DES IMAGES apocalyptiques. Un spectacle désolant. Un sentiment de fin du monde. Des dizaines de kilomètres de forêts calcinées et encore fumantes. Au moment où nous bouclons ce numéro avant la traditionnelle pause du mois d’août, la France brûle, de la Corse aux Landes, du Var à la Gironde, département sinistré où le feu a déjà ravagé, à l’heure où nous écrivons ces lignes, 42 000 hectares tandis que 240 maisons ont été détruites, complètement dévastées, et 220 000 personnes, ce qui est considérable, ont été évacuées pour une durée indéterminée. 2750 sapeurs-pompiers, 1500 militaires, 1440 policiers et gendarmes et 18 engins aériens sont actuellement en action pour essayer de maîtriser cet orage de feu qui menace de surcroît quelque 15 000 entreprises, dont certaines très sensibles, et qui se rapproche dangereusement de l’agglomération bordelaise même si, en ce lundi 27 juillet, l’évacuation de la préfecture de la Gironde et de ses 268 000 habitants intra-muros n’est pas encore à l’ordre du jour. Alors que les autorités recommandent d’éviter la Gironde, les conditions de transports sont très difficiles. Depuis le dimanche 26 juillet au soir, l’autoroute A63 est fermée depuis le Pays basque en direction de Bordeaux. Le trafic ferroviaire, lui, est interrompu au sud de Bordeaux, vers le Pays basque et le Béarn.
La situation va-t-elle enfin être maîtrisée ou est-elle hors de contrôle ? Les sapeurs-pompiers qui payent un lourd tribut — trois sont morts depuis début juillet alors qu’ils accomplissaient leur mission de secours et 84 ont été blessés (chiffre provisoire) — et dont on ne saluera jamais assez le courage et la force d’âme craignent le retour de la canicule annoncée pour ce mercredi 29 juillet. Invité de RTL ce lundi matin, le lieutenant-colonel David Annotel a tenu des propos particulièrement inquiétants, assurant que la lutte contre les feux dans le Bordelais devrait se prolonger au-delà de l’été. Selon lui, « pendant de nombreuses semaines et de nombreux mois, il faudra prévoir des relèves qui continueront à venir de toute la France ». Le pompier a comparé ce feu gigantesque à celui de Landiras en 2022, qui n’avait été déclaré éteint qu’à la fin du mois de septembre. Imagine-t-on les dégâts humains, psychologiques, matériels et économiques si ce feu devait encore durer, comme le redoute ce pompier, des semaines voire des mois, jusqu’à ce qu’il soit complètement et définitivement éteint ?
LA SAISON des feux a démarré fort, dès le 3 juillet, dans notre pays avec un incendie dans la Drôme qui a brûlé plus de 4 000 hectares de forêts en quelques jours. Dans la même semaine, plus de 3 000 hectares étaient ravagés dans les Pyrénées-Orientales. Les incendies mobilisent des moyens de pompiers considérables. A Fontainebleau (Seine-et-Marne), près de 2 000 hectares ont brûlé. Afin de venir à bout de cet incendie hors norme pour la région parisienne, jusqu’à 1 000 pompiers ont été mobilisés. Pour la première fois, les Franciliens ont également pu apercevoir des moyens aériens, parmi lesquels deux Canadair ainsi que deux hélicoptères bombardiers d’eau. A la mi-juillet, la Sécurité civile avait déjà comptabilisé 11 000 feux sur notre territoire tandis que 35 000 hectares avaient déjà été touchés par les flammes. Nous en sommes aujourd’hui à 116 000, ce qui est un record historique absolu.
Quelles sont les causes de ces feux qui se multiplient en nombre, en intensité, en étendue, en dangerosité ? Elles sont multiples mais elles sont d’abord et avant tout, et on ne le dira jamais assez, d’origine humaine. On estime en effet que 90 % des incendies sont dus à l’homme, soit par négligence (un jet de cigarette restée allumée, un barbecue ou des activités de débroussaillage dans un sous-bois alors qu’il fait très sec), soit, et c’est le plus grave et c’est très loin hélas d’être rare, par malveillance, de manière volontaire, délibérée, préméditée, avec une intention criminelle. Beaucoup des feux en cours ont été allumés sciemment par des pyromanes. Et là encore on ne peut que constater le laxisme politique et judiciaire face à ces crimes. Sous Napoléon les pyromanes étaient fusillés. Tout individu qui allume un feu avec une intention malveillante, criminelle, devrait être passible de la peine de mort car les conséquences de ses actes sont souvent dramatiques, dévastatrices tant pour les biens que pour les personnes. Mais aussi pour la faune et la flore. A cause de ces agissements criminels des soldats du feu perdent la vie ou sont grièvement blessés, ou totalement épuisés, des foyers perdent à jamais leurs maisons avec tous leurs souvenirs, tous leurs biens de famille, ce qui est un traumatisme inouï, les effets sur la nature, l’environnement, l’économie sont incommensurables. Compte tenu du nombre de malades mentaux, de personnes déséquilibrées ou malfaisantes qu’il y a dans notre pays, il ne faut hélas s’étonner de rien. Qui est capable d’incendier une voiture, un camion, une boutique, du mobilier urbain est tout à fait à même de mettre le feu délibérément à un champ, à une forêt, à un sous-bois. Il serait très important de savoir précisément quelle est l’origine de tous ces feux mais il semble bien, notamment dans le cas de Fontainebleau, du Var et de la région de Béziers entre autres, qu’il s’agit d’incendies allumés volontairement par des pyromanes dans l’intention de nuire, de dévaster et probablement de tuer. Notre monde qui est complètement fou, qui est un véritable chaudron infernal, est capable de tout, et surtout du pire.
TANDIS QUE LA France brûle, les autorités semblent avoir d’autres priorités. Assez étrangement, ainsi que le remarque fort justement Magnus Martel dans son article sur les incendies, Emmanuel Macron, qui est pourtant d’ordinaire particulièrement volubile et qui ne manque pas une occasion de bavasser à propos de tout et de n’importe quoi et de se mettre en avant, est actuellement d’une discrétion de violette. Il a certes présidé ce lundi 27 juillet une cellule interministérielle de crise à propos des incendies en cours, a dit quelques mots brefs et tardifs lundi soir à Bordeaux mais il n’a fait à ce jour aucune allocution radiotélévisée officielle. Cela ne lui ressemble guère. Il a pourtant déjà longuement pris la parole pour des sujets de bien moindre importance et de bien moindre gravité. Que les flammes aient déjà dévasté 116 000 hectares, que 220 000 personnes a minima aient déjà été évacuées, que des milliers de nos compatriotes aient tout perdu auraient pourtant dû l’inciter à s’adresser solennellement et rapidement à la nation. Pour rendre compte le plus exactement possible de la situation, énumérer les moyens mis en œuvre pour remédier au désastre et appeler au courage, au calme, à la prudence et à la vigilance. C’eût été le moins qu’il pût faire dans des circonstances aussi exceptionnelles et aussi dramatiques.
Il faut dire que, comme d’habitude, les pouvoirs publics n’ont pas été à la hauteur de la situation. En 2024, une commande de deux Canadair a ainsi été annulée par le gouvernement Attal. Et actuellement sur les 12 Canadair que possède la France en métropole pour une superficie d’environ 550 000 kilomètres carrés, ce qui est dérisoire, sept seulement sont en fonction. Invitée de France Info le 27 juillet, Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, a benoîtement expliqué que, si à peine plus de la moitié de la flotte de Canadair est effectivement mise à contribution pour tenter de maîtriser le gigantesque incendie en Gironde, c’est parce que, « de manière régulière, [ils] sont mis à l’arrêt pour des périodes extrêmement courtes, quelques heures au maximum, pour pouvoir réaliser des maintenances » et que ces appareils « sont extrêmement sollicités, extrêmement utilisés, extrêmement éprouvés dans une période qui est exceptionnelle ». La flotte, il est vrai, est vieillissante : l’âge moyen des Canadair dépasse actuellement les trente ans et leurs effectifs sont sous-dimensionnés face à la multiplication des incendies, comme ceux en cours non seulement en Gironde, mais aussi dans les Landes ou dans le Var. Mais gouverner, c’est prévoir. Et d’abord prévoir le pire pour le conjurer, essayer à tout prix de s’en prémunir. Or, manifestement, une fois de plus, force est de constater que les gouvernements successifs n’ont rien prévu, rien anticipé, naviguant à vue et étant incapables de s’inscrire dans le temps long. Ce qui est d’ailleurs un des drames de la démocratie moderne où il y a des élections quasiment chaque année et où on ne voit et ne vise que le court terme : que faire et surtout que dire pour se faire élire ou réélire ?
MAIS, rassurons-nous, quand il s’agit d’organiser la répression contre les dissidents, les pouvoirs publics savent être au rendez-vous. Tandis que les incendies ravagent actuellement notre pays, le ministère de l’Intérieur envoie toutes affaires cessantes des gendarmes pour interdire, et au besoin, interrompre par la force, les spectacles de Dieudonné, y compris dans la région bordelaise où ils auraient pourtant mieux à faire avec l’orage de feu auquel la région fait face. Soit dit en passant ce sont d’ailleurs les mêmes qui se scandalisent de la perturbation du concert de la lesbienne juive et ultra-sioniste Barbara Butch par des militants pro-palestiniens proches de la France insoumise au nom de la liberté d’expression et de création qui approuvent et encouragent l’interdiction absolue, partout en France, et même ailleurs dans le monde, des spectacles, autrement plus réussis et spirituels, de Dieudonné. Quelle bande de tartuffes !
Le gouvernement d’ailleurs va toujours plus loin dans une répression qui confine à l’oppression. C’est ainsi que, le 9 juillet, Aurore Bergé, ministre délégué chargé de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations — tout un programme ! — a présenté en Conseil des ministres un projet de loi (qui sera examiné par le Sénat dès le mois d’octobre et par l’Assemblée nationale en fin d’année, l’objectif étant d’obtenir son adoption définitive avant la présidentielle du printemps 2027) visant à durcir encore l’arsenal répressif contre « le racisme, l’antisémitisme et le négationnisme ». Les élus coupables de ces délits seraient ainsi condamnés à une peine d’inéligibilité tandis que les magistrats auraient désormais la possibilité de délivrer un mandat d’arrêt ou de dépôt dès le jugement de première instance pour les personnes condamnées en correctionnelle pour ces motifs idéologiques. La folie ne connaît pas de limites !
RIVAROL,<jeromebourbon@yahoo.fr>.
Le retour de l’Affaire Epstein avec le décès “accidentel” (sic !) le 20 juillet 2026 d’Amar Siad, Algéro-Franco-Suédois, est tout sauf anecdotique, surtout après le suicide dans sa cellule de la Santé de Jean‑Luc Brunel, le 19 février 2022. Une dernière mort mal venue — car quoi de plus facile que de provoquer un apparent arrêt cardiaque ? — relançant des questions restées sans réponse. D’abord quant à l’effarante inertie judiciaire prévalant depuis la perquisition du 19 septembre 2022 de l’appartement du sieur Epstein sis au 22 avenue Foch. Puis quant à l’existence d’un réseau international de proxénétisme sous couvert de “mannequinat” dont la base opérationnelle aurait été Paris. Des filles achetées et vendues — et n’ayant eu que très rarement accès aux podiums de la mode déjantée et à ces carrières miroir aux alouettes pour jeunes gourdasses — comme moyen de chantage dans le cadre de manipulations et d’espionnage. Une affaire bien rodée, où les milliards côtoient les cours princières — celles de Norvège, du Royaume-Uni et des Émirats du Golfe — et où les secrets d’État extraits par l’entremise des alcôves, sont monnayés contre de la chair fraîche et autres accès aux lieux où la gentry du sexe à gogo transgressif s’en donne à cœur joie… Orgies satanistes, chimiquement stimulées où rôdent les tourments de malheureuses victimes dont le sang servira à l’hyperclasse — celle qui se place au-dessus des lois universelles, humaines et divines — pour sceller des pactes de sang invisibles et inviolables. Est-ce pur hasard si Hollywood cultive une appétence morbide pour les vampires, marginaux ennemis du genre humain mais aristocratiquement tout-puissants ?
Or, contrairement à ceux qui s’efforcent de nous faire croire qu’il s’agirait de simples et grandioses « ballets roses » 2.0 — et ils sont nombreux, notamment d’éminents criminologues du style Alain Bauer, ancien grand maître du Grand Orient, oublieux de citer Ehud Barak, ancien Premier ministre israélien, ami et « officier traitant » d’Epstein ! — il est ici question non seulement d’un “réseau” mais également d’un “système” d’emprise politique et financière à l’échelle de l’Occident pluriel. Dire qui en tire les ficelles, c’est éclairer d’un jour blafard la marche du monde et la gangrène qui le ronge. Sous la surface d’un utopique « État de Droit » grouille un monde souterrain — un underworld — au sein duquel les meurtres sont un moyen aussi ordinaire qu’expédient de contrôle social, politique et géopolitique. Comprenons que, lorsqu’on ne recule devant aucune méthode, les voies vers les verts pâturages du pouvoir sont grandes ouvertes. Ainsi, lorsque le choix est laissé entre accepter d’épaisses liasses de billets ou un ticket sur le « Lolita express » vers Little Saint James et une balle perdue au coin d’une rue — pensons par exemple, entre barbouzerie et mafias, à l’ex-ministre Joseph Fontanet abattu d’une balle de 11,43 devant son domicile le 31 janvier 1980 sous la présidence de M. Giscard d’Estaing à l’instar d’autres titulaires de maroquin [portefeuille], Jean de Broglie et Robert Boulin —, peu d’hommes hésitent dans le choix à faire.
QUOI QU’IL EN COÛTE
De nos jours l’assassinat politique — rebaptisé « assassinat ciblé » — est devenu une arme très ordinaire, parfaitement banale, pourrait-on dire, à commencer dans le cadre d’une stratégie de guerre indirecte et dont le grand promoteur a été aux États-Unis le Nobel de la Paix, Barak Obama au cours de ses deux mandats [571 frappes ciblées selon la New America Foundation, en majorité par drones, en général “validées” nominativement par la seule présidence], s’étant lui-même inspiré des listes de proscription [exécutions extra-judiciaires] du Mossad israélien en lutte contre les “terroristes”. Traduire : ceux qui n’acceptent pas l’occupation de la Palestine et entendent maintenant contrarier la bonne marche de la colonisation et de l’épuration ethnique forcée de Gaza et de la Cisjordanie. Aujourd’hui la nomenclature des terroristes — ou des gêneurs ou encore celle des apostats tel Charlie Kirk publiquement “exécuté” le 10 septembre 2025 sur le campus de l’Utah Valley University, qui ont voulu rompre leur pacte avec le diable — s’est considérablement allongée et étendue aux dirigeants et diplomates susceptibles d’engager Tel-Aviv dans des négociations où sa mauvaise foi et ses objectifs réels d’annexion territoriale et d’hégémonie régionale risqueraient d’être démasqués et éventuellement déjoués. Israël a en effet choisi — au moins depuis le 1er siècle et la prise du pouvoir religieux par les Pharisiens — de survivre à travers une guerre civile perpétuelle les opposant aux Gentils [les païens] et à leurs voisins ou à leurs semblables. Raison pour laquelle Israël assassine à présent toutes les personnalités iraniennes afin d’éviter qu’il reste un seul homme capable de représenter sa nation et de négocier jusqu’à obtenir d’insupportables concessions de la part des États-Unis. On l’a vu lors de la signature, le 17 juin, du Protocole d’Entente. Le but d’Israël, trop faible en poids démographique, trop dépendante des armes et des techniques du complexe militaro-industriel yankee, est d’instaurer et d’entretenir ab libitum, pour sa survie et sa prospérité, une gouvernance du et par le chaos, régionale et au-delà. Et surtout de ne pas se laisser dicter sa conduite par qui que ce soit, peu importe le coût humain tant que les morts ne sont ni juifs ni subsidiairement américains.
Il est clair que les chefs israéliens, d’hier et de maintenant, sont habités par la volonté farouche de n’accepter jamais aucun compromis avec ceux qui se mettent en travers de leurs ambitions à prétention messianique. Pour eux, il ne saurait y avoir d’autre issue que la destruction ou la capitulation sans condition de l’adversaire perçu a priori comme un ennemi existentiel voire ontologique, l’éternel Amalek ! Remarque valable donc depuis le 1er siècle de notre ère et la destruction du Temple en 70 par Titus, fils de Vespasien. Normalisant, banalisant des formes de guerre étrangère à notre civilisation car si l’assassinat politique a partout et toujours existé, il ne l’a jamais été sous la forme systémique quasi industrielle qu’il revêt à présent. On peut évoquer les terroristes reconvertis a posteriori en résistants selon le point de vue où l’on se place [ce qui vaut pour les groupes palestiniens de la première heure effectivement terroristes], tel Missak Manouchian, poète apatride combattant au service du Komintern aujourd’hui panthéonisé, qui est réputé avoir fait sauter avec ses acolytes, le « chef dérailleur » Joseph Boczov, Roumain, ancien des Brigades internationales et son coreligionnaire Thomas Elek, des convois ferroviaires chargés de blessés (!). Ce “héros” communiste internationaliste, tout sauf “patriote”, est ainsi considéré comme un « parangon de résistance » tandis que les gens du Hamas ne sont, eux, qu’un ramassis de tueurs, éventreurs de femmes et décapiteurs de nouveau-nés !
Raison pour laquelle, sous les hourras des téléspectateurs, Israël assassine autant qu’elle le peut tous les responsables iraniens et libanais identifiables et repérables pour ne laisser au final aucune autre alternative que la guerre à outrance ! En un mot le terrorisme, déjà dénoncé par Marc-Aurèle, l’empereur philosophe — « Ô Marcomans, ô Quades, ô Sarmates, j’ai donc trouvé des gens plus méchants que vous » — alors qu’il traversait la Palestine vers 175 [ou par Flavius Josèphe in Bellum Judaicum rédigé entre 66 et 73 sous le règne de Titus], est devenu une constante ethno-historique et trouve désormais son accomplissement au XXIe siècle avec les robots tueurs et le piégeage de milliers de bipers et talkies-walkies au Liban les 17 et 18 septembre 2024, arrachant des membres, tuant ou émasculant leurs infortunés porteurs… Dont beaucoup de personnels de santé !
Tendance qui s’est affichée dans l’élimination systématique des chefs successifs du Hamas palestinien et de ses négociateurs directs et indirects dans la recherche d’un cessez-le-feu et d’échanges de prisonniers. Quelques cas non exhaustifs : Ismaïl Haniyeh, chef politique du mouvement, tué le 31 juillet 2024 à Téhéran où il était déjà venu deux mois auparavant pour les cérémonies mortuaires du président iranien Ebrahim Raïssi, disparu, lui, dans un “accident” d’hélicoptère éminemment suspect le 19 mai précédent ; Saleh al‑Arouri, numéro deux du Hamas, le 2 janvier 2024, à Beyrouth ; Yahya Sinouar, le 17 octobre 2024, à Gaza ; Mohammed Deif, chef militaire du Hamas, le 13 juillet 2024, à Khan Younès dans la Bande de Gaza ; Ezzedine al‑Haddad, autre chef militaire du Hamas, le 15 mai 2026, à Gaza ; Mohammed Odeh, successeur d’al‑Haddad, le 26 mai 2026. Mentionnons dans le même ordre d’idée et à titre indicatif les assassinats ciblés des chefs du Hezbollah libanais protagonistes de l’actuelle confrontation : Hassan Nasrallah, figure fondatrice et charismatique du Parti de Dieu, le 27 septembre 2024 à l’occasion d’une réunion du commandement du Hezbollah dans un bunker souterrain du Sud de Beyrouth et son successeur Naïm Qassem, tué le 23 février 2025. Notons au passage le peu d’effet des meurtres à répétition sur le cours de l’histoire !
ÉCHEC ET IMPUISSANCE POUR LE SANG VERSÉ
L’énumération de toutes les personnalités arabes ou autres, musulmanes ou non, “effacées” par les services spéciaux hébreux, deviendrait rapidement lassante, mais au vu d’une telle hécatombe, une remarque s’impose malgré tout quant à l’inutilité ou l’impuissance des éliminations physiques de dirigeants qui sont aussitôt remplacés. Même s’ils le sont par des personnalités de moindre envergure, mais qui n’en poursuivent pas moins avec ténacité les actions entreprises par leurs prédécesseurs. À croire cependant que la rage archaïque de faire périr l’ennemi à tout prix l’emporte sur la raison et le froid constat de l’expérience. Parce qu’apparemment les membres de la faction actuellement au pouvoir sont les dignes héritiers des sicaires et des zélotes ou, plus tard, de la secte ismaélienne des Assassins [XIe-XIIIe siècle]. Mentionnons l’assassinat — après la signature des accords d’Oslo qui traçaient le chemin vers une paix durable avec les Palestiniens — le 4 novembre 1995 d’Yitzhak Rabin, Premier ministre d’Israël. Meurtre qui n’est pas sans rappeler celui de Jonathan ben Ananias, grand prêtre [vers 52], assassiné en 58 pour sa proximité avec la gentilice par les zélotes, quelques années avant la destruction du Temple par Titus le 29 août 70 [v. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques XX. 162/163]. À ne pas confondre par ailleurs avec Hanan ben Hanan [grand prêtre en 62], qui, toujours selon Josèphe, fit exécuter par lapidation Jacques le Mineur, frère, c’est-à-dire en réalité cousin de Jésus [chez les premiers chrétiens, Jacques est appelé « frère du Seigneur » : Galates 1/19 ; Corinthiens 9/5 ; Marc 6/3 ; Matthieu 13/55]. L’histoire se répète inlassablement. Nihil novi sub sole.
Lors de la guerre de Douze jours du 13 au 24 juin 2025, pour en sortir ou s’en sortir, Donald Trump avait fait donner l’artillerie du jugement dernier. Une sorte de bouquet final avec le largage de superbombes géantes GBU‑57A/B de treize tonnes et six quintaux par ses forteresses volantes furtives B-2 sur trois sites nucléaires iraniens enfouis, Fordo, Natanz et Ispahan. Un final de grosse caisse destiné à laisser l’impression d’une sur-domination du champ de bataille, d’un coup de grâce délivré à un ennemi déjà à terre, soit de quoi satisfaire l’électorat Maga et l’incommensurable vanité présidentielle. En réalité Israël avait alors en grande partie épuisé ses réserves d’intercepteurs anti-missiles Pac-3 et subi des dommages matériels plus importants qu’avoués. Pourtant, comme cet échec relatif ne suffisait pas, Tel-Aviv devait entrainer Washington toujours plus loin dans le pire des guêpiers. Parce que l’entité sioniste veut l’effondrement de l’Iran et n’a jamais, au grand jamais, voulu négocier quoi que ce soit. Le 28 février 2026, elle ouvre le bal du Diable en tuant d’un seul coup l’élite dirigeante iranienne. Des hommes modérés — n’est-ce pas le Guide suprême lui-même qui avait mis son autorité dans la balance pour faire accepter un cessez-le-feu le 25 juin précédent ? — qui du coup ont été remplacés par les chefs des Gardiens de la Révolution, plus réalistement durs, en tout cas moins disposés aux finasseries (diplomatiques) et en principe réputés moins prêts à se faire rouler dans la farine. Pour mettre un terme aux négociations, y échapper ou les rendre impossible, quoi de mieux en effet que d’éliminer les négociateurs ?
GUERRE TERRORISTE OU GUERRE HYBRIDE
Mais la frappe dite de décapitation n’était pas encore suffisante. Une dernière figure représentative des intérêts de l’État iranien subsistait encore en la personne du chef du Conseil suprême de sécurité nationale et ancien président du Parlement, Ali Larijani. Avec la disparition de l’ayatollah Ali Khamenei — très populaire quoi que nos médias en aient dit —, Larijani était devenu la figure de proue du régime. Il fut donc assassiné à son tour par une frappe de Tsahal dans la nuit du 16 au 17 mars 2026 prouvant, s’il en était besoin, qu’il s’agit bien de guerre terroriste livrée au nom de la lutte anti-terroriste ! Dernière touche : le vice-président américain J.D. Vance, par l’intermédiation du Pakistan, était en cours de négociations avec Kamal Kharazi, 81 ans, ancien ministre des Affaires étrangères d’Iran. Israël, avec l’aval explicite de Donald Trump, décide d’assassiner Kharazi en larguant le 1er avril 2026 une bombe guidée sur sa résidence. Le diplomate est grièvement blessé, son épouse meurt. Fin des discussions. L’Iran est trompé ou trahi pour la troisième fois d’affilée. Le vice-président américain qui multipliait les échanges via le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar, se retrouve gros-jean-comme-devant, littéralement cocufié et dans les grandes largeurs.
À ce jour, dimanche 26 juillet, alors que les échanges missiliers ont plus ou moins cessé, la question se pose vraiment, maintenant, de savoir si Donald Trump — qui n’a pas (encore) succombé à la tentation de larguer une « bombe propre » [mini-nuke] sur la Montagne de la Pioche censée abriter des installations de recherche atomique “secrètes” ; l’on rapporte qu’au Pentagone les détenteurs des codes du feu nucléaire [ceux-ci ne pouvant être activés qu’en cas d’attaque] ont refusé de les transmettre — n’est pas finalement tenu serré par des documents suffisamment compromettants récoltés par son ex-grand ami Epstein et, par conséquent, objet d’un chantage sordide. Notons que la “Première Dame”, hier omniprésente, n’apparaît plus guère ces jours-ci sur les photos officielles ni lors des déplacements présidentiels depuis le dîner de Versailles et la signature du Protocole d’Entente le 17 juin. En tout cas, mezzo voce les pourparlers auraient repris… Au demeurant la guerre est devenue quasi impossible : depuis la destruction et l’évacuation de leurs bases du Golfe — Qatar et Bahrein — durement touchées par des salves de drones et de missiles iraniens, l’Armée américaine s’est repliée en Jordanie. Mais là aussi, après l’attaque du 17-18 juillet de la base aérienne de Muwaffaq Salti, les dommages humains et matériels se sont sans doute avérés être plus sévères qu’avoués. M. Trump flanqué de son ministre de la Guerre, M. Peter Hegseth, est allé se recueillir devant quatre cercueils enveloppés de la Bannière étoilée. On a parlé de 700 blessés — officiellement de “quatre” ! — lors de cette attaque, ce qui signifierait, si la rumeur était vraie, eu égard aux ratios habituels, quelque deux cents morts ! Et puis si les Houthis yéménites entrent dans la danse et ferment hermétiquement le détroit de Bab el-Mandeb aux pétroliers saoudiens, le collapse économique planétaire est assuré. Il serait ainsi grand temps de mettre les pouces !
Généralement il faut utiliser un coefficient de dix pour avoir une idée relativement précise ou exacte des pertes réelles, dans un sens comme dans l’autre : les soi-disant 40 000 morts de la répression des 7 et 8 janvier dernier, chiffre qui a justifié la guerre de 2026 contre l’Iran et fut repris en boucle par les médiacrates unanimes, alors que le chiffre sans doute le plus proche de la réalité et le plus probable serait de 3500 [Human Rights Activists in Iran]. Selon Wikipédia, le 7 janvier 2026, 13 manifestants auraient été tués, portant le total à 45 [Iran Human Rights]. The Guardian rapporte qu’au moins trois enfants auraient été tués et plus de 40 mineurs arrêtés au cours de huit jours de manifestations. À Téhéran, 217 manifestants auraient au final été tués dans la nuit du 8 janvier ! De sorte que nous sommes très loin du bilan apocalyptique ressassé par une presse particulièrement objective et bien informée.
À propos de la Bande Gaza, le ministère de la Santé, depuis le 7 octobre 2023, avance le chiffre de 73 300 morts en juillet 2026 [des analyses démographiques officielles occidentales donnent des chiffres de 30 à 40 % supérieurs], outre quelque 1200 morts supplémentaires depuis le cessez-le-feu du 10 octobre 2025, résultat de frappes ou de tirs israéliens en dépit de la trêve. Puisque nous parlions de politique de “terreur”, comprenons que ces carnages à la petite semaine sont destinés à semer la terreur dans des populations indésirables, Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie, Libanais au Sud-Liban où les tirs-à-vue sont monnaie courante pour ne pas dire quotidiens. De même qu’au prétexte d’éliminer un seul terroriste du Hezbollah ce sont des immeubles entiers qui sont visés. Même le demi-dément Trump s’en est ému le 16 juin 2026 à Évian pendant le sommet du G7 : « Trop de gens sont tués, et il n’est pas nécessaire de démolir un immeuble d’habitation à chaque fois que l’on cherche quelqu’un, car il y a beaucoup de gens dans ces immeubles, et ils ne sont pas tous du Hezbollah, je peux vous le dire ». Et en effet qui survivra verra !
Léon CAMUS.