jour, à cause du froid, il a des engelures qui le font atrocement souffrir. Les douleurs très vives dureront deux mois. Malgré les recommandations de ses parents qui l’encouragent à rester à la maison, il prend à pied chaque matin le chemin de l’église. Car il ne veut ni ne peut renoncer « à sa messe et à sa communion ». Alors qu’il fait encore nuit, l’hiver, une lampe dans une main, son chapelet dans l’autre, il avance péniblement dans la neige. Il tombe plusieurs fois, son pied heurtant une pierre. Il se relève, grimace de douleur mais continue son chemin jusqu’à l’église. Il sert consciencieusement la messe, le célébrant ne remarque rien. Les vraies douleurs sont muettes. Jésus Eucharistie le réconforte. Contrairement à ce que pensent souvent les non-croyants, le chrétien ne demande pas dans la sainte communion l’oubli mais la force. La force d’accomplir son devoir d’état, de faire face aux difficultés et épreuves de la vie, la force d’obéir, de faire la volonté de Dieu. De prier avec ferveur. Or, ce n’est pas facile de prier, ce l’est encore moins de bien prier. C’est une grâce qu’il convient d’implorer tant il est vrai qu’il faut demander pour recevoir, chercher pour trouver, frapper pour que le Bon Dieu nous ouvre. 
Un jour que le prêtre se retourne à l’Orate fratres, il voit l’enfant de chœur Herman tel un ange entouré d’un halo de lumière. Lors des bombardements en 1940, la famille Wijns va se cacher sous l’escalier de la cave. Dans la fureur des attaques, Herman se met à genoux et commence à prier de tout son cœur le Rosaire. A ce moment-là on frappe très fort à la porte et des voisins paniqués entrent. Herman reprend sa prière. Elle est tellement belle, confiante et fervente que la famille, jusque-là non pratiquante, retrouve le chemin de la foi et de l’église. Un autre soir que les bombes tombent, que le bruit est infernal et assourdissant, que la maison tremble sur ses fondements et que les fenêtres éclatent, M. Wijns crie à son fils : « Herman, vite, en bas, à la cave. Tu n’entends ou tu ne vois donc rien ! » Et l’enfant de s’éveiller, de monter sur son lit et de montrer le crucifix au-dessus de sa tête en disant calmement « Papa, et celui-ci alors ! », et il retourne sous ses draps. Herman a toute confiance en Dieu. Un jour que son père accablé par le malheur, désespéré de ne toujours pas retrouver de travail, dit à son fils pendant la prière : « Oh Herman, à quoi bon cette prière ? Plus nous prions, moins le Bon Dieu nous écoute », l’enfant, d’un bond, se met debout, empoigne de ses mains innocentes la tête de son père et, le fixant au fond des yeux, lui répond d’une voix qui tremble : « La valeur de la prière est dans la persévérance, sinon elle n’a pas de sens ». Et en effet, au dernier jour de la vingt-cinquième neuvaine de prières consécutive qu’Herman fera à saint Joseph pour que son père retrouve un travail, M. Wijns obtient enfin un nouvel emploi au ministère. 

MON ÉGLISE, MON ÉGLISE, PLUS JAMAIS JE N’Y ENTRERAI” 

Le samedi 24 mai 1941, Madame Wijns demande à Herman, tout juste âgé de 10 ans, de l’accompagner chez le boucher. Herman rechigne car ce boucher dit beaucoup de jurons. Mais en fils obéissant, l’enfant se soumet. Quand il entre dans la boucherie avec sa mère, les deux jeunes fils du boucher demandent à Herman s’il a envie de venir voir les poussins. Herman est content de suivre les garçons, cela lui évite d’entendre malgré lui tous ces jurons. Pendant qu’ils sont occupés à admirer les poussins, Willy, l’ami d’Herman, l’appelle. Il habite à côté de chez le boucher. Herman saute sur le poulailler pour voir Willy. « Tu sers la messe à quelle heure demain ? » lui demande Willy. « La première messe, comme toujours », répond Herman. Les deux garçons du boucher ont envie de s’amuser et tentent de faire tomber Herman du poulailler. Ils prennent un ballon crevé, le remplissent d’eau et le lancent à Herman. Il crie : « Faites attention, j’ai mis mes vêtements du dimanche ». Mais plus il les conjure de le laisser tranquille, plus ils s’enhardissent à lui lancer la balle gonflée d’eau. Pour protéger ses vêtements, Herman se porte à gauche, à droite, recule, oubliant les limites du petit toit du poulailler. Tout à coup c’est le drame : le pied droit se pose dans le vide, Herman tombe à la renverse, sa jambe gauche s’enfonce dans la vitre de la fenêtre de ce réduit. Et l’enfant s’abat au sol avec un grand cri. La jambe ensanglantée, Herman essaie de se relever. Un éclat de verre, entré dans le jarret, a coupé le tendon et percé l’artère. Se comprimant la jambe des deux mains, il retourne à la cuisine, soutenu par ses deux camarades. Le sang sort de la plaie à grands flots. Madame Wijns, qui a aperçu la voix de son fils, est déjà là, éperdue. Elle l’empoigne et l’emporte chez le Docteur, sans songer à arrêter le flux de sang. Pour sa mère, porter un enfant de dix ans si loin est très lourd, et le fait de voir son fils unique tellement souffrir rend la situation encore plus douloureuse. En chemin, la mère et l’enfant arrivent à la hauteur de l’église. Herman lève la tête et s’exclame de manière mélancolique et prophétique : « Oh ! Mon église ! Mon église ! Plus jamais je n’y entrerai ! ». Bien qu’il y ait foule dans la rue, en ce jour de Notre-Dame Auxiliatrice, une fête de la Sainte Vierge dont Herman est particulièrement dévot, comme saint Jean Bosco, personne ne songe à aider cette mère en désarroi. 
Toutefois, ému par la situation, un officier allemand se fraye un chemin à travers la foule pour arriver auprès de la mère Wijns. Charitable, le militaire déchire l’ourlet de son manteau pour en faire un bandage qu’il emploie pour ligaturer la jambe d’Herman. Il fait signe à un cycliste de mettre l’enfant sur sa bicyclette et de le conduire chez le médecin, ce que l’homme fait volontiers. On voit là que cet officier allemand a agi avec noblesse et charité et qu’on est là à des années-lumière des portraits de brutes épaisses que l’on dépeint complaisamment à propos de l’occupant allemand. Dans cette histoire, ce ne sont pas les compatriotes flamands d’Herman qui ont agi en bon samaritain, c’est l’officier étranger d’une armée d’occupation, cela donne à réfléchir. Le médecin est absent et les premiers soins sont prodigués par son épouse. Bouleversée par le courage et la gentillesse d’Hermanneke (le petit Herman), elle ne peut pas résister à embrasser l’enfant. Quand son mari médecin rentre, il est manifestement préoccupé par la blessure du garçon, il enlève les bandages et déclare qu’Herman doit aller à l’hôpital sur-le-champ. La petite jambe doit en effet être opérée d’urgence. 

DES FAITS SURNATURELS 

Deux jours plus tard, après plusieurs opérations et après avoir offert ses souffrances et reçu l’Extrême Onction, Herman meurt, le lundi 26 mai 1941 à 19h30, d’une méningite en récitant pieusement les prières de la messe du dimanche après l’Ascension qu’il connaissait par cœur. Toutefois, bien qu’Herman soit mort, un phénomène étrange se produit. Il semble survivre. Son sang ne se coagule pas et son corps reste souple. Des tentatives répétées pour lui fermer les yeux et plier ses petites mains dans une position de prière restent peine perdue. Chaque fois les yeux se rouvrent et les mains retombent à côté de son corps. Surpris, les médecins renvoient Herman à la table d’opération pour une analyse. Ils constatent la mort clinique mais le petit corps n’en montre aucun signe, ce qui les empêche de donner l’autorisation pour l’enterrer. Sur les instances des malades, le petit corps peut encore rester deux jours dans l’infirmerie. Le troisième jour, le corps est conduit à la maison où on le met à reposer sur une table qui a été transformée en catafalque. Chaque jour le petit corps est examiné par les médecins. Après une nouvelle analyse, l’autorisation est donnée pour l’enterrement. Une profusion de fleurs et de couronnes est déposée en témoignage d’amitié et d’amour pour l’enfant, croisé eucharistique et enfant de chœur modèle. Herman avait prédit sa mort plusieurs mois avant qu’elle se produisît. Des paroles que ses parents avaient sur le moment considérées comme des enfantillages se sont révélées prophétiques. 
Ainsi, un jour, Madame Wijns surprend son fils en train de prendre des mesures dans sa chambre. 
« — Mais qu’est-ce que tu fais ? 
— Je pense que les menuisiers devront me fabriquer un assez grand cercueil. » 
Une autre fois, Herman compte toutes les chaises disponibles qu’il range autour de la table de la salle à manger. Et Herman de demander : 
« — Maman, y aura-t-il beaucoup de monde à ma Communion solennelle ? 
— Cela dépendra de la nourriture que nous trouverons, tu sais que tout est rationné. 
— Mamam, ajoute-t-il étonnamment, dis aux gens qui viendront de ne pas apporter de cadeaux, mais des fleurs. » Et en effet, à sa mort, il reçoit un océan de fleurs. Un autre jour, en revenant de la messe, il dit à sa mère : « — Maman, aujourd’hui, j’ai eu une très bonne communion. Je me suis entretenu avec Notre-Seigneur comme avec mon Papa. » 
Il ouvre son missel et montre quelques prières à sa mère : 
« — Si moi je dis ces prières, toi, tu viendras avec moi à la messe ? 
— Herman, c’est très beau, mais je n’ai pas le temps. 
— Maman, tu n’as pas le temps maintenant, mais quand Herman sera mort, tu auras le temps. » 
Etrange prémonition, mais il en est d’autres. Le matin même du 24 mai, le jour de son accident mortel, Herman entend sa mère lui dire que le soir elle ira voir un film tourné dans le quartier. A midi, il lui demande : 
« — Maman, je peux te dire quelque chose ? 
— Tu peux toujours tout demander à Maman. 
— Tu ne vas pas te fâcher, Maman. 
— Pourquoi me fâcherai-je ? 
— Ma petite Maman, il ne faut pas aller voir ce film, il est mauvais. 
— Oh, qu’est-ce que cela peut te faire, petit garçon ? 
— Non, il ne faut pas y aller. 
— Bon, c’est assez, je n’ai pas de leçon à recevoir de toi. 
— Alors, si tu y vas, moi, je n’irai plus à l’église ! » Et en effet Herman n’ira plus à l’église puisqu’il aura son accident et mourra deux jours plus tard. Ce qui empêchera sa mère d’aller voir ce mauvais film. Dans la bouche d’Herman, ce n’est pas là une menace, encore moins un chantage puisqu’après son accident, en passant devant son église, il se désole de ne plus jamais pouvoir y retourner. C’est donc une prémonition. 

IL Y AURA DES SAINTS PARMI LES ENFANTS” 

En 1910, le Pape saint Pie X demande dans l’encyclique Quam Singularis que les enfants puissent communier à partir de 7 ans. Le Souverain Pontife pose deux conditions : l’enfant doit pouvoir distinguer le pain ordinaire du pain eucharistique et croire en Dieu, à la Trinité et à l’Incarnation. Saint Pie X le dit avec force : « Non, non, aucun fidèle ne doit en être exclu pourvu que ces deux conditions seulement soit gardées : être en état de grâce et s’approcher de la Sainte Table avec une intention pieuse et droite ». Il encourage la communion des tout-petits : « Dès qu’un petit enfant sait discerner le pain Eucharistique du pain ordinaire, il a ce qu’on appelle l’âge de raison. Or, à l’âge de raison, l’enfant est obligé, comme tous les fidèles, de se confesser et de communier une fois par an. Les petits enfants peuvent communier, les petits enfants doivent communier. Jésus les aime d’un amour de prédilection. » Le 3 juin 1951, en proclamant Pie X bienheureux, Pie XII déclarait au sujet de son prédécesseur : « C’était à Pie X, lui qui avait une âme évangéliquement enfantine, qu’il revenait de donner Jésus aux enfants et les enfants à Jésus. » En permettant aux enfants de recevoir très jeunes le pain eucharistique, saint Pie X avait prédit : « Il y aura des saints parmi les enfants ». Et en effet, dans les années qui ont suivi cette décision pontificale, de nombreux enfants recevant régulièrement la Sainte Eucharistie ont connu des progrès foudroyants vers une sainteté consommée. 
Les Anne de Guigné (1911-1922), les Guy de Fontgalland (1913-1925), les Herman Wijns (1931-1941) — après la petite Nellie Organ (1903-1908) en Irlande dont l’extraordinaire dévotion à l’Eucharistie avait impressionné le pape saint Pie X et l’avait encouragé à permettre aux enfants dès l’âge de raison de recevoir la sainte communion — témoignent de la puissance et des merveilles de la grâce chez les enfants nourris du pain eucharistique et de l’oraison. Jésus n’avait-il pas dit à ses disciples : « Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les empêchez point, car le Royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. » (Matthieu XIX, 14) ? 
Lorsque le chemin de la vie spirituelle n’est pas encombré de chutes à répétition, obstrué par le péché, qu’il est une continuelle ascension, lorsque la grâce baptismale n’a jamais été perdue, une âme d’enfant peut alors atteindre des sommets inouïs dans l’union, la vie intime avec son Divin Maître, dans le compagnonnage amoureux avec le Christ. La pureté, l’innocence, la foi, la franchise, la simplicité, la droiture, la confiance, la saine intransigeance de l’enfance, telles sont les vertus des élus. Tel est le chemin qui guide au Ciel. Là où il n’est plus ni maladie ni fatigue ni souffrance ni ignorance ni incompréhension ni doute ni obscurité ni faiblesse ni trahison. Là où le temps cède la place à une éternité bienheureuse, ce qui est fini à ce qui est infini, ce qui est fugace à ce qui est éternel. Là où tout n’est que certitude, quiétude et béatitude, lumière, paix et félicité, éternel rafraîchissement, entier rassasiement et perpétuel ravissement. Là enfin où s’achève ce qui est de la terre pour laisser place au face à face immuable, au cœur à cœur ineffable avec le Tout-Puissant.

Jérôme BOURBON. 

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Maison d’Herman qu’on peut visiter : Van Heybeeckstraat 23, 2170 Anvers, Belgique (le cimetière où il repose est au bout de la rue à droite) https://www.hermanwijns.be.Tél. : 00-32-(0)- 48-76-78-939. Bibliographie : Père Omer Van de Vijvere et Frère Marius-Jean, Herman Wijns, Le Petit prêtre de Merksem. Editions Jules Hovinè, 1973. Lucienne de Maeght, Herman Wijns, un aimant de l’amour, 1993. Michel de Crousnilhon, Herman Wijns, l’enfant prêtre, Les Presses du Midi, 2017.