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n°3712 du 10/6/2026 (Papier)

Editorial

Les leçons de l’assassinat de Lyhanna 

QUAND ELLE LE VEUT, la justice sait être rapide. Ce lundi 8 juin Vincent Reynouard était condamné à 10 mois de prison ferme non aménageables pour contestation publique de l’existence de crimes contre l’humanité et injure à caractère racial pour des passages de ses vidéos et de son dernier livre sur la Shoah, à une interdiction de six mois des réseaux sociaux et devra verser 10 000 euros de dommages et intérêts et pour le paiement des frais d’avocats aux quatre associations parties civiles habituelles (la LICRA, le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme, l’Organisation juive européenne et l’Observatoire juif de France). Même si le révisionniste quinquagénaire fait appel de la décision, ce qui suspend l’exécution de la peine, le spectre de la prison se rapproche de plus en plus d’autant que l’auteur de livres sur Oradour a déjà été condamné à ce jour à près de trois ans de prison à exécuter sous le régime du bracelet électronique. De même le site de la révisionniste et traductrice Valérie Devon (Didi 18) a-t-il été rendu impossible d’accès et déréférencé par décision de justice. C’est dire que Thémis sait se montrer rapide et efficace quand il s’agit de délinquants de la pensée.
En revanche, lorsqu’il s’agit de criminels sexuels, tout devient plus lent et plus compliqué comme en témoigne la dramatique affaire Lyhanna. Cette fillette de onze ans, élève en classe de sixième dans un collège de Fleurance dans le Gers, a en effet été enlevée, séquestrée et assassinée, probablement après avoir été violée, le 29 mai par un homme de 41 ans, déjà connu pour avoir commis des viols et des agressions sexuelles sur mineures. Un témoin a vu la fillette dans la voiture de cet homme à la sortie du collège. Le 4 juin on a retrouvé le corps de la victime à Puycasquier, dans une zone rurale du Gers près d’un silo agricole d’une coopérative pour laquelle son bourreau avait travaillé auparavant.

TOUT CELA est absolument terrifiant mais ce qui ajoute encore à l’émotion et à la colère, c’est que cet individu, comme c’est hélas le cas le plus souvent pour les criminels, et singulièrement pour les délinquants et criminels sexuels, est un multirécidiviste qui a été laissé toutes ces années dans la nature, libre de commettre ses ignominies, de briser des vies. Et pourtant les alertes n’ont pas manqué. En 2017, un signalement est effectué par la gendarmerie concernant une relation avec une mineure de 17 ans, classé sans suite car la relation aurait été qualifiée de “consentie” au regard de la loi (sic !) En 2021, il est démis de ses fonctions au sein d’un établissement scolaire de Lectoure en raison de comportements jugés inappropriés — qu’en termes pudiques ces choses-là sont-elles dites ! — mais rien ne se passe. L’homme reste totalement libre de ses mouvements. En 2022, une plainte pour viol sur une enfant de sept ans — oui, 7 ans ! — est déposée à son encontre, mais classée sans suite en mai 2024 comme infraction insuffisamment caractérisée. On croit rêver (ou plutôt cauchemarder) ! En août 2025, une plainte pour des viols présumés commis entre 2024 et 2025 sur une mineure de 12 ans, amie de ses filles — car comme souvent dans ce genre de dossiers l’homme joue au bon père de famille — est enregistrée. Cette procédure était théoriquement toujours en cours au moment de la disparition de Lyhanna mais le quadragénaire n’a jamais été entendu pour ces faits, l’instruction de la plainte étant retardée par des questions de compétences territoriales entre parquets. Quand il s’est agi d’emprisonner puis d’extrader contrairement à la loi britannique Vincent Reynouard, là on ne s’est pas posé de problème de compétence entre différentes juridictions. A la suite de la médiatisation de l’affaire Lyhanna, d’autres signalements pour agressions antérieures sont enfin transmis aux parquets des Côtes-d’Armor et du Tarn-et-Garonne. 
Il y a quelques semaines seulement, fin avril, on apprenait qu’un homme, lui aussi apparemment bon père de famille, lui aussi quadragénaire, profitait, dans un village du Rhône, à Lucenay, de « soirées pyjamas » organisées dans sa maison pour droguer à leur insu et violer des garçonnets — car là toutes les victimes étaient des garçons, 34 au total ! — de trois à neuf ans et, en jouisseur sadique, il gardait méticuleusement dans son ordinateur les preuves de ses abominations, filmait ses viols qu’il pratiquait en les douchant ou dans leur lit à son domicile après les avoir drogués. Cela là aussi a duré des années, c’est à peine croyable. Les parents des petites victimes s’étonnaient que leur enfant était tout à coup pris de terreur nocturne, se mettait à crier, à pleurer, avait des maux de ventre inexpliqués, changeait de comportement du tout au tout. Il n’est rien de pire que de s’en prendre à l’enfance, de souiller, de profaner, l’innocence. Le Christ a des propos définitifs à ce sujet dans l’Evangile : « Celui qui est un scandale pour un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer ».

DANS TOUTES CES affaires sordides et effrayantes, on mesure à quel point notre société est profondément malade. En 1984, l’affaire Grégory, du nom de ce petit garçon tué, semble-t-il, dans le cadre d’une vengeance familiale, avait ému la France entière car c’était encore un cas tout à fait exceptionnel dans les annales judiciaires qu’on s’en prenne ainsi à un petit dans notre pays. Quarante ans plus tard, il ne se passe quasiment pas une semaine sans qu’on apprenne la mort, le viol, les tortures, l’agression d’un enfant ou d’un adolescent. C’est devenu un fait divers, tristement banal dont les présentateurs de radios et de chaînes d’information continue font part en quelques secondes seulement entre le résultat d’un match de football et l’annonce d’un concert d’une star de la pop music. Car il n’y aucune hiérarchie dans l’information. Le martyre d’un enfant ne vaut pas plus que l’annonce d’un spectacle sportif, Cela en dit long aussi sur l’amoralité de notre société.
Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a beau présenter ses excuses, de manière théâtrale et certainement insincère, sur un plateau télévisé, pour les « dysfonctionnements de la Justice » ayant permis l’assassinat de la petite Lyhanna, on a beau organiser à nouveau une marche blanche, comme c’est le cas à chaque fois qu’un mineur est ainsi assassiné, on a beau sortir les fleurs, les bougies et les mouchoirs,  on sait d’avance hélas que ce crime ne sera pas le dernier et au contraire que ces abominations  sans nom vont se multiplier car tout est fait pour cela. En abolissant la peine de mort pour les assassins le 9 octobre 1981, il y a quarante-cinq ans cette année, et en panthéonisant l’auteur de cette ignominie, Robert Badinter, le 9 octobre 2025, on a ouvert la boîte de Pandore. On ne protège plus l’enfance. Seule la peine capitale interdit la récidive car un prisonnier ne reste jamais à vie derrière les barreaux et peut donc recommencer à sa sortie. De plus, il peut toujours s’évader. Par ailleurs, au moins pour un certain nombre de crimes, la peine capitale est dissuasive. Sauf à être totalement fou, suicidaire ou dans un total sentiment d’impunité, un homme qui sait qu’il risque sa tête réfléchit en général à deux fois avant de commettre un crime. Une société qui n’est plus capable de protéger ses enfants est sans avenir et ne mérite pas de durer. Ce n’est d’ailleurs pas seulement les délinquants sexuels dont les enfants sont victimes mais c’est aussi l’idéologie homosexualiste et transsexualiste qui est imposée aux petits de manière ignominieuse à l’école, les exhortant à changer de sexe, à se mutiler ou à adopter des mœurs contre-nature. Là aussi n’est-ce pas un crime abominable ?

DANS LA BANALISATION et la multiplication de ces viols et disparitions d’enfants on ne peut non plus passer sous silence le rôle de pousse-au-crime de l’industrie pornographique. On dénonce les porcs mais s’il y a des porcs c’est qu’il y a une porcherie qui est la pornographie. Laquelle devrait être purement et simplement interdite. On constate que tous les délinquants sexuels sont des consommateurs assidus voire maladifs de pornographie, souvent très violente. C’est le cas notoirement pour tous les violeurs de Gisèle Pelicot. C’est généralement le cas dans toutes ces affaires effrayantes. D’ailleurs, l’agresseur éprouve habituellement le besoin de filmer ses crimes et de ranger tout cela dans son ordinateur pour se délecter de son sadisme. Et au fond n’est-ce pas cela l’affaire Epstein, n’est-ce pas cela le satanisme ? Jouir en faisant souffrir l’innocence, en martyrisant l’enfance, en tuant des bébés à Gaza, en les affamant, en les assoiffant, en tirant dessus comme on tire sur des pigeons, en détruisant des hôpitaux, en achevant des malades, des infirmes, en violant des prisonniers palestiniens ? 
Comment également ne pas incriminer dans cette multiplication des crimes contre les enfants la constitutionnalisation de l’avortement votée quasiment comme un seul homme le 4 mars 2024, de la France insoumise au Rassemblement national, par le Parlement réuni en Congrès à Versailles ? Si on peut se débarrasser d’un enfant à naître comme si ce n’était qu’un simple amas de cellules, si on peut sacrifier par aspiration et écrasement du crâne le fruit de ses entrailles sur l’autel de l’individualisme et de l’égoïsme, si l’on peut tuer un être humain qui a un cœur qui bat et qui ne demande qu’à aimer et à être aimé, alors l’enfant est forcément désacralisé. Si on peut éliminer un petit avant qu’il naisse, mais déjà formé dans le ventre de sa mère, et si cette élimination est considérée comme un droit fondamental, une conquête indépassable, une liberté gravée dans le marbre constitutionnel, garantie par notre texte fondamental, pourquoi ne pourrait-il pas l’être une fois né ? N’assiste-t-on d’ailleurs pas de nos jours à la multiplication d’infanticides rebaptisés en déni de grossesse et où la mère tue son bébé en le mettant dans le congélateur, dans un sac-poubelle ou en l’abandonnant dans la rue ? C’est l’avortement au-delà des neuf mois de grossesse !

LA DESTRUCTION de la cellule familiale favorise aussi les agressions contre les enfants. Dans les affaires de violence contre des mineurs, on s’aperçoit que c’est souvent le beau-père ou parfois la belle-mère qui est le bourreau. Il ou elle ne supporte pas les enfants de son conjoint qui ne sont pas les siens et cela peut aller parfois jusqu’à la haine homicide. Les media ont récemment évoqué ce père de famille qui faisait vivre depuis plusieurs années son garçon secrètement à l’arrière de sa camionnette, lui donnant à peine à manger et à boire, et ne changeant presque jamais ses couches sales car sa concubine ne supportait pas ce fils qui n’était pas le sien, qu’elle voulait voir disparaître et dont elle affirmait qu’il avait des problèmes psychiatriques alors même qu’avant sa déscolarisation il avait d’excellents résultats à l’école et était considéré comme un garçon tout à fait normal. Jusqu’où peut aller la cruauté humaine ?
Enfin, comment ne pas voir dans l’explosion de ces crimes de masse la conséquence funeste de la perte générale de la foi et donc de la morale ? Lorsqu’on enlève Dieu de l’équation, lorsqu’on le chasse de l’intelligence et du cœur de l’homme, cela n’est pas sans effets considérables, incommensurables pour l’individu, le couple, la famille, l’entreprise, la société tout entière. « Si Dieu n’existe pas, tout est permis » écrivait Dostoievski. S’il n’y a ni Enfer ni paradis, ni rétribution du bien ni châtiment du mal dans un autre monde, si la vie ici-bas s’achève sans plus de raison qu’elle n’a commencé, qu’il n’y a rien après la mort, que finalement le monde n’a pas de sens, que tout est le fruit du hasard, alors pourquoi se dévouer, faire des efforts, avoir soin de son prochain, pourquoi ne pas jouir sans entraves, sans limites, sans trêve, sans se soucier du mal que l’on peut faire à autrui ? On objectera que des croyants, que des prêtres eux-mêmes peuvent parfois commettre des choses innommables sur des enfants. C’est malheureusement vrai. Mais ces clercs ont-ils la foi ? C’est douteux. En tout cas, ils n’ont pas la crainte de Dieu qui est l’un des sept dons du Saint-Esprit. L’Ecriture n’enseigne-t-elle pas qu’il faut faire son salut avec crainte et tremblement ? Une crainte qui n’est pas servile sans doute mais filiale car Dieu est un Père miséricordieux mais une vraie crainte quand même car de Dieu on ne se moque pas. On ne comprend rien à l’Evangile, rien à la religion catholique si on ne saisit pas qu’ils reposent avant tout sur l’esprit d’enfance, cet esprit fait d’innocence, de pureté, de spontanéité, de franchise, de confiance, de saine intransigeance et sur la défense et la protection de ces tout-petits dont le Christ a dit que le Royaume des Cieux est précisément à ceux qui leur ressemblent.

RIVAROL,<jeromebourbon@yahoo.fr>.

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Billet hebdomadaire

Ce qui attend la France

Dans dix mois aura lieu la prochaine élection présidentielle. Mais l’expérience des dernières décennies a montré que ce sont les forces oligarchiques qui dirigent réellement la France qui mettent en scène le théâtre électoral. Le mirage démocratique s’est évanoui et a laissé apparaître la réalité du politique, à savoir la confrontation des intérêts privés et des intérêts de la nation.
La séquence historique que traverse la France depuis plus de 10 ans est ponctuée de révoltes chroniques depuis les Bonnets rouges (en référence à la révolte antifiscale du papier timbré de 1675, après la hausse des taxes, dont celle sur le papier timbré) de 2013. De quoi ces révoltes à répétition sont-elles le nom ? 

IMPÔT BANCAIRE ET RÉVOLTES À RÉPÉTITION 

En 2013, la révolte des bonnets rouges est venue des patrons bretons qui se sont levés contre l’écotaxe. « Imaginée en 2007 lors du Grenelle de l’Environnement, la taxe écologique avait été votée à l’unanimité en 2009, déclenchant l’ire des patrons bretons qui seront déjà plus d’un millier à manifester aux portes de la Bretagne. Réunis dans un “Collectif des acteurs économiques bretons”, qui rassemble FRSEA, Medef, CCI, ou encore la Fédération nationale des transporteurs routiers, ils obtiennent pour la Bretagne un abattement de 50 %. » 
Cette taxe visait 800 000 poids lourds sur le réseau non payant. Le 26 octobre 2013, mille manifestants convergent vers le dernier portique du Finistère à Pont-de-Buis, avec 250 camions, des tracteurs, des remorques pleines de pneus, de choux-fleurs, des bottes de paille et aussi 900 bonnets rouges. Des affrontements éclatent entre forces de l’ordre et manifestants dont un qui a eu la main arrachée. Début novembre 2013, les Bonnets rouges sont entre 15 000 et 30 000 à manifester à Quimper. Puis, dans toute la France, des radars sont ciblés et des bornes écotaxe détruites. L’écotaxe est suspendue en octobre 2014 et supprimée par l’Assemblée nationale en novembre 2016. 
Lors de ce mouvement, précédent de cinq ans les Gilets jaunes, des petits patrons défilaient avec leurs salariés. On retrouvera d’ailleurs des petits patrons au début du mouvement des Gilets jaunes qui a démarré avec l’opposition à l’augmentation de la taxe sur les carburants. 
La majorité des Français était favorable aux Gilets jaunes dans les débuts du mouvement, en novembre 2018, avec un taux de soutien et de sympathie s’élevant à 71 %, et dans la petite bourgeoisie CPIS (Cadres et professions intellectuelles supérieures) 60 % soutenaient et avaient de la sympathie pour les Gilets jaunes. Chose encore plus curieuse, le journal de la commune la plus riche de France, Neuilly Magazine, publie en décembre 2018 un article de deux pages intitulé « Les Neuilléens solidaires des Gilets jaunes ».
Par la suite, la confrontation violente entre la police et les Gilets jaunes a ramené dans le parti de l’ordre une partie de la petite bourgeoisie. Le soutien aux Gilets jaunes a faibli, « en premier lieu, chez les cadres, suivis, comme il est d’usage, par les professions intermédiaires dont les oscillations, les hésitations, l’indécision maintiennent le système en état de flottaison et de flottement. Les catégories les plus populaires — ouvriers et employés — sont restés plus fidèles au mouvement. » 
Même dans la catégorie CPIS, l’hostilité aux Gilets jaunes, en mars 2019, n’est même pas franchement majoritaire : 42 % de soutien/sympathie et 43 % d’hostilité.
Sur la totalité de la population, le taux de soutien aux Gilets jaunes est passé de 71 % en novembre 2018 à 46 % en mars 2019, et le taux d’opposition, de 11 à 36 %. 
C’est aussi en cela que le mouvement était dangereux. Il était soutenu par la majorité des Français. Raison pour laquelle il faut rendre chaque révolte détestable aux yeux des Français, en particulier la bourgeoisie, en mettant les mouvements de révoltes sous la direction des syndicats, des gauchistes et des étudiants, et en utilisant des casseurs. Fort de son expérience face aux Gilets jaunes, le pouvoir a su neutraliser le mouvement de blocage du 10 septembre 2025.
Les Gilets jaunes étaient des Français aux revenus modestes : entre 1 000 et 1 500 euros net mensuels. En 2021, le mouvement contre le pass sanitaire et le pass vaccinal a vu des catégories socio-professionnelles supérieures entrer dans la révolte contre le pouvoir tyrannique, comme l’a souligné Stéphane Sirot, spécialiste des grèves et du syndicalisme : « Les manifestants sont assez diplômés et font partie, pour un certain nombre d’entre eux, de ce qu’on appelle communément les classes moyennes »
L’offensive écologico-financière contre le tissu économique fera réagir à terme les petits patrons et les patrons de PME/PMI. Nous entrerions alors de plain-pied dans une lutte ouverte qui est rendue possible par l’existence et la désignation d’un ennemi commun visible. Cet ennemi commun se désignant lui-même comme tel, en attaquant simultanément les travailleurs et les entreprises.

L’HISTOIRE SE RÉPÈTE 

Une étude comparative historique entre les séquences 1920-1930 et 2000-2020 laisse apparaître des similitudes frappantes. Une centaine d’années nous sépare de la Première Guerre mondiale, du traité de Versailles, de l’avènement du fascisme et du totalitarisme bolchevique. 
La décennie 1920 s’est conclue par la crise financière (1929). Les dérives de la Haute finance ont conduit au New Deal aux États-Unis et à la séparation des banques de dépôts et des banques d’affaires. Les convulsions politico-économiques en Europe ont amené Mussolini (1922-1943) au pouvoir en Italie et Adolf Hitler (1933-1945) en Allemagne. Le Front populaire en France n’a pas fait long feu ; il a entraîné le pays dans la débâcle et a dû voter les pleins pouvoirs à un militaire, le Maréchal Pétain, dans la pure tradition romaine. 
En 1936, un autre militaire prend le pouvoir en Espagne, Francisco Franco ; et il s’y maintient jusqu’en 1975. En 1926, un coup d’État militaire instaure une dictature au Portugal. Dans le nouveau régime, Antonio de Oliveira Salazar devient en 1932 Premier ministre (jusqu’en 1968) après avoir été ministre des Finances. En 1933, Salazar proclame L’État nouveau (« Estado Novo ») qui succède à la dictature.
En Autriche, Engelbert Dollfuss devient chancelier en 1932 (il est assassiné en 1934) et instaure une dictature centralisatrice. 
En résumé, les suites de la guerre et de la crise financière ont déstabilisé nombre de régimes européens qui ont laissé leur place à des pouvoirs autoritaires et dictatoriaux, conformément à la tradition romaine. Car n’oublions pas que c’est l’héritage de Rome, continué par l’Église catholique, qui a donné naissance aux États d’Europe, précisément durant le haut Moyen Âge qui s’est caractérisé par une décadence socio-politique et un effondrement des valeurs morales, dont l’origine première fut la crise religieuse, comme de nos jours. 

L’EUROPE SOUS L’OMBRE DE ROME

L’héritage de Rome a traversé les âges, notamment par le Saint-Empire romain germanique qui n’a pris fin qu’en 1803 — date de la résolution (recès) de la dernière séance de la Diète d’Empire. 
Jusqu’à l’époque napoléonienne, Rome a subsisté, et avec elle, tout son appareil conceptuel politique, juridique et étatique. Rome n’est pas à placer historiquement dans la seule Antiquité ; Rome est contemporaine. Elle vit encore dans le droit européen, dans les constitutions des États. Les juristes européens, jusqu’à nos jours, étudient le droit romain, en sont imprégnés. 
Revenons à notre comparaison historique entre la séquence 2000-2020 et celle de 1920-1930. Mise en place d’état d’exception, crise financière, révoltes sociales, instauration d’un système totalitaire à échelle continentale, instabilité des régimes politiques, appauvrissement de masse, convergence d’intérêts entre les catégories populaires et la bourgeoisie industrielle (notamment en Italie). […]

Jean TERRIEN.