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n°3726 du 14 octobre 2026 (Papier)

Editorial

Vers la dissolution d’Egalité et Réconciliation : de la répression à l’oppression !

LA CAMPAGNE électorale du communautaire Raphaël Glucksmann qui a été élu le dimanche 11 octobre avec 66,17% des suffrages exprimés par quelques dizaines de milliers de votants seulement qui ont dû débourser quinze euros chacun — ce qui rétablit une sorte de suffrage censitaire qui ne dit pas son nom et qui éloignait donc du vote les catégories populaires, ce qui est tout sauf anodin — dans la primaire de la gauche dite social-démocrate (et que Glucksmann renomme la gauche démocratique, façon de dire que les autres partis de gauche ne le sont pas, à commencer par la France insoumise qu’il déteste et redoute pour ses positions vigoureusement antisionistes et pro-palestiniennes) commence bien mal. En effet, le soir même de son élection — où il l’a largement emporté face au patron du PS, Olivier Faure, crédité de 14,46%, à la revenante Ségolène Royal qui, à 73 ans, croyait encore en son étoile pourtant pâlissante (7,62%), à l’inconnu Emmanuel Maurel (5,92%) et au communautaire très excité Jérôme Guedj arrivé bon dernier de la compétition (5,83%) —, Glucksmann était enfariné avant de monter dans sa voiture, ce qui n’aura sans doute pas fait que des malheureux dans le pays. Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, qui a pourtant d’autres soucis en ce moment, a été le premier à lui manifester son soutien et n’a rien trouvé de mieux à dire que de se déclarer épouvanté par cette violence, plus symbolique et ludique pourtant que réelle. Que ne ferait pas le juvénile chef du RN pour se faire pardonner et adouber par la communauté !
Cette victoire de Glucksmann grâce, répétons-le, à un corps électoral très réduit et taillé sur mesure sur le plan sociologique avec les quinze euros par personne à débourser, sorte de tamis social, est une mauvaise nouvelle pour François Hollande — et accessoirement pour l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve — qui brûlait de conquérir à nouveau la magistrature suprême et qui aura désormais le plus grand mal à justifier une éventuelle candidature élyséenne alors même que le chef de Place publique a été élu largement dès le premier tour et qu’il campe sur des positions voisines des siennes, notamment dans son refus catégorique de toute alliance, de tout accord, de toute entente électorale ou programmatique avec la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Ce qui est objectivement la meilleure façon pour des gauches éclatées et jugées irréconciliables (qui font en tout 35% des voix actuellement) de perdre toute élection.

LE POSITIONNEMENT très au centre de Glucksmann est toutefois une vraie difficulté pour le Parti socialiste qui, pour la première fois depuis l’élection du président de la République au suffrage universel direct, n’aura pas de candidat choisi en son sein à l’élection-reine de la Cinquième République. Les premières réactions à gauche, notamment celles de Marine Tondelier, secrétaire nationale d’Europe Ecologie-les Verts et des ex-Insoumis François Ruffin et Alexis Corbière, tous extrêmement critiques sur le vainqueur de la primaire social-démocrate et qui ont explicitement refusé tout soutien électoral à Glucksmann, ne sont guère encourageantes pour créer une dynamique dans le camp dit abusivement des forces de progrès. Et l’aile gauche du Parti socialiste aura, elle aussi, beaucoup de mal à faire campagne pour un candidat qu’elle suspecte, non sans raison, d’être un Macron bis et de vouloir s’allier avec le bloc central et le centre droit pour tenter de faire échec à la fois à Jean-Luc Mélenchion et à Marine Le Pen. Car à partir du moment où on campe sur une ligne « ni RN ni LFI », immanquablement on s’inscrit sur le plan électoral, qu’on le veuille ou non, dans le bloc central, dans cet espace qui, selon François Bayrou et Gabriel Attal, va du Parti socialiste aux Républicains, de Raphaël Glucksmann à Bruno Retailleau. 
C’est dire que la campagne ne sera sans doute pas facile pour le candidat de Place publique et du Parti socialiste, bien qu’il soir promu et choyé sans surprise par les media, d’autant que ce quadragénaire a le charisme d’une huître, qu’il est de nouveau attaqué par son ex-concurrente Ségolène Royal qui, visiblement défaite, s’est aimablement écriée le soir de l’annonce des résultats : « c’est le stagiaire qui a gagné ! » et qu’il déplaît souverainement à une jeunesse et à des syndicalistes dans la rue qui préfèrent, et de loin, la radicalité, le talent, le savoir-faire, l’habileté et la clarté du chef de la France insoumise qui remplit les salles actuellement avec une facilité déconcertante. Lors de sa dernière réunion publique dimanche à Clermont-Ferrand, Jean-Luc Mélenchon a ainsi rassemblé dans une ambiance survoltée plus de dix mille personnes, très majoritairement jeunes et enthousiastes voire galvanisés, au point que certains n’ont même pas pu entrer dans la salle faute de places. Surfant avec gourmandise sur la mobilisation lycéenne et faisant parler sa longue expérience politique, usant de ses incontestables talents d’orateur et de tribun de la plèbe (mais de la nouvelle France, pas du peuple français de souche comme le faisait naguère Le Pen), l’ancien sénateur socialiste, qui affiche 75 ans au compteur, et dont on connaît la flamboyance et le sens de la formule, mais aussi l’opportunisme voire le cynisme, a demandé, non sans démagogie jeuniste, l’abaissement du droit de vote et d’éligibilité à seize ans car, dit-il, à cet âge on peut voter aux élections prud’homales, on peut aller en prison (sic !), donc on doit pouvoir glisser son bulletin dans l’urne pour toutes les élections tant locales que nationales. Si le droit de vote était accordé aux jeunes gens de seize ans, nul doute que Mélenchon aurait alors un nombre d’électeurs supplémentaires très significatif car c’est dans la jeunesse, comme d’ailleurs on le voit actuellement dans les mobilisations lycéennes et estudiantines, qu’il est de loin le plus populaire, le plus aimé. Il a d’ailleurs été acclamé par la foule lors de la grande manifestation parisienne du mardi 6 octobre contrairement aux élus socialistes qui ont été hués et insultés et qui ont dû finalement rebrousser chemin. C’est dire que le judéo-sioniste Glucksmann aura fort à faire pour essayer de séduire cette jeunesse bigarrée, radicalisée (et en grande partie racisée) actuellement en révolte, et de surcroît sensible à la question palestinienne. A notre avis, de sa part, c’est peine perdue !

OUTRE la victoire de Glucksmann à la primaire de la gauche social-démocrate, on apprenait ce même dimanche 11 octobre l’ouverture d’une procédure de dissolution engagée par le ministère de l’Intérieur où sévit le très antipathique, fort insipide et très macroniste Laurent Nunez contre le mouvement Egalité et Réconciliation fondé en juin 2007 et présidé depuis lors par le coruscant essayiste et pamphlétaire Alain Soral, aujourd’hui exilé en Russie et auquel nous tenons à témoigner publiquement et sans équivoque, dans ces circonstances douloureuses, ainsi qu’à tous les dirigeants, militants et sympathisants de son organisation, notre estime, notre sympathie, notre solidarité et notre amitié. Dans un courrier de dix pages daté du vendredi 9 octobre, la directrice des libertés publiques (sic !) et des affaires juridiques place Beauvau, Madame Pascale Léglise, qu’il conviendrait, comme nous l’avons déjà écrit, de renommer Pascale La Synagogue — cette dame avait déjà sévi en s’occupant de la dissolution de l’Œuvre française d’Yvan Benedetti et des Jeunesses nationalistes d’Alexandre Gabriac interdites toutes les deux par décret le 25 juillet 2013, puis de celle de Civitas d’Alain Escada interdit le 4 octobre 2023, une décision confirmée par le Conseil d’Etat le 30 décembre 2024, avant de nous écrire en juin de cette année pour nous prévenir de l’interdiction imminente de publicité, d’exposition et de vente aux mineurs de la monumentale Encyclopédie de l’Holocauste) — informe donc officiellement le président d’Egalité et Réconciliation de la décision du ministère de l’Intérieur d’engager la dissolution de cette dynamique et courageuse association. 
Il est reproché dans cette longue missive, effrayante par son contenu et par ce qu’elle révèle de la perte totale des libertés élémentaires et fondamentales dans notre pays, au mouvement d’Alain Soral « dont l’idéologie est résolument antisémite » de « provoquer à la discrimination, à la haine et à la violence envers les juifs », de « propager des thèses négationnistes et de faire l’apologie du nazisme », de « s’appuyer sur des théories complotistes qui véhiculent la théorie d’un peuple juif dominateur (aujourd’hui De Gaulle aurait pu être condamné pour sa fameuse déclaration du 27 novembre 1967 en conférence de presse sur « le peuple d’élite, sûr de lui et dominateur » !) et déstabilisant la société  française et incitant à la haine contre les juifs », de « légitimer l’antisémitisme en cherchant à l’asseoir sur des justifications religieuses, historiques ou des théories du complot », de « provoquer également à la violence envers les personnes de confession juive en appelant les Français à se soulever contre elles et en souhaitant leur déportation » (sic !), « pour donner plus de visibilité à ses théories, de provoquer à la haine envers des personnalités de confession juive ou ayant soutenu la communauté juive », de « provoquer à la discrimination, à la haine et à la violence envers la communauté LGBT assimilée à une “déviation sexuelle”, à la pédophilie ou encore à des “viols collectifs” », de « provoquer aussi, notamment à travers les propos des lecteurs de l’association à la discrimination et à la haine envers les personnes désignées comme étrangères ou issues de l’immigration », de « provoquer à la violence envers les femmes » (sic !), enfin « attestant de l’ancrage idéologique de l’association d’entretenir des liens avec des individus appelant à la discrimination, à la violence ou à la haine qu’elle met en avant sur son site Internet et soutient, y compris lorsqu’ils sont condamnés. A titre d’exemples, Vincent Reynouard et Jérôme Bourbon, personnalités négationnistes, condamnés à de multiples reprises pour incitation à la haine et contestation de crimes contre l’humanité, font l’objet de nombreux articles les soutenant dans leur parcours judiciaire, et d’interviews faisant la promotion de leurs revues et ouvrages. » N’en ajoutez plus, la cour est pleine !

CETTE DISSOLUTION d’Egalité et Réconciliation qui devrait être effective à la suite d’un décret pris en Conseil des ministres, soit le mercredi 21, soit, au plus tard, le mercredi 28 octobre 2026, à la suite des dix jours réglementaires de procédure contradictoire pendant lesquels ou aux termes desquels l’association peut faire parvenir des observations écrites au ministère de l’Intérieur (ce qui, selon toute vraisemblance, ne changera rien hélas, la décision étant déjà prise) est d’une gravité inouïe. Chaque jour davantage, le pouvoir s’enfonce dans une illégitimité totale et une tyrannie implacable qui glacent le sang. Décidément, elle est loin l’époque où l’on répétait la citation apocryphe de Voltaire selon laquelle en substance « je ne suis pas d’accord avec vos idées mais je serais prêt à mourir pour que vous puissiez les exprimer librement ». Il est loin le temps où Paris pétillait d’esprit, où les journaux d’opinion (qui ont aujourd’hui quasiment tous disparu et dont RIVAROL s’honore d’être un des derniers représentants en Europe), ayant de vraies convictions, de solides certitudes, de forts engagements, défendaient avec vigueur et sans concession, sans compromission, sans aucun attiédissement, sans aucune fadeur, les idées, les positions, les idéaux qui leur tenaient à cœur et qui donnaient sens à leur existence, qui étaient le fondement de leur participation active, militante, sincère et dévouée, à la vie de la cité. 
Aujourd’hui il s’agit de se soumettre ou de se démettre, comme l’illustre en grandeur nature l’affaire Jordan Bardella. Pour avoir échangé à l’âge de dix-sept ans dans le cadre d’une conversation privée sur Facebook Messenger avec des camarades de combat quelques considérations judéocritiques et antisionistes qui, à une époque, n’auraient choqué personne tellement elles auraient paru banales, le président du Rassemblement national fait face à une campagne politico-médiatique d’une violence inouïe depuis désormais une quinzaine de jours. Malheureusement la stratégie de défense qu’il a adoptée, et tout le parti avec lui, est une catastrophe car elle repose sur le mensonge actif et sur une lâcheté écœurante. De sorte que cette affaire, qui montre une fois de plus l’impasse de la stratégie dite de dédiabolisation — car dans ce domaine on n’en fait jamais assez pour être agréé par le Système —, et son incohérence — car on chasse sans hésiter des « brebis galeuses » (« ma main ne tremble pas » pour les exclure se vantait Bardella) qui en ont souvent moins fait et moins dit que le juvénile Bardella à dix-sept ans et on garde le berger en chef, précisément parce qu’il est le président ! — peut agir tout au long des sept mois de campagne présidentielle comme un poison lent de nature à casser une dynamique militante et électorale et peut-être au final à rebattre les cartes. En politique, comme dans la vie, mieux vaut avancer en disant la vérité, en défendant le bien, le beau, le vrai. En agissant ainsi, on fait œuvre utile. Alors qu’en mentant comme un arracheur de dents et en faisant siens les tabous et mots d’ordre de l’Etablissement, on ne sert plus à rien, on n’œuvre plus au bien commun et on finit par perdre son âme. C’était d’ailleurs le reproche fondé que Le Pen faisait à sa fille en 2015 lorsqu’elle l’a suspendu puis exclu du mouvement qu’il avait fondé et présidé pendant près de quarante ans : « tu as tué l’âme du Front national ». Et de cette faute politique et morale il est bien difficile de se relever.

RIVAROL,<jeromebourbon@yahoo.fr>.

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Billet hebdomadaire

Pourquoi les États-Unis soutiennent-ils Israël à tout prix ?

Pourquoi l’alliance entre les États-Unis et Israël se maintient-elle malgré les divergences d’intérêts et les fortes oppositions internes en Amérique ? La guerre contre l’Iran, qui tourne en un second Vietnam humiliant pour Washington, révèle une relation irrationnelle dont les racines sont théologico-politiques, anthropologiques et élémentaires.

UNE ALLIANCE NON STRATÉGIQUE

L’alliance entre Washington et Tel-Aviv fait l’objet de considérations variées selon les écoles et les bords. Les uns y voient l’œuvre exclusive du lobby pro-israélien, les autres celle d’un intérêt stratégique pour les États-Unis : Israël serait un porte-avions terrestre au cœur du Proche-Orient, un verrou entre la Méditerranée et la mer Rouge, un laboratoire d’armement, un gendarme surveillant et contenant les puissances régionales. La thèse du « porte-avions » Israël a trouvé ses limites dans les événements des deux dernières décennies, et nous n’y reviendrons pas ici. 
La puissance du lobby pro-israélien à Washington est réelle ; elle est même disproportionnée. Mais elle n’explique pas à elle seule pourquoi les États-Unis continuent d’engager et d’épuiser leurs munitions, leurs finances et leur crédit dans des guerres qui ne servent pas leurs intérêts, et qui, pire, réduisent leurs forces et leur influence à l’échelle du monde. Elle n’explique pas non plus pourquoi l’opposition du peuple américain à Israël, qui monte jusque dans le camp qui a porté Donald Trump au pouvoir, n’infléchit pas la ligne. 
D’après un sondage réalisé par le Pew Research Center, environ 41% des républicains et 57% des jeunes républicains (de moins de 50 ans) ont une opinion négative d’Israël. Dans l’ensemble, environ 60% des Américains ont désormais une opinion négative d’Israël, contre 53% l’année dernière et 42% en 2022. 
La confiance entre l’appareil d’État américain et l’État d’Israël est également érodée. Le New York Times a rapporté dans un article du 6 juin 2026 que « le Département de la Défense [des États-Unis] a relevé le niveau d’alerte en matière de contre-espionnage à son niveau maximal, et Israël aurait mis sur écoute les négociations entre les États-Unis et l’Iran. Des rapports récents des services de renseignement américains ont suscité des inquiétudes quant à la possibilité que les services secrets israéliens aient mis sur écoute des négociateurs américains travaillant à un accord de paix avec l’Iran, dans un contexte où l’on s’inquiète de plus en plus d’une menace plus générale en matière de contre-espionnage de la part d’Israël. » 
L’analyse géopolitique est donc ici insuffisante. Elle décrit des rapports de force dans le temps et dans l’espace ; elle n’explique pas pourquoi une classe dirigeante mène, sur plusieurs décennies, une politique contraire aux intérêts objectifs de l’État qu’elle dirige et du peuple qu’elle gouverne. De tels comportements ne relèvent pas du calcul rationnel, mais de mécanismes anthropologiques et religieux. 

L’AMÉRIQUE, NOUVEL ISRAËL

La Réforme protestante a d’abord été un retour à l’Ancien Testament, au détriment du Nouveau Testament et contre l’enseignement de l’Église catholique. Les mouvements hérétiques du Moyen Âge ayant ouvert la voie au protestantisme sont empreints de l’esprit révolutionnaire judaïque. 
Jean Calvin accentue le mouvement. Ce retour à l’Ancien Testament (en éclipsant le Nouveau) a trouvé en Amérique sa terre d’élection. Les Pères pèlerins qui débarquent à partir des années 1620 se pensent comme le nouveau peuple élu, l’Amérique comme la nouvelle Terre promise, et ils entendent y bâtir une Nouvelle Jérusalem. Dès le début du XVIIᵉ siècle, des théologiens protestants anglais avaient promu l’idée de réinstaller les Juifs en Terre sainte pour hâter le retour du Christ. Ce millénarisme est devenu aux États-Unis une force politique de masse : le sionisme chrétien. En 2010, 41% des Américains estimaient que Jésus-Christ reviendrait sur terre, certainement ou probablement, d’ici 2050. Pour cette Amérique-là, l’État d’Israël n’est pas un allié parmi d’autres : il est la preuve que l’histoire arrive à son terme, et que la création de l’État moderne d’Israël est la réalisation des Écritures. 
L’Israël antique correspond au mythe fondateur des États-Unis qui se voient en miroir dans l’Israël moderne. Les deux États sont, selon cette conception, des créations correspondant au dessein divin : deux nations sœurs et messianiques qui sont nées à l’époque moderne — toutes deux issues du Léviathan britannique. Abandonner Israël à son sort reviendrait à renier le mythe fondateur des États-Unis, voire à subir le destin tragique de l’État hébreu, seul face à ses ennemis.

LES ÉLUS ET LES DAMNÉS

Le judaïsme porte en lui une anthropologie, des valeurs et un inégalitarisme qui se transmettront au protestantisme. La prédestination calviniste est l’équivalent fonctionnel de l’élection divine du judaïsme : dans les deux cas, l’humanité est partagée entre ceux qui sont choisis et ceux qui ne le sont pas, et le mérite des actes n’y peut rien. Le calvinisme ultérieur en a fait une élection familiale, qui prit ensuite un caractère racial, particulièrement dans le monde anglophone. 
En Angleterre, cette élection religieuse a fait corps avec une structure familiale porteuse de valeurs inégalitaires : la famille nucléaire absolue décrite par Alan Macfarlane, où le père dispose librement de ses biens par testament et où il peut déshériter ses enfants. 
De cette fusion anthropologico-théologique est né ce que l’on peut appeler une géopolitique ségrégationniste. Cette politique intérieure et extérieure consistant à soumettre ou exterminer les populations et les peuples étrangers considérés comme inférieurs n’est pas un accident de l’histoire, mais une grammaire. On la retrouve dans la colonisation de l’Amérique du Nord par les Anglo-Saxons, comme en Palestine où Israël pratique le nettoyage ethnique et construit un mur de séparation. […]  

Jean TERRIEN.