C’EST UNE NOUVELLE ILLUSTRATION de l’arroseur arrosé. L’affreuse Aurore Bergé, ministre macroniste délégué chargé de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, qui a présenté le 9 juillet un projet de loi destiné à renforcer encore l’arsenal antiraciste dans notre pays et à combattre de manière toujours plus implacable le révisionnisme, le nationalisme et l’antisionisme et qui sera examiné dès le mois prochain par le Sénat avant de l’être en principe d’ici la fin de cette année par l’Assemblée nationale, est depuis quelques jours la cible d’une campagne politico-médiatique conduite par la gauche et une partie du camp macroniste, celui essentiellement des soutiens de Gabriel Attal — elle soutient Edouard Philippe pour la présidentielle de 2027 — pour avoir déclaré le mercredi 9 septembre sur CNews que la théorie du Grand Remplacement qu’elle juge fausse et qu’elle combat n’est pas en soi raciste et qu’elle doit pouvoir être discutée dans le cadre d’un débat politique. Le lendemain, sur France Info, Aurore Bergé répétait que le débat sur ce sujet « fait partie de la liberté d’expression ». « Et donc, ajoutait-elle, je crois que le ranger sur le caractère raciste voudrait dire qu’on n’a pas le droit d’en débattre. Moi, je préfère combattre ».
Que n’avait-elle dit là ? Aussitôt c’est le hourvari. « Hein ? Aurore Bergé, tu expliques qu’une théorie raciste, ça se débat comme une opinion politique ? Le racisme est un DÉLIT », l’a aussitôt interpellée sur le réseau X le député macroniste mais attaliste Prisca Thevenot, membre comme elle du parti présidentiel Renaissance et qui fut porte-parole du gouvernement Attal. « Le “grand remplacement” n’est pas un débat : c’est une théorie complotiste, qui a motivé des attentats terroristes », a ajouté Thevenot pour mieux flétrir (le mauvais) Bergé. La réaction de l’élue attaliste a suscité une vague de soutiens à gauche. « C’est rare. Mais, sur ce coup, Prisca Thevenot a totalement raison. Comment Madame Bergé peut-elle rester ministre des discriminations en disant que le grand remplacement n’est pas une théorie raciste ? », a appuyé le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, toujours sur X. Le député Aurélien Rousseau, proche du communautaire Raphaël Glucksmann, a aussi partagé cette “indignation”. « C’est une coupable complaisance de banaliser la pseudo-théorie du “grand remplacement” qui est un racisme sans fard », a-t-il estimé. Le banquier d’affaires Matthieu Pigasse, qui caresse aussi une candidature présidentielle à gauche de la gauche, a déclaré, quant à lui, qu’« à force de courir derrière l’extrême droite, ils en banalisent les mots, les obsessions et désormais le racisme ». Des députés de La France insoumise, comme Danièle Obono et Antoine Léaument, ont ouvertement exigé la démission d’Aurore Bergé, estimant qu’elle ne pouvait plus légitimement conserver son portefeuille ministériel. D’autres responsables de gauche, comme Manuel Bompard (LFI) et Ian Brossat (PCF), ont également dénoncé une banalisation inacceptable.
DISONS-LE FRANCHEMENT, il y a dans tout cela une forme de justice immanente. Car Aurore Bergé, dans ses déclarations comme dans son projet de loi, ne cesse dans les faits de s’en prendre de manière extrêmement grave et préoccupante à la liberté d’expression, de débat et de publication. C’est notoirement le cas pour tout ce qui concerne les critiques à l’égard de l’Etat d’Israël mais aussi pour tout ce qui, selon elle, s’apparente au racisme (sauf bien sûr au racisme juif en Palestine occupée !). Dans un entretien récent à la Tribune Dimanche, où elle vantait son projet de loi renforçant la répression « contre le racisme, l’antisémitisme, le négationnisme », elle affirmait sans fard que cette nouvelle législation, si elle est adoptée par le Parlement dans les mois qui viennent, permettrait notamment de condamner un journal comme RIVAROL et non plus seulement la personne de son directeur. Elle a cité nommément le nom de l’hebdomadaire de l’opposition nationale et européenne comme une cible à abattre alors même que notre journal est une publication très modeste, qui plus est entravée dans son développement et dans sa diffusion par son expulsion depuis quatre ans des registres de la commission paritaire des publications et agences de presse.
En nous attaquant et en cherchant à nous faire taire, elle se croyait sans doute invulnérable, intouchable. Mais elle n’a pas compris que la notion de racisme, et plus généralement de discrimination, est extensible à l’infini et peut toucher n’importe qui, n’importe quand. Et même un ministre chargé précisément de la Lutte contre les discriminations pourvu qu’il s’éloigne si peu que ce soit de la doxa dans tel ou tel propos, telle ou telle prise de position. Madame Aurore Bergé a beau dire et répéter partout qu’elle ne croit pas à la théorie du Grand Remplacement, qu’elle juge « fausse factuellement et mensongère » — mais sans nullement le démontrer, il suffit pourtant d’aller dans la rue ou de prendre les transports en commun pour se rendre compte que notre pays ethniquement est très différent de la France des années 1950 et même des années 1970 ! — et qu’elle « combat sur le terrain politique », elle a beau prendre soin de préciser que, selon elle, cette thèse « cherche à créer un terreau de peur dans notre pays », rien n’y fait. Pour ses contempteurs de gauche et/ou macronistes, elle a eu le tort impardonnable, inexcusable, de dire que les partisans de cette théorie « ont le droit de l’exprimer dans l’espace public ». Or, selon l’argument éculé, on ne débat pas du racisme. Lequel est un délit et non une opinion. Discuter publiquement, politiquement d’une théorie jugée raciste, d’un concept considéré comme xénophobe et discriminatoire et légitimant, selon ses opposants, un passage à l’acte, des tueries de masse, est inacceptable et insupportable. D’où les appels à la démission contre Aurore Bergé qui est pourtant en pointe dans la lutte contre le racisme (ou prétendu tel) avec son projet de loi liberticide destiné à s’ajouter aux détestables lois Pleven (1972), Gayssot (1990), Lellouche (2003) et Perben (2004).
COMME ON LE VOIT, dans un système subversif et révolutionnaire, reposant sur la délation et l’inversion, un pur trouve toujours plus pur qui l’épure. Le fanatisme révolutionnaire n’a pas de limites et ne cesse de réclamer du sang, de nouvelles têtes à couper, de nouvelles charrettes de condamnés à remplir, d’autres ostracismes à prononcer, d’autres anathèmes à proférer. Ainsi fonctionne le système totalitaire et kafkaïen dans lequel nous vivons et où l’air manque cruellement à nos poumons. Il s’agit de diaboliser, de délégitimer sur le plan politique et de faire condamner judiciairement, pénalement, toute pensée, toute idée, tout propos, toute prise de position qui ne va pas complètement, totalement, dans le sens de la révolution arc-en-ciel. Et pour ce faire on n’hésite pas à nier le réel, à tordre les faits, à faire preuve de négationnisme — là, le mot est juste ! —. C’est ainsi qu’on explique que les races humaines n’existent pas, que le Grand Remplacement pourtant évident est un mythe, que les différences de sexe, de genre n’existent pas sur le plan naturel, qu’elles ne sont que culturelles, qu’il n’y a pas de politique génocidaire menée à Gaza et en Cisjordanie. Et tout est à l’avenant.
Nous vivons dans un monde de fous, d’aliénés, de démons et de déments. Dans l’univers clos du mensonge. Lequel empuantit tout, détruit tout, corrompt tout, interdit tout relèvement, toute renaissance nationale. C’est pourquoi le mieux que nous ayons à faire actuellement, le plus urgent, le plus nécessaire, le plus vital, c’est de refuser absolument tous ces mensonges qui nous font tant de mal et de décrire le réel, de dire la vérité toujours et partout, dans tous les domaines. En politique, en histoire, en morale, en religion. C’est la seule œuvre salvatrice et libératrice. C’est la seule chose vraiment utile. Elle requiert de la lucidité et du courage intellectuel. Mais il n’est pas d’autre issue pour qui veut garder les yeux ouverts, rester libre et debout et sauver encore ce qui peut l’être.
RIVAROL,<jeromebourbon@yahoo.fr>.
Quelque chose sembla remuer à l’horizon. Depuis longtemps les Barbares avaient envahi l’empire mais le lieutenant Edouard Geffray ne le savait pas, il regardait ailleurs et s’était habitué aux colonnes de poussière que soulevait à sa fantaisie le vent du désert. A toutes fins utiles, il nota sur son carnet : “Préoccupant”, mais sans “surprise”. Puis il contempla la photo d’Erich Von Stroheim qui ornait sa cagna et se demanda si un monocle l’aiderait à tenir ouvert son œil droit. Au grand quartier général parisien, Excellences et Grossiums y allaient de leurs jérémiades. La place de la France dans le classement PISA qui comparait les résultats des adolescents de quinze ans dans les systèmes scolaires de 91 pays était la fin du pays, de la république, de la civilisation, des haricots, ad libitum. Chacun avait bien sûr son explication et sa solution.
Ces résultats lui semblaient préoccupants mais sans surprise. C’était l’un des plus fins connaisseurs du désert de l’Éducation nationale, il y avait tenu garnison pendant sept ans dont cinq en tant que directeur général de l’Enseignement scolaire. Il soupira : « Cette génération n’est pas plus bête qu’une autre, elle est plus distraite ». Elle n’avait plus besoin d’école buissonnière, c’est tout. Jadis les cancres dénichaient les oiseaux et pêchaient la truite à la main. Maintenant téléphone portable en classe et réseaux sociaux à la récré tenaient les têtes multicolores à distance de toute concentration, occupées de revendications diverses, de harcèlement actif ou passif, de commerce de stupéfiants ou de revenge porn. Les décrocheurs devenaient le gros du troupeau.
Le bientôt quinqua Geffray avait toujours servi l’égalité pour assurer la santé de l’école. Puisque la démographie s’effondrait, ce qui lui semblait une bénédiction pour son budget, il avait supprimé quelques postes : étant donné qu’il y avait beaucoup moins d’élèves qu’au temps du baby-boom, il lui semblait naturel de réduire le nombre d’enseignants. Il pensait : à proportion du nombre d’enseignés, mais son sens des réalités syndicales et médiatiques le dissuadait d’exprimer cette pensée. Un même souci d’égalité républicaine l’avait porté à concentrer des moyens financiers considérables pour relever le niveau des collèges en difficulté. Par un mouvement qui s’était perpétué sous toute la Cinquième République, au lieu de laisser prospérer les meilleurs établissements, il dépensait l’argent du contribuable à subventionner les pires.
Nouveau dans la carrière, il suivait fièrement l’exemple des anciens. A l’origine énarque du Conseil d’État, il avait adopté la doctrine de son ministère en enfilant l’uniforme versicolore de l’Éducation nationale. Les rapides du fleuve capricieux sur lequel il naviguait ne lui faisaient pas peur, car la doctrine expliquait chaque chute, celle du COVID, celle du portable et des réseaux sociaux, ces “écrans” diaboliques qui soustrayaient les écoliers à leur devoir d’état, celles enfin de l’IA. Il relevait avec fierté que la France ne se distinguait pas dans la médiocrité, elle demeurerait dans la moyenne de l’OCDE. Toute l’Europe et l’Amérique du Nord, à peu d’exceptions près, cascadaient suivant un mouvement uniformément accéléré vers la nullité.
Il demeurait convaincu, comme tout un chacun à droite et à gauche, sinon de l’efficacité des réformes (lui-même, pour distinguer son ministère, avait inventé la première rentrée sans réforme depuis Edgar Faure), du moins de l’excellence des principes posés soixante ans auparavant par le radical Edgar Faure sous l’autorité du Général De Gaulle et du premier ministre Georges Pompidou, puis complétés, Giscard étant président et Chirac Premier ministre, par René Haby, ministre de l’Education nationale. La droite et le centre réunis avaient promu deux grands faits (dés)organisateurs : l’orientation remplaçant la sélection et le collège unique. Ces fondations de la décadence avaient été recommandées en 1945 par deux communistes, Langevin et Wallon, et procédaient d’un même principe : l’égalité, non pas l’égalité des droits, mais sous le nom d’égalité des chances, la promotion de l’égalité des faits, des résultats, des connaissances ou des ignorances.
L’obsession des années 1970 avait été de réduire les inégalités, elle fondait la dynamique du candidat Mitterrand et celle de Giscard qui, à peine élu, lançait une commission des inégalités et fit immédiatement la chasse à celles-ci, en matière de mœurs, d’économie et d’éducation. Depuis, l’égalitarisme avait été le premier moteur de toutes les réformes et le credo de tous les ministres. Jamais le plus frondeur d’entre eux n’aurait osé le remettre en cause. On accuse la Cinquième République d’être une monarchie élective, c’est une calomnie : le seul roi qu’elle reconnaisse est le roi Cliquet. Nul gouvernement, même le plus suspect de réaction, ne reviendra sur une réforme inspirée par le parti du progrès. Le roi Cliquet n’est pas ennemi du désordre, il se satisfait de la réforme permanente, figure savante de la chienlit, à la condition qu’on ne revienne jamais sur l’orientation qui la dirige. Si la Constitution, et le grand Sanhédrin des neufs Sages qui la protègent, la caste de prêtres qui en détiennent l’interprétation exclusive, préservent le peuple des errements qui le tentent, il existe un autre garde-fou, non écrit, une puissance morale infrangible veillant sur le quotidien des réformes, le roi Cliquet.
En féal serviteur de l’État, le lieutenant Geffray assumait pleinement l’héritage de ses prédécesseurs et leur exigence d’égalité. Jean-Pierre Chevènement, qui se revendiquait en son temps le plus extrémiste de droite des hommes d’extrême gauche, et le défenseur jaloux de l’excellence républicaine dans l’égalitarisme socialiste, s’était donné pour objectif d’amener 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat : c’était chose faite ! Selon les années, entre 80 et 81 % d’une classe d’âge obtenait son baccalauréat (43 % général, 16 % techno, 20-22 % professionnel). Alors que cela ne dépassait pas 30 % dans les années 1980, 15 % en 1969, 10 % en 1961 et 20 % en 1970. Edouard Geffray jubilait. Quelle progression ! Quelle victoire ! Quel progrès ! Certes, il n’ignorait pas que la banque mondiale avait situé la France au 2ème rang des économies de la planète en 1966 avec une dette à 15 % du PIB, alors que les bacheliers formaient moins de 15 % de leur classe d’âge : en 2026, pour un bac donné à 79 % de la classe d’âge, la France n’était plus que septième avec une dette de 118 % du PIB, et ces résultats ne tressaient nul laurier à l’Éducation nationale. Mais il observait cela sans surprise.
Ce qui le préoccupait le plus était la baisse du pourcentage de bacheliers (79 %), malgré un très bon taux de réussite au bac (91,5 %, les consignes de clémence données aux examinateurs n’y étaient pas pour rien). Cela voulait dire qu’il y avait de plus en plus de décrocheurs. Que deviennent en effet les élèves qui n’ont pas leur bac en France ? Certains fondent leur entreprise, d’autres entrent en apprentissage, mais une bonne part sont des déchets du système scolaire, ils sortent sans diplôme, et, plus grave, sans connaissances ni formation. On les appelle aujourd’hui « les décrocheurs », et les décrocheurs étaient la hantise du ministre. D’abord, ils incarnaient la faillite du système scolaire qui les avait produits. L’égalité n’était pas au rendez-vous de l’égalitarisme. Et puis, c’était aussi une pépinière de guetteurs, de petites mains du crime, de voleurs à l’étalage, d’allumeurs de mortiers, de manifestants les soirs de match de foot, de casseurs de vitrines, d’émeutiers, de chefs de bande. Ce n’était pas seulement un volant d’improductifs, mais une masse de contreproductifs, une menace sur le lien social et l’unité de la république. […]
HANNIBAL.