Version papier

n°3725 du 7 octobre 2026 (Papier)

Editorial

Mouvement lycéen pacifique ou émeutes urbaines de bandes ethniques ?

LE MOUVEMENT de contestation lycéenne qui a commencé le 17 septembre dans un lycée de Créteil pour dénoncer un nombre insuffisant de professeurs et de moyens et la vétusté de certains établissements — ce qui n’a pas empêché des lycéens d’en brûler de flambant neuf ! — se transforme chaque jour davantage en émeutes urbaines où les bandes ethniques habillées de noir et cagoulées s’en donnent à cœur joie ainsi qu’on peut le voir à l’écran, incendiant, pillant, brutalisant. Les émeutiers ne sont là que pour casser et pour brûler, faire un maximum de dégâts en un minimum de temps. Au lundi 5 octobre au matin on dénombrait déjà plus de 500 blessés : trois cents parmi les policiers et les gendarmes qui disent n’avoir jamais fait face jusque-là à un tel déchaînement de violences, 78 personnels de l’éducation et 170 parmi les élèves, dont plusieurs qui ont été énuclées, comme certains gilets jaunes en 2018-2019, tandis qu’à Lens ce lundi la main d’un adolescent a été arrachée par une grenade, même si l’on ne sait pas encore avec certitude à l’heure où nous écrivons ces lignes si c’est parce que le lycéen a tenté de ramasser ou de lancer une grenade qu’il s’est grièvement blessé ou si elle lui a été lancée par un policier. 
La violence va toujours plus loin : ce lundi matin le lycée Vauquelin dans le treizième arrondissement de la capitale a ainsi été pris pour cible à trois reprises en moins de deux heures, partiellement incendié et dévasté, alors qu’il était ouvert, par une dizaine de Jeunes masqués parmi lesquels le proviseur a reconnu des lycéens de son établissement, preuve que l’assertion selon laquelle les casseurs et autres émeutiers ne sont pas des lycéens est largement infondée —. La catastrophe a été évitée de justesse car ce lycée spécialisé dans les métiers de la chimie stocke en son sein des produits dangereux et inflammables, ce que les émeutiers savaient pertinemment selon le proviseur. Il y a donc manifestement une volonté de détruire mais aussi de blesser et de tuer. Que serait-il arrivé à la centaine d’élèves confinés à l’intérieur du lycée si des produits toxiques avaient pris feu ? 

LE DÉCHAÎNEMENT de violence s’exerce contre les proviseurs, les enseignants, les policiers et même les pompiers venant éteindre des incendies. A Lille, ce lundi 5 octobre, alors que des poubelles étaient incendiées aux abords d’un lycée, les pompiers sont intervenus mais ont été immédiatement caillassés et ont dû rebrousser chemin. Le 1er octobre, à Nantes ,le lycée Nelson Mandela a été en grande partie incendié alors qu’il était tout neuf et le grand portrait de la figure de la lutte contre le pouvoir blanc en Afrique du Sud qui trônait sur la façade du lycée a été totalement incendié, ce dont pour le coup on se remettra volontiers. Le feu s’est rapidement propagé depuis la façade jusqu’à l’intérieur du bâtiment. Le hall d’entrée a notamment été fortement endommagé. Plusieurs salles de classe et bureaux ont également été touchés, ainsi qu’une partie de l’internat. Les travaux de remise en état sont estimés à au moins deux millions d’euros. Le montant final pourrait toutefois être largement supérieur. « Des expertises complémentaires seront réalisées afin d’établir un diagnostic plus précis, notamment sur l’état de la charpente qui a été endommagée par l’incendie » indique ainsi la Région. 
On voit tout le paradoxe de ce mouvement : on se plaint de l’insuffisance de moyens, du manque de confort de certaines salles de classes et de quelques établissements secondaires et l’on n’a de cesse de brûler, de dévaster, de détruire. Certes on ne saurait mettre tous les lycéens dans le même sac mais il faut bien admettre qu’à chaque fois que se produit ce genre de manifestations et de revendications il y a toujours un déferlement de violences. Cela contraste avec ce qui s’est passé par exemple avec les défilés de la Manif pour tous en 2012-2013 où l’on n’a jamais déploré de tels débordements. Cela dépend donc en grande partie du profil et des intentions des manifestants.

LE PIRE est probablement à venir. Ce mardi 6 octobre, après le bouclage de ce numéro, une journée de grande manifestation nationale est lancée par les organisations lycéennes, étudiantes, toutes de gauche ou d’extrême gauche naturellement. Une intersyndicale de l’éducation nationale (FSU, CGT, FO, CFDT, UNSA, SUD) appelle à y participer, « y compris par la grève ». Les étudiants entrent dans le mouvement et il est sérieusement question que la contestation s’étende aux collèges, ce qui est une pure folie quand on sait qu’un collégien a généralement entre dix (en sixième) et quatorze ans. (en troisième). 
Les pouvoirs publics doivent vivre dans la hantise d’une nouvelle affaire Malik Oussékine, du nom de ce jeune étudiant de 22 ans sous dialyse qui avait trouvé la mort, il y a quarante ans, dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, après des heurts avec la police dans le cadre de contestations estudiantines contre le projet de réforme universitaire Devaquet. Comme elle sait le faire, la gauche avait exploité politiquement et médiatiquement ce drame de manière magistrale. Le gouvernement de cohabitation alors dirigé par Jacques Chirac s’en était trouvé paralysé et tétanisé de sorte qu’il n’avait plus rien fait, qu’il avait abandonné non seulement ce projet de réforme de l’université mais aussi et surtout la réforme du code de la nationalité où il s’agissait de substituer au droit du sol le droit du sang. Cette inaction de la droite parlementaire avait favorisé la large réélection de François Mitterrand en mai 1988.
La contestation s’étendra-t-elle et deviendra-t-elle complètement incontrôlable ? Il faut dire que les sujets de mécontentement ne manquent pas comme la hausse insupportable des prix à la pompe. Le samedi 17 octobre une journée d’action sur ce sujet est prévu. Face à tout cela le gouvernement semble passif, ne cherche pas à soulager les inquiétudes des Français, à leur redonner un peu d’oxygène en bloquant les prix des carburants ou en diminuant les taxes. Il prend prétexte de la situation en effet désastreuse des finances publiques — mais qui en est responsable ? — pour ne rien faire. L’endettement de la France est en effet au plus haut depuis 1946 : 3 595,5 milliards d’euros à la fin de juin. La pression des marchés financiers est de plus en plus fort dans le cadre d’une économie mondialisée. Le budget pour 2027, qui doit être examiné à partir du 12 octobre par les députés, prévoit 54 milliards d’euros d’économies mais comment croire que ce budget d’austérité présenté par un gouvernement très impopulaire et minoritaire pourra être adopté par la représentation nationale à quelques mois de la présidentielle ? 

RESTE à savoir à qui profitera électoralement la séquence actuelle. La France insoumise est très active dans le mouvement lycéen mais il n’est pas sûr que les images de violences qui entourent ces contestations lui fassent gagner des voix même si cela peut galvaniser son noyau dur et accroître son nombre de militants. A priori, sur le papier, le Rassemblement national aurait tout à gagner devant la médiatisation de ces scènes d’émeutes qui de surcroît mettent majoritairement en scène des bandes ethniques. Mais il fait face à deux handicaps non négligeables : d’abord des électeurs peuvent se dire que, si Marine Le Pen était élue le 2 mai prochain, ces scènes de chaos pourraient se multiplier et même être bien pires encore. Le coordinateur de la France insoumise, Manuel Bompard, a d’ailleurs prévenu qu’avec le RN au pouvoir la situation dans la rue serait bien plus agitée encore. On peut en effet compter sur la gauche et l’extrême gauche, aidées des bandes ethniques de banlieues, pour mener un bazar permanent au nom de l’antifascisme et de l’antiracisme. Cela peut donc dissuader des électeurs, surtout ceux ayant quelques biens et étant volontiers modérés et conservateurs, de glisser un bulletin RN dans l’urne par crainte du chaos. 
Autre obstacle : l’affaire Bardella. Le noyau dur de l’électorat RN ne sera sans doute pas affecté par les révélations de Mediapart mais pour un électorat plus récent, plus fluctuant, moins convaincu, il n’est pas sûr que cette rediabolisation partielle du RN n’ait pas quelque effet d’ici le printemps prochain. Cette affaire peut agir comme un poison lent tout au long de la campagne, comme ce fut le cas en 2017 pour Fillon et l’emploi fictif de son épouse Pénélope. D’autant que Mediapart en a probablement encore sous le pied et qu’il n’aime rien d’autre que feuilletonner. Lorsqu’il saisit une proie, il ne la lâche plus. A cet égard la défense de Bardella et de tout le parti derrière lui n’apparaît pas très habile ni très convaincante. Comme Cahuzac en son temps qui avait toujours nié détenir un compte en Suisse, ce qui s’avéra être un fieffé mensonge, on nie contre l’évidence. C’est la stratégie du forcené. On ment comme des arracheurs de dents en espérant gagner du temps et le problème c’est que cela se voit. La défense du RN sur le sujet est de plus en plus piteuse. Un parlementaire a ainsi expliqué que Bardella n’avait pas pu écrire ces messages jugés antisémites car sinon le Mossad, sachant tout, l’aurait forcément su et il n’aurait pas été invité en Israël. Une défense osée qui aurait plutôt tendance à valider les anciens écrits de Bardella sur la toute-puissance juive., ce qui ne va guère, on l’avouera, dans le sens de la dédiabolisation recherchée. Un autre a fait encore plus fort pour défendre le président du RN en confiant au Monde : « Qui n’a jamais tracé une croix gammée au compas sur une table de lycée ou de faculté ? » Là encore la stratégie de normalisation connaît quelques ratés. Sept mois comme ça et on se demande dans quel état ils vont se retrouver alors qu’ils étaient aux portes du pouvoir. Mais, on le sait, le Capitole est proche de la Roche Tarpéienne !

RIVAROL,<jeromebourbon@yahoo.fr>.

6,90 €
TTC
Quantité
6,90 €

Billet hebdomadaire

Nos Gamins

Qui a commencé ? La question semble passionner Paris. Chacun a sa certitude. Pour Madame Binet, de la CGT, c’est la police, qui provoque « les débordements ». Et Monsieur Mélenchon, de LFI, a donc encouragé les lycéens à s’opposer à la « sauvagerie policière », à ceux « qui tabassent nos enfants, ceux qui frappent, ceux qui insultent, ceux qui laissent libre cours à leur racisme ». Le gouvernement, à l’inverse, accuse des organisations liées à la France insoumise ou à d’autres groupes, dont les Frères musulmans d’avoir préparé ces “émeutes”. Je n’ai pas le rapport sous la main, je n’étais pas sur place, je n’en sais donc rien et cela ne m’intéresse pas. Il est clair que la gauche radicale, voyez Bagayoko, Caron, Panot, etc. entend se servir d’un mouvement qu’elle encourage, il est clair aussi que les syndicats étudiants, et de nombreux collectifs décoloniaux ou féministes (Nous Toutes en particulier) entendent étendre le mouvement et faire converger les luttes, mais, à vrai dire, cela ne m’intéresse pas non plus. D’abord parce que c’est leur manière de faire habituelle, particulièrement lors d’une campagne présidentielle, ensuite parce que ce n’est pas le sujet principal.
Qui a commencé ? Quand une querelle entre frères et sœurs nous agitait, mêlant cris, coups, pleurs et revendications, mon père disait : je ne veux pas le savoir, ni qui a tort ou raison, mais cessez tout de suite. Après seulement viendraient les explications. Il intervenait peu, ne parlait pas beaucoup, ne frappait que par exception : nous nous arrêtions tout de suite. Autre temps, autres mœurs. Je n’ai pas hélas la même autorité, ni les professeurs, ni les hommes politiques – et c’est à la police qu’il revient de payer les pots cassés par cet affaiblissement général. J’écris cela sans parti pris pour ou contre personne. Les policiers sont comme les impôts, il en faut, et comme les melons ou les hommes, il en est de bons et de mauvais. Quant à leur ministre, il n’a jamais soulevé les foules d’enthousiasme depuis Vidocq et Fouché, mais pour Monsieur Laurent qui se répand sur les plateaux avec son éloquence sortie de loge, le scénariste Macron nous l’a gratiné. Ce bibendum de suif moulé dans son costume cravate semble sorti des bas-fonds de Buenos Aires peints par Francis Carco, avec sa bouche en cul de poule et ses yeux de faux jeton. On préférait Lallemand, Didier, son prédécesseur à la préfecture de police de Paris, sa casquette à débordement qui mettait en valeur ses oreilles.

Au point où nous en sommes arrivés, évacuons en vrac toutes les questions secondaires, mettons de côté les vitrines cassées et les banques attaquées, les « personnes extérieures », tous les dommages collatéraux de la politique de rue, oublions aussi les incendies, de toutes tailles et de toute nature, même si brûler un lycée ou un camion de pompier pour obtenir des locaux plus salubres peut sembler une curieuse méthode. Réservons surtout pour plus tard, après les 5 enquêtes de l’IGPN, ou après la révolution, la question que tous ramènent sans cesse sur le devant de la scène : les policiers sont-ils « des chiens enragés » comme on l’a entendu dire, agissent-ils de façon “disproportionnée” ou avec “retenue” comme l’assure leur chef ? A l’époque, la retenue concernait plutôt les lycéens, c’était le nom officiel des colles, j’en ai subi plus souvent qu’à mon tour sans profit : je préférais les punitions de mon instituteur de CM1-CM2, qui, en m’accablant de “verbes” à copier m’a appris ma langue. L’excellent homme régnait sur une classe de deux niveaux, bondée à craquer, il serait pendu aujourd’hui par le comité pédagogique ad hoc.
Nous savons bien, vous et moi, que chaque camp nous montre les images qu’il a choisies pour nous convaincre. Les uns, de l’existence d’une violence systémique de l’État et de sa police. Les autres d’un complot d’extrême gauche associé à des hordes de casseurs qui le débordent — à différencier soigneusement des lycéens majoritairement sages, dont-les- revendications-légitimes-méritent-d’être-examinées. Monsieur Geffray a reçu les représentants de ces derniers, le caméraman a cadré sur leurs lunettes, gage de sérieux, et sur leurs diverses couleurs de peau, signe de vivre ensemble comme il faut. Un plan d’action leur a été promis. Les lycéens sont en effet syndiqués, et nul ne s’en étonne plus. On leur apprend le vaudou républicain et sa palabre dès leur sortie de couches. Cela fait partie des vrais problèmes auxquels nous arrivons. Un avertissement de méthode, avant : j’ai écarté les violences graves, bavures, casse lourde et lycées brûlés, pour n’observer que l’ordinaire chienlit des blocages. C’est elle qui nous renseigne sur nos jeunes, nos enfants, nos gamins, notre avenir.

Vous avez regardé les forces de l’ordre attaquer des manifestations de paysans : il y a des canons à eau, des hélicoptères, des blindés, c’est assez spectaculaire. Pour les émeutes de banlieues, ils baissent d’un cran, mais les casques et boucliers demeurent de rigueur, et pour un soir de match de coupe d’Afrique des nations sur les Champs, gendarmes et CRS portent d’étranges caparaçons de samouraïs qu’on croirait tirés de Kagemusha, on dirait des scarabées porteurs de toute la bouse du monde, de lourds et vulnérables bousiers. Rien de tel ici, jusqu’à maintenant. Les policiers agissent non pas en pékin, mais vêtus de l’uniforme léger, quasi en tenue de ville. Lors notamment d’une séquence devant une grille, plusieurs d’entre eux ont arrêté quelques lycéens des deux sexes en les immobilisant d’une clé au cou, interdite par le règlement et comptée parmi les violences policières : or cette clé d’étranglement classique sert à maintenir le jeune tranquille par la menace d’un étranglement — pas par un étranglement effectif. La menace est plus forte que l’exécution et suffit à la réussite de l’opération. Dans ce cas précis, lycéens et forces de l’ordre n’étaient manifestement pas en guerre.
Il en va de même sur beaucoup d’autres images, sur la plupart de celles qui sont disponibles. Pas plus que la police, les jeunes, les sauvageons, les enfants, les gamins, ne sont habillés pour la baston. Regardez les chaussures : de simples baskets ou tennis en général, pas de foulard, à peine de capuches, ni doc martins ni blousons renforcés, pas d’arme, même par destination. Même dans la scène où des lycéens satonnent à terre un policier (Un officier de police, disent les médias, à l’anglo-saxonne, reprenant le vocabulaire de Monsieur Malbrough est mort : je l’ai vu porter en terre par quatre-z-officiers). Et cette scène d’une extrême violence où une dizaine de gamins poursuivent un professeur à cheveux blancs coupable d’avoir voulu éteindre un feu de poubelles, le jettent à terre et le molestent : ils sont vêtus légèrement comme pour aller en classe. C’est cela le fait frappant, qui explique la différence des appréciations citées plus haut : les jeunes qui réclament sur leurs pancartes « le bac, pas la BAC » ne semblent pas se rendre compte de leur violence, de ce qu’elle a d’extraordinaire, ils ne savent pas qu’ils sont des émeutiers, des rebelles, beaucoup se prennent pour des lycéens qui réclament de meilleures conditions de travail à un gouvernement d’incapables.


Ils y sont triplement aidés par les adultes. Tout d’abord par le gouvernement, qui est véritablement incapable. Puis par les meneurs qui manipulent les uns et endoctrinent les autres. Enfin par les doctes qui parlent d’eux. M. Vincent Tiberj, professeur de sociologie à Sciences Po Bordeaux, interrogé sur France Info, a déclaré : « On est devant des jeunes qui décident d’être citoyens avant même de devenir électeurs. C’est seulement le retour de jeunes qui essaient de s’exprimer ». Sur quoi le journaliste remarque :
« Mais les violences, les lycées qui brûlent, les professeurs agressés ?
- Il y a eu des incidents effectivement, mais c’est peut-être notre regard sur ces mouvements qui devrait être interrogé, avant de réfléchir à la violence en tant que telle. Ce mouvement vient aussi de la manière dont on regarde les jeunes. »
 […]  

HANNIBAL.